LE GRAND REPORTAGE - Au cœur de l’écurie de course de Khalid Khalifa Al Nabooda

28.04.2019

LE GRAND REPORTAGE - Au cœur de l’écurie de course de Khalid Khalifa Al Nabooda

Faire mieux que Godolphin à Dubaï, c’est un exploit. Et c’est ce qu’est en train de réaliser Khalid Khalifa Al Nabooda en tant que propriétaire grâce à son écurie 100 % composée de pur-sang arabes. Celui qui vient de remporter sa deuxième Dubai Kahayla Classic nous a livré les secrets de sa réussite.

Les courses à Dubaï se sont professionnalisées au début des années 1980, suite à la création du Dubai Racing Club. L’hippodrome de Nad Al Shaba a été créé en 1992, alors que le grand meeting de la World Cup a vu le jour en 1996. Lors de la saison 1992-1993, Khalid Khalifa Al Nabooda terminait à la trentième place du classement des propriétaires avec trois gagnants et 23 partants. L’année suivante fut du même ordre, avant de connaître quelques saisons moins fructueuses. Notre propriétaire a intégré le top 20 en 2004-2005, avec cinq gagnants et 35 partants.

Mais depuis 2009-2010 – et à l’exception de 2014-2015 –, il n’a jamais quitté le top 10. Son premier titre de tête de liste fut acquis en 2016-2017. Il est actuellement au deuxième rang, selon le classement provisoire. Avant lui, aucun propriétaire "privé" n’avait réussi cela. Certains diront que dans les courses, le succès vient du nombre. Et il est certain que sur les quatre dernières saisons, où il a navigué entre la première et la troisième place du classement, ses effectifs ont augmenté. Cette saison, ses 53 vainqueurs sont issus d’un total de 375 partants. Tous des pur-sang arabes. À ce sujet, notre éleveur et propriétaire explique : « Beaucoup de gens pensent que ma réussite vient du nombre. Or, le fait d’élever beaucoup de chevaux n’est pas toujours une garantie de succès. J’ai appris de mes erreurs ; par moi-même, car personne ne m’a guidé. Il faut connaître les pedigrees, savoir comment nourrir les chevaux, comment les élever… tout ce qui représente un challenge. Surtout dans ce pays. Et cela rend la victoire d’autant plus difficile. »

