Thomas Gueguen tourne la page

Courses / 27.02.2019

Thomas Gueguen tourne la page

Par Adeline Gombaud

Thomas Gueguen, deuxième au classement de la Cravache d’or en obstacle l’an dernier, a décidé d’arrêter sa carrière. À 33 ans, le partenaire de Bipolaire (Fragrant Mix), formé par François Nicolle, tourne une page. Il nous a confié : « J’ai 33 ans, et je suis conscient que l’essentiel de ma carrière est derrière moi. J’ai progressé d’année en année, et je souhaite m’arrêter avant d’être sur la pente descendante. Je n’avais pas envie de faire l’année de trop. » En remportant l’an passé 64 courses, Thomas a effectivement réalisé sa meilleure année, mais une année aussi marquée par des coups durs. On se souvient de sa chute dans le Grand Steeple-Chase de Paris, ou de sa mise à pied qui l’a privé d’un deuxième Prix La Haye Jousselin avec Bipolaire. Il raconte : « Dans ce métier, pour atteindre le plus haut niveau et y rester, il faut faire énormément de sacrifices. Je les ai consentis pendant des années. Il faut aussi être très fort mentalement pour encaisser les coups. Des coups, j’en ai pris l’an dernier, ils m’ont fait mal et m’ont pompé beaucoup d’énergie. Je parle du mental, car physiquement, je n’ai aucun problème. Je ne me sens pas suffisamment fort, moralement, pour revivre cela une autre année. Je n’ai tout simplement pas l’énergie suffisante. La passion s’est essoufflée. Je n’ai plus la rage que j’avais encore l’an dernier pour "tout péter". Et sans cette rage, dans un métier aussi concurrentiel, ce n’est pas possible… »

Un parcours singulier. L’homme ne part pas aigri. Ce qu’il a accompli dans sa carrière, jamais il n’en aurait rêvé quand il a décidé, il y a à peine dix ans, de prendre une licence de pro, après avoir débuté dans le rang des amateurs. Thomas Gueguen a découvert les chevaux de course chez François Nicolle. Ce n’est qu'après de solides études – il a passé un D.U.T. en génie mécanique et deux licences dans ce domaine – qu’il décide de faire de sa passion son métier. « Jamais je n’aurais pensé atteindre ce niveau, et j’ai aussi toujours su que jockey, cela serait une partie de ma vie, pas ma vie entière. Ce qui m’est arrivé, c’est déjà formidable. J’ai toujours pris les années les unes après les autres, sans plan de carrière. Je suis content d’avoir pu faire partie de cette grande famille des courses, d’avoir côtoyé des gens formidables qui m’ont beaucoup appris. »

Bipolaire, le cheval de cœur. Parmi ces personnes, il y a évidemment François Nicolle, qui a formé Thomas. « François est bien entendu au courant de ma décision. J’en ai encore parlé avec lui ce matin. Il a compris ma décision. Il m’a toujours soutenu et a su me remotiver quand il le fallait, me convaincre de continuer. Mais là, il savait que je ne ferais pas marche arrière. Je n’avais pas envie que l’on se quitte en mauvais termes, après toutes ces années, tous ces bons moments passés ensemble… Je lui serai toujours reconnaissant de ce qu’il m’a apporté. J’aimerais aussi remercier Jacques Détré, qui m’a fait confiance en m’associant à ses meilleurs chevaux. Monsieur Détré, c’était pour moi plus que le propriétaire pour lequel je montais. C’était une personne avec laquelle la communication était très bonne, à qui je pouvais aussi parler de mes doutes, et grâce à laquelle j’avais retrouvé de la motivation. Bien sûr, je pense aussi à toute l’équipe de l’écurie Nicolle, une équipe qui réalise un travail formidable. Je sais qu’elle va continuer son très bon travail pour se maintenir au top. » Jacques Détré, c’est aussi Bipolaire, LE cheval de la carrière de Thomas. « Avec Bipolaire, nous avons suivi la même progression, si je puis dire. Quand j’ai commencé à le monter, j’étais encore en début de carrière. Nous avons gravi les marches ensemble. Il m’a offert mon premier Gr1, ce qui restera comme le plus grand moment de ma carrière, le Prix La Haye Jousselin. »

Une page blanche. Il est encore un peu tôt pour parler de la suite. Thomas Gueguen a bien une idée, mais il souhaite d’abord prendre du recul. Il détaille : « Pour me projeter dans l’avenir, j’ai besoin que la page soit vraiment tournée. Il va me falloir un peu de temps pour digérer cette décision. Mes sentiments sont mêlés. Je suis à la fois soulagé d’une pression que j’avais de plus en plus de mal à gérer, mais aussi triste, car les chevaux ont représenté une grosse partie de ma vie. Je me laisse du temps. Il faut que je prenne un peu de recul par rapport au monde des courses, même si je sais que ce monde fera toujours partie de ma vie. J’ai envie de voyager, de rencontrer des personnes qui me feront découvrir autre chose, évoluer. Le milieu des courses ne nous permet pas vraiment de nous intéresser à autre chose que les chevaux. Je suis prêt à ouvrir une page blanche… et à la remplir ! »