Tiger Roll, un nouveau Red Rum ? - Par Christopher Galmiche

International / 03.04.2019

Tiger Roll, un nouveau Red Rum ? - Par Christopher Galmiche

Tiger Roll, un nouveau Red Rum ?

Par Christopher Galmiche

Le champion Tiger Roll (Authorized) va tenter de gagner pour la deuxième année consécutive le Grand National de Liverpool (Gr3). Le dernier doublé est l’œuvre de la légende Red Rum, lauréat en 1973 et 1974, qui avait aussi triomphé en 1977. Mais depuis, même un champion comme Many Clouds (Cloudings) s’est cassé les dents sur ce défi. Oui, mais voilà ; Tiger Roll n’est pas vraiment un cheval comme les autres !

Tiger Roll voit le jour le 14 mars 2010, quelques jours avant le Festival de Cheltenham, où il brillera à quatre reprises, dont deux fois dans l’étape de la Crystal Cup. Rien ne le prédestine à l’obstacle au vu de son pedigree. Il a ce profil devenu très rare désormais, avec l’apparition de nombreux courants de sang d’obstacle : celui d’un cheval destiné au plat qui va se révéler brillant en obstacle. Élevé en Irlande par Gerry O’Brien, il est vendu foal, à la vente Tattersalls de décembre, à John Ferguson moyennant la somme de 70.000 Gns. Ce dernier agit au nom de Godolphin, et Tiger Roll est donc appelé à défendre la casaque bleue. Trois ans plus tard, sans même avoir couru pour Godolphin, il est vendu lors de la vente Goffs. Le prix ? 10.000 £. C’est l’ancien jockey vainqueur du Grand National, Nigel Hawke, qui l’achète. Ce dernier tente un coup de pinhooking avec le petit cheval. Il le débute dans un juvenile hurdle sur les claies de Market Rasen, un hippodrome qui n’est pas connu pour faire partie des pistes où débutent les champions. Il s’impose de plus de trois longueurs. Présenté à la vente Brightwells de Cheltenham, il est vendu 80.000 £ à Margaret O’Toole pour rejoindre l’entraînement de Gordon Elliott, lequel expliquera plus tard : « Il est arrivé chez nous après que Margaret et Eddie [O’Leary, ndlr] s’en sont portés acquéreurs à Cheltenham. Dès le départ, il était doué. J’étais très content de sa première sortie pour nous dans un Gr1 à Leopardstown dans lequel il s’est classé deuxième. Ensuite, il a gagné le Triumph Hurdle (Gr1). Par la suite, nous espérions qu’il pourrait être un cheval pour le Champion Hurdle (Gr1) ou peut-être pour la Stayer’s Hurdle (Gr1)… »

La descente… Tiger Roll tombe de son piédestal dès le Punchestown Champion 4YO Juvenile Hurdle (Gr1) dans lequel il termine seulement septième. La saison suivante, la plus dure, celle qui le fait passer de 4 à 5ans, commence bien avec une victoire pour sa rentrée à Cheltenham. Ensuite, il alterne pourtant le bon et le moins bon. Son entourage le teste pour la première fois sur 4.800m dans le World Hurdle (Gr1) dans lequel il ne tient pas la distance, finissant treizième. De retour sur 3.200m pour le Punchestown Champion Hurdle (Gr1), il termine quatrième.

Et la remontée ! Absent pendant presque un an, il réapparaît en mars 2016, court majoritairement en Irlande, fait connaissance avec les claies d’Aintree sans succès et obtient de bons résultats à un niveau inférieur. Il gagne sur 3.400, 4.000 et 4.800m. La tenue ne lui fait plus défaut, à tel point qu’il gagne la course plus longue de Cheltenham, la JT McNamara National Hunt Challenge Cup Amateur Riders' Novices' Chase (Gr2) sur 6.400m. De mars 2016 à avril 2017, il court quatorze fois, enchaînant l’été, la saison des mauvais sauteurs en Angleterre, avec la vraie saison, hivernale. Il montre qu’il progresse et que, malgré sa petite taille, il est capable de franchir des montagnes. Gordon Elliott s’est confié sur cette période de la carrière du cheval : « La saison après le Triumph Hurdle a été dure. D’autant qu’il a eu un problème à la colonne vertébrale. Après son succès à Limerick en octobre 2016, nous avions l’espoir qu’il pourrait gagner plusieurs steeple-chases, mais il n’était pas vraiment revenu en forme. Lorsqu’il a remporté la JT McNamara National Hunt Challenge Cup Amateur Riders' Novices' Chase, sa partenaire Lisa O’Neill a été exceptionnelle. Il a touché tous les obstacles, a fait des fautes et a tiré. Pourtant, il a quand même réussi à s’imposer, ce qui a prouvé sa valeur»