Une équipe concentrée sur la victoire. Khalid Khalifa Al Nabooda ne manque jamais une occasion de saluer le travail de son équipe. Son principal entraîneur est le Sud-Africain Ernst Oertel, et la plupart de ses lauréats sont montés par l’Irlandais Tadhg O’Shea. Ces deux personnes sont têtes de liste aux Émirats Arabes Uchmapnis. Ernst Oertel est basé à Desert Stables, dans le cœur de Dubaï, à proximité de Meydan. Il utilise les mêmes installations que le champion trainer Doug Watson. Ernst Oertel est en passe décrocher son troisième titre chez les entraîneurs, après ceux obtenus en 2012-2013 et 2013-2014, lorsqu’il officiait à Al Asayl. C’est une réussite impressionnante pour celui qui a perdu une jambe suite à une chute de cheval en 2013. Khalid Khalifa Al Nabooda explique : « Pour tout éleveur, le but est de voir ses chevaux en course. Ces derniers passent alors sous la responsabilité de l’entraîneur et de son équipe. Tout le monde doit travailler. J’évite de mettre en avant l’entraîneur au détriment du jockey et inversement. Tadhg monte les chevaux le matin. Aussi, lorsque nous avons plusieurs partants dans une course, il peut transmettre son sentiment aux autres jockeys et c’est très positif. Cela aide le cheval et tout le monde en profite. » Ernst Oertel nous a confié au sujet de son propriétaire : « Je travaille pour Khalid depuis trois ans. Notre relation est très bonne. Cela fait près de trente ans que je le connais. Nous avons commencé avec 25 ou 30 chevaux. À partir de cette base, nous sommes arrivés à plus de 70 sujets. Lorsque j’ai perdu mon poste chez Al Asayl, je lui ai demandé s’il voulait m’envoyer quelques chevaux. Et c’est ce qu’il a fait, en sachant que j’entraînais pour d’autres personnes en parallèle. Il est formidable. Même si j’ai un week-end sans grande réussite, il ne se plaint pas et reste positif. Il sait que je fais de mon mieux et n’ajoute pas de pression supplémentaire. Que ce soit une grosse ou une petite course, nous faisons le maximum, même si, bien sûr, toute victoire à Meydan a une saveur particulière. Son grand bonheur est évidemment de voir ses chevaux s’imposer, car cela concrétise la réussite de son élevage. Tout est fait en fonction des chevaux, que nous ne poussons pas. Donner du temps au cheval qui en a besoin ne lui pose aucun problème. J’avais un poste extraordinaire à Al Asayl, mais j’ai une opportunité exceptionnelle d’être ici à présent. Lors de ma première visite dans ces installations, Frank Gabriel [directeur général du Dubai Racing Club, ndlr] m’avait dit : « Penses-tu pouvoir y arriver ? Il a beaucoup de chevaux élevés localement. » Il pensait que je ne resterais pas longtemps. Or j’aime prouver aux gens qu’ils ont tort à ce sujet. Khalid est avant tout passionné par le fait d’y arriver avec ses chevaux, en particulier avec ceux élevés aux Émirats. » Cette expérience s’inscrit dans le prolongement de celle d’Al Asayl, où il travaillait déjà avec Tadhg O’Shea. L’entraîneur explique : « Tadhg s’entend bien avec les pur-sang arabes, c’est un bon jockey. Je pense également que son taux de réussite avec les pur-sang anglais est meilleur que celui de tous les autres jockeys locaux. Personne n’a atteint aussi rapidement le cap des 500 victoires. Il est d’ailleurs incompréhensible que les autres entraîneurs ne fassent pas plus appel à lui. Tadhg travaille chez Satish Seemar, mais il vient ici une fois par semaine. Il galope alors une trentaine de chevaux, sans jamais se plaindre. Il sait comment j’organise mes galops et ce que je veux. Antonio Fresu est aussi un bon pilote. Cela fait la différence de travailler avec de bons jockeys. Ils font progresser les chevaux, à la maison comme aux courses. »

Les installations. Khalid Khalifa Al Nabooda est un fervent partisan du préentraînement. Cette activité est confiée depuis deux années, avec l’élevage, à Karl Oertel, le frère de son entraîneur. Une fois débourrés et un peu mis en condition, les poulains sont envoyés à Desert Stables pour parfaire leur éducation. Ernst Oertel détaille : « J’ai trois tapis roulants. Ils sont très utiles en été lorsqu’il fait chaud. Nous montons les chevaux jusqu’à la mi-mai. Ensuite, ils vont au marcheur, au tapis roulant, puis à la piscine à Meydan. Les pistes rouvrent en août. Nous avons aussi des paddocks à disposition. Son Altesse le cheikh Hamdan Al Maktoum a fait cadeau d’une nouvelle cour à Khalid. Elle dispose d’une petite piste pour galoper. Cela va nous permettre de recommencer à travailler à la fin du mois de juin, au galop de chasse et au canter. J’ai besoin de 120 jours pour préparer un cheval. Ils ont vraiment besoin de cette période. Mais une fois en condition, ils ne galopent pas beaucoup entre les courses. »

La Kahayla Classic. En tant qu’éleveur-propriétaire, Khalid Khalifa Al Nabooda considère la Dubai Kahayla Classic comme la meilleure course au monde. Il tient en estime l’opposition et a vécu comme un honneur d’avoir deux chevaux invités à prendre part à cette épreuve, AF Maher (AF Al Buraq) et AF Al Sajanjle (AF Al Buraq). Ernst Oertel se souvient que Tadhg O’Shea lui avait dit en novembre, à Sharjah, lors de la victoire d’AF Maher dans un handicap de haut vol : « Je pense que c’est notre meilleur cheval. » Après la grande victoire, Khalid Khalifa Al Nabooda a déclaré : « AF Maher a prouvé que les chevaux élevés localement sont capables d’être compétitifs et de s’imposer dans les plus grandes courses au monde. AF Maher, comme avant lui AF Mathmoon, me rend d’autant plus fier qu’il me récompense au-delà des attentes, devant le monde entier. Avoir fait naître un cheval de la qualité d’AF Maher demande patience et foi dans sa stratégie. Son parcours a fait l’objet de toutes les attentions et il a fait preuve d’une régularité remarquable. AF Maher est un cheval précoce, un compétiteur très dur qui peut battre les meilleurs. Nous étions très confiants avant la course et le cheval a prouvé que nous avions eu raison d’avoir confiance en lui. »

