TRIBUNE LIBRE - Tradition ou modernité ? Il nous faut les deux !

Institution / Ventes / 25.02.2019

TRIBUNE LIBRE - Tradition ou modernité ? Il nous faut les deux !

Par Didier Krainc, animateur et fondateur de l’écurie Vivaldi et de l’écurie Bartok.

Membre du nouveau bureau de Génération Galop

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les diverses réactions à ma tribune de la semaine dernière intitulée « L’urgence d’une reconquête par l’exigence sportive » et je voudrais remercier ici ceux qui ont pris la peine de m’aider à ouvrir ce débat essentiel pour l’avenir de notre filière. Les remercier, autant mes amis Odette et Georges (pour qui j’ai beaucoup d’affection et dont je fréquente l’excellent établissement très régulièrement et toujours avec le même plaisir) que le président Hubert Tassin et l’excellent Thierry Doumen, que je respecte et estime tous les deux. Mais je voudrais aussi et surtout les rassurer en leur disant tout net une fois pour toutes qu’ils ont raison et que je suis absolument d’accord avec eux. Nous partageons le même amour de la tradition des courses. Oui, les courses sont un spectacle magnifique ; oui, nos hippodromes sont et doivent rester des lieux de fêtes populaires et de mixité sociale ; oui, les chevaux de la base qui alimentent en partants nos handicaps et nos réclamers sont nécessaires à l’équilibre général de la filière, et nous les aimons autant que nos champions ; oui, notre système et notre modèle d’affaires basé sur le PMU doivent être préservés car ils ont fait leurs preuves ; oui, la tradition et la culture hippique structurent le charme désuet de notre activité, au même titre que le glamour et la sophistication de nos journées de Grands Prix, etc. Oui, tout cela est vrai. Encore une fois, c’est notre belle tradition. Elle est évidemment précieuse et doit être préservée. Mais, une fois que l’on a dit ça, on n’a aucun moyen de répondre aux questions qui se posent face à l’inexorable décroissance de notre modèle économique : la baisse des enjeux du PMU, qui semble inéluctable, le nombre de propriétaires français et de chevaux à l’entraînement, qui régresse, la fréquentation des hippodromes, devenue famélique, etc.

Il nous faut bien sûr commencer par arrêter l’hémorragie : retenir les turfistes existants (c’est ce à quoi s’est attelé le PMU) et apporter davantage d’attention aux propriétaires, grands et petits.

En finir avec l’immobilisme. Mais je le répète, cela ne suffira pas. Il nous faut aussi et surtout attirer une nouvelle clientèle. D’abord au niveau des paris, avec de nouveaux jeux qui s’inspirent de ce qui marche, à savoir les paris sportifs, pour aller chercher ces jeunes actifs qui font la prospérité de la Française des jeux. Et puis au niveau des propriétaires, en allant puiser dans le réservoir des cadres dirigeants, des entrepreneurs, des "startuppers" (ceux qu’on appelle les CSP+++), avec une nouvelle offre qui adopte leurs codes, c’est-à-dire ceux du "business" et de la compétition, avec en particulier un programme qui leur permette d’espérer un retour sur investissement rapide pour les chevaux qu’ils auront achetés.

Bref, il faut retrouver de l’attractivité en instillant une bonne dose de modernité à notre chère tradition. Nous devons adapter notre offre à une demande potentielle nouvelle pour qui notre "tradition" n’a a priori aucun intérêt (même si elle en gagne facilement lorsqu’elle la découvre). Ajouter de nouveaux types de paris à ceux du PMU. Et mettre davantage en avant le côté sportif et compétitif de nos courses, en distinguant clairement pour ces nouveaux "clients" d’une part les épreuves du circuit de sélection sur lesquelles ces nouveaux types de paris seront possibles, et d’autre part les autres courses, de moindre niveau, sur lesquelles seule l’offre classique du PMU restera autorisée. Et puis en profiter pour recréer un rendez-vous médiatique dominical qui s’inscrit dans la modernité des nouveaux médias et du digital. Bref, "déringardiser" notre produit.

Trouver un second souffle. Ma proposition consiste donc essentiellement à ajouter quelque chose de nouveau à l’existant. À donner au système une mécanique d’innovation ouverte qui devrait l’aider à retrouver un second souffle et non pas à torpiller ce qui marche encore (même mal). Mécaniquement, cela devrait générer un peu de croissance, qui restera sans doute faible au début, mais cela devrait surtout nous permettre de relancer notre intérêt médiatique et notre image. Et ouvrir la porte à de nouveaux opérateurs enfin libérés qui pourront redoubler de créativité tout en nous aidant à moderniser notre image. Bref, mes chers amis des PP et de Croissance Course, ce n’est pas votre précieuse tradition que je combats, mais c’est l’immobilisme qu’elle justifie trop souvent.

Dans tout système plus que centenaire qui veut rester pérenne, il faut des gardiens du temple pour maintenir la tradition. Vous jouerez toujours ce rôle à merveille, j’en suis sûr. Mais, au XXIe siècle, il est nécessaire de construire autour du temple un quartier d’affaires vivant et diversifié, non plus monopolisé par un mastodonte devenu incontrôlable, mais ouvert sur le monde, qui permette de soutenir une économie prospère pour tous ses acteurs et donc attractive pour tous ses clients. C’est ce qui nous reste à faire. Tous ensemble. Pas les uns contre les autres.