À LA UNE - Henri-Alex Pantall : « L’arrivée des Maktoum dans mon écurie a changé beaucoup de choses »

Courses / 13.05.2019

À LA UNE - Henri-Alex Pantall : « L’arrivée des Maktoum dans mon écurie a changé beaucoup de choses »

Ce dimanche, Castle Lady a offert un deuxième succès classique en France à son entraîneur, Henri-Alex Pantall. Vingt-quatre heures après cette grande émotion, l’homme de Beaupréau a répondu à nos questions.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – Que représente cette deuxième victoire classique pour votre équipe et vous ?

Henri-Alex Pantall. – Cela représente beaucoup de chose. C’est dans cet objectif qu’on se lève tous les matins. Le but est d’arriver à amener des chevaux à ce niveau-là et d'essayer de gagner les plus grandes courses. C’est la plus grande des récompenses pour le travail d’un entraîneur.

Comment la pouliche est-elle rentrée ?

La pouliche est bien rentrée, il n’y aucun problème. Sa perte de poids est tout à fait normale et dans la moyenne des chevaux qui viennent de courir. Dans deux ou trois jours, elle aura récupéré son poids de forme.

Il est amusant de noter que vous obtenez votre deuxième succès classique le jour où André Fabre, qui vous a permis d’obtenir vos premiers représentants de Godolphin, remporte l’épreuve des mâles.

André Fabre avait eu la gentillesse de conseiller que l’on m’envoie celle qui est devenue ma première pensionnaire pour la famille Maktoum. C’était en 1987. Elle s’appelait Bequeath (Lyphard). L’objectif était de lui faire gagner une course et elle a décroché son premier succès au mois de juin de ses 3ans à Nort-sur-Erdre [au haras elle a donné sept gagnants sur neuf partants, dont Decorated Hero, lauréat de 14 courses et six Groupes, parmi lesquels les Challenge Stakes et le Prix du Rond Point (Grs2), ndlr]. L’arrivée de cette casaque dans mon écurie a changé beaucoup de choses. Les Maktoum ont toujours été présents depuis cette date, avec un nombre plus ou moins important de représentants. Tous les ans, ils m’envoient des pouliches qui étaient jusqu’alors entraînées en Angleterre ou des femelles qui ont, pour diverses raisons, des retards dans leur préparation. Au lieu d’intégrer l’effectif des entraîneurs basés à Newmarket, ces dernières viennent directement à Beaupréau.

Castle Lady défend les mêmes intérêts que ceux de West Wind, qui vous avait offert un premier succès dans le Prix de Diane (Gr1). Ceux deux pouliches ont eu des problèmes à 2ans, avant d’être supplémentées pour leur premier objectif classique…

Elles correspondent parfaitement à ce que je viens de vous décrire et sont arrivées à la maison à la fin de leur année de 2ans. Nous les avons quasiment remises au travail à ce moment-là.

À partir de quel moment Castle Lady vous a montré des capacités supérieures à la moyenne ?

J’ai commencé à en parler avec Lisa-Jane Graffard, représentante de Godolphin en France, quelques semaines avant les engagements dans les grandes courses. Elle montrait une certaine qualité mais cela me paraissait encore un peu tôt pour l’engager dans les classiques.

Tout le monde imagine qu’elle possède donc une grande marge, tout particulièrement sur le plan physique. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est effectivement le cas. Il faut tout d’abord souligner le fait qu’elle a un très bon mental. Elle est posée et voyage très bien. Elle est calme, aussi bien le matin que sur le champ de course. Ce dimanche, elle n’était pas encore au top en ce qui concerne son physique, au niveau de son poil en particulier. Dès lors, elle doit certainement encore être capable de progresser, tout en prenant de l’expérience.

Son père, Shamardal, et le propre frère de sa mère, Raven’s Pass, étaient des milers de haut niveau… tout en prouvant qu’ils pouvaient tenir 2.000m. Pourtant, après la course, il a été annoncé que Castle Lady visait les Coronation Stakes et le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois. Pensez-vous qu’elle puisse être rallongée ?

L’étude de son pedigree maternel ne laisse pas entrevoir de grandes garanties en termes de tenue. Son frère, Top Score – par Hard Spun, deuxième du Kentucky Derby –, a gagné une Listed sur 1.400m à Meydan. J’ai le sentiment que son origine n’indique pas une tenue supérieure à 1.600m. Mais nous sommes en train d’étudier tout cela. Son comportement en course, celui d’une pouliche facile et posée, pourrait peut-être ouvrir la porte à une tentative sur un peu plus long. Mais son pedigree n’encourage pas à cela.

Comment la situez-vous par rapport à West Wind et Sistercharlie, deuxième du Prix de Diane ?