La chasse comme divertissement. Eddie O’Leary, frère de Michael, a déclaré à Cheltenham : « C’est un cheval incroyable. Ce n’est pas un bon cheval, c’est un grand cheval. C’est une petite chose et les gens ont oublié qu’il avait arrêté la compétition. Il était fatigué de courir et son jockey Keith Donoghue l’avait emmené chasser. Cela lui a redonné le goût de la compétition tout comme le cross. Il ne faut pas oublier ce que cette discipline fait pour certains chevaux. » La chasse est un bon dérivatif pour les chevaux de courses qui s’entraînent tout en s’amusant, sur de longues distances. Dans le cas de Tiger Roll, si l’on ajoute son passage en cross, nous avons la solution, sa solution, pour retrouver goût à la compétition et devenir un gagnant de Grand National (Gr3). Son jockey de cross, qui l’a emmené à la chasse, Keith Donoghue, a déclaré à l’Irish Field : « Personne ne sait d’où est parti Tiger Roll pour revenir au sommet. Il n’est pas le cheval le plus grand en taille, mais il est très, très intelligent. Il a adoré les obstacles de cross-country dès qu’il s’est entraîné dessus. Cela l’a vraiment relancé. Ce n’est pas le plus grand cheval, il peut être décontenancé par n’importe quoi parfois. Mais on doit se lever pour lui ! »

Nureyev réincarné ! Davy Russell fait partie des meilleurs pilotes en obstacle en Angleterre et en Irlande. Très dur à la lutte, il retrouve Tiger Roll, avec lequel il a enlevé le Triumph Hurdle 2014, à l’occasion du Grand National 2018 pour une victoire d’une tête sur Pleasant Company (Presenting). Il raconte : « Je ne suis pas allé au Grand National en me disant que j’avais une chance de victoire. Je savais que le cheval était bien, qu’il tiendrait la distance et j’avais l’espoir qu’il apprécierait les obstacles et le parcours. Mais ça n’est qu’après le premier fence que vous savez quelle monte vous avez entre les mains. Nous avons passé Melling Road [la route qui coupe l’hippodrome classique du parcours du Grand National, ndlr], il a vu le fence et il a parfaitement sauté, ce qui m’a donné pas mal d’espoirs. Nous nous sommes bien placés et ensuite, il a bien sauté les fences, les uns après les autres. C’est un petit cheval incroyable et dur. Je me souviens qu’un cheval est tombé devant nous au premier passage. Il l’a parfaitement évité avant de revenir de lui-même sur la ligne que l’on suivait. Il était alors comme Nureyev, comme un danseur de ballet. Ensuite, j’ai toujours senti que nous pouvions gagner la course, mais j’ai eu un doute, car le deuxième a fini vite et tout proche. Ce n’est que lorsque le résultat a été annoncé que j’ai compris que nous l’avions fait. Tiger Roll est maître de lui-même. Il est comme ce gars à qui vous proposez d’aller boire une pinte et qui, s’il ne veut pas y aller, rien ne pourra lui faire changer d’idée. C’est Tiger Roll. Il est unique. »

Un palmarès exceptionnel et atypique. Tiger Roll a fait une bonne rentrée 2018 sur le cross de Cheltenham en novembre, terminant quatrième. Puis il se balade sur les claies de Navan, dans un Gr2, alors qu’il n’avait plus couru sur ces obstacles depuis avril 2016. Dernièrement, il a réalisé une démonstration dans le cross du Festival de Cheltenham. Il s’impose de vingt-deux longueurs, avalant la montée comme s’il s’agissait d’un travail du matin. L’écart a été impressionnant. Du rarement vu au Festival. Mais que dire de l’impression visuelle ! Proposé à 4/1 pour le Grand National, une cote très basse pour cette course extrême, Tiger Roll a les moyens de réaliser l’exploit. Or, il a déjà marqué son entraîneur Gordon Elliott qui a dit : « Gagner un Triumph Hurdle et arriver là où il est actuellement… Je ne suis pas sûr qu’il y ait déjà eu un cheval avec un palmarès comme celui de Tiger Roll. Et je suis quasiment certain qu’il n’y aura pas d’autres chevaux qui feront la même chose que lui. Il est juste incroyable ! »

Des doublés très rares à l’époque contemporaine

Les chevaux ayant remporté plus d’une fois le Grand National ne sont pas légion. Le record horse des victoires est bien sûr le légendaire Red Rum, lauréat en 1973, 1974 et 1977. Ensuite, avec deux succès, nous retrouvons Abd-El-Kader (1850, 1851), Peter Simple (1849, 1853), The Lamb (1868, 1871), The Colonel (1869, 1870), Manifesto (1897, 1899), qui a donné son nom à l’un des Grs1 du meeting d’Aintree et Reynoldstown (1935, 1936). Pourquoi la tâche est-elle si compliquée ? Évidemment, il y a le parcours et les obstacles mythiques sans compter les embûches comme les chevaux tombés. Mais il y a aussi la difficulté de répéter la victoire dans une course qui est usante mentalement. Et bien sûr l’inévitable pénalisation au poids.