Des ambitions européennes. Khalid Khalifa Al Nabooda voulait envoyer une poignée de pur-sang arabes en Europe cette année. Mais cette expédition a été repoussée à 2020 car Ernst Oertel doit subir des traitements médicaux pour sa jambe. En outre, il faut encore trouver un point d’ancrage en Europe. Le propriétaire explique : « Nous viendrions courir en Europe, pas simplement en France. Les installations que j’ai en France sont équipées d’une piste, mais elle n’est pas suffisante pour travailler la vitesse. Les courses sont très dures ici. À l’étranger, vous ne représentez pas simplement vos propres intérêts, mais aussi ceux de l’élevage émirati. Les chevaux doivent prouver leur qualité et leur force. On ne peut pas envoyer des chevaux moyens à l’étranger, car en France et en Europe, la compétition est relevée, surtout dans les grandes courses. » Ernst Oertel a déjà travaillé à Newmarket. Il explique : « Pour l’Europe, il faut des chevaux polyvalents. Nous n’avions pas ce type de sujets précédemment, car les nôtres ont besoin de temps. Je pense que les chevaux nés aux Émirats sont plus tardifs. Il faut vraiment un 3ans exceptionnel pour battre les français. Mais lorsqu’ils vieillissent, les nôtres rattrapent leur retard. Même à 5ans, ils peuvent être encore un peu retard. Mais si vous préservez leur santé, vous avez une bonne base de travail. Le programme de Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan semble donner des opportunités aux chevaux de niveau intermédiaire, mais également aux meilleurs. On peut donc imaginer de rester avec un groupe de cinq à dix chevaux, mais pas plus. De même, les Dubai International Arabian Stakes devraient aussi être un objectif, car Khalid veut soutenir les initiatives de Son Altesse le cheikh Hamdan. »

La prochaine saison. Aux Émirats, Ernst Oertel est forcément très enthousiaste pour les prochains engagements d’AF Maher et d’AF Al Sajanjle. Il espère recevoir une invitation pour la Jewel Crown (Gr1 PA) en novembre. Pour lui, AF Al Sajanjle sera probablement à son meilleur jour sur 1.600m. L’entraîneur pense qu’il a encore des choses à apprendre au sujet d’AF Maher, compte tenu du fait que le Kahayla Classic était sa deuxième sortie seulement sur 2.000m. Il nous a confié que sa tenue n’était pas certaine avant le coup, le cheval ayant toujours été très généreux en compétition. Beaucoup d’espoirs sont attendus en piste. Notamment AF Mouthirah (AF Al Buraq) : « Cette 4ans vient d’une bonne famille et elle est prometteuse. » La pouliche a remporté l’Abu Dhabi Fillies Classic sur 1.400m, lors de ses premiers pas, avant de confirmer dans l’Emirates Fillies Classic sur le mile. Mais sa tentative sur 2.200m, lors de la troisième étape de la Triple couronne, s’est révélé un challenge trop relevé pour sa troisième sortie seulement. Sa mère, AF Kalrami (Ouragan du Cayrou), est issue d’une mère saoudienne. Al Nabooda, Oertel et O’Shea devraient être sacrés meilleurs propriétaire, entraîneur et jockey des Émirats Arabes Unis pour la saison 2018-2019. La prochaine étape se trouve donc en Europe. Après sa victoire lors de la nuit de la Dubai World Cup, l’Irlandais a déclaré : « Gagner la Kahayla Classic avec ce cheval, c’était fantastique. Je suis si heureux pour Ernst qui est un entraîneur de talent. Mais surtout, c’est un travailleur acharné. C’est aussi un rêve qui se réalise pour Khalid, lors de la première saison en tant que premier jockey de sa casaque. AF Mathmoon s’était imposé sous les couleurs du cheikh Hamdan en 2016. Et remporter une si grande course pour la casaque de Khalid fut un grand moment. Il mérite vraiment sa réussite, compte tenu de tout ce qu’il donne à ce sport. Je suis heureux et chanceux d’être son jockey. J’apporte ma modeste contribution à un immense travail d’équipe. »