Les comparaisons sont difficiles, surtout entre des chevaux qui ne courent pas sur les mêmes distances et face à la même opposition. Néanmoins, on peut leur trouver quelques points communs. Comme West Wind (Machiavellian), Castle Lady est très calme. Sistercharlie (Myboycharlie), elle aussi, avait ce très bon mental. Les chevaux qui sont bien dans leur tête peuvent révéler plus facilement l’étendue de leur potentiel.

La suite de la carrière de Sistercharlie à 4ans aux États-Unis – Beverly D Stakes, Breeders' Cup Filly and Mare Turf, Coolmore Jenny Wiley Stakes & Diana Stakes, Grs1 – indique que vous laissez à ce type de pouliches une réelle marge…

C’est exactement cela. Nous n’avons pas les mêmes facilités qu’à Chantilly ou que sur certains centres d’entraînement de province, notamment en ce qui concerne la diversité des pistes. Aussi, nous entraînons un peu différemment, à ma manière, qui est adaptée à mon outil de travail. C’est la raison pour laquelle mes représentants sont parfois un peu moins avancés que les autres chevaux de leur génération dans la première partie de saison. On peut donc penser que c’est un avantage… mais aussi un désavantage.

Castle Lady at-elle donc découvert le gazon directement en compétition, comme les autres ?

Absolument. Après avoir débuté sur la P.S.F. de Chantilly au mois de mars dernier, Castle Lady a galopé pour la première fois sur une piste en gazon, celle de ParisLongchamp, à l’occasion du Prix de la Grotte (Gr3) où elle s’est imposée d’une longueur trois quarts.

Castle Lady n’est cependant pas l’arbre qui cache la forêt. Depuis 2008, vous n’avez jamais eu un taux de gagnant par partant aussi élevé que celui de cette année. Comment expliquer cette forme ?

L’explication est très simple. La qualité des chevaux que l’on nous confie a augmenté. Les sujets qui me sont confiés par Godolphin sont d’une qualité très intéressante. Et ils ne sont pas les seuls. Le nombre de chevaux à l’entraînement chez nous est très proche de celui des années précédentes.

Dans une interview accordée en 2008, vous déclariez : « Contrairement à ce qu’on pense généralement, le nombre est un gros avantage car il permet de remarquer tous ceux qui ne peuvent suivre un travail normal. »

Chacun a son opinion sur la question. Outre l’élément cité dans cet entretien de 2008, je pense qu’un effectif important permet aussi de mieux gérer ses engagements lorsque certains chevaux traversent une période de méforme. Lorsque l’on a suffisamment de pensionnaires, on est moins tenté de courir trop souvent. Car faire courir, c’est bien sûr l’essence du métier. Cela reste mon avis et je ne veux pas donner de leçon.

Dans ce même entretien, vous expliquiez vous baser plus sur votre œil que sur les retours de vos cavaliers ?

J’ai l’habitude de travailler de cette manière. Chaque cavalier travaille son cheval mais c’est mon œil qui guide l’évolution de l’entraînement et des engagements.

Qu’avez-vous tiré de vos années au sein de l’écurie de François Mathet ?

J’ai passé plusieurs années chez lui. Ce n’était pas un grand communiquant, mais il fut un maître d’apprentissage extraordinaire, notamment en ce qui concerne la rigueur du travail et l’organisation. C’était un entraîneur qui n’hésitait pas à courir aux quatre coins de la France. Il connaissait parfaitement son effectif.

Justement, l’organisation, c’est très important quand on gère un effectif aussi important que le vôtre. Qui sont les cadres de votre équipe actuelle ?

Il faut être capable de tout mener de front, avec les déplacements en France et à l’étranger. J’ai une équipe parfaitement rodée. Mon secrétariat est assuré par madame Ricard qui est là depuis quasiment le début. Elle a une place importante dans l’organisation de l’écurie. Mon assistant, Sébastien Cailleau, a pris la suite de Ludovic Gadbin lorsque ce dernier s’est installé en tant qu’entraîneur. Trois personnes sont en charge des transports et cinq s’occupent des soins des chevaux.

Cette Poule d’Essai des Pouliches a rendu un verdict fort sur le plan symbolique, avec deux pouliches entraînées en province aux deux premières places. Comment jugez-vous l’évolution des relations entre Paris et la province ces dernières années ?

Par le passé, les entraîneurs nourrissaient en quelque sorte un complexe par rapport à leurs confrères parisiens. On courait localement, avec des objectifs locaux, conformément à la structuration du programme d’alors. Les choses ont changé, tout comme la qualité des chevaux en région. Plus personne n’hésite à se déplacer. Ce complexe n’existe plus et heureusement, car il y a quelques décennies, on est probablement passé à côté de quelques chevaux qui auraient pu avoir une carrière différente.

Certains estiment que face aux difficultés de la filière, les régions devraient faire plus d’efforts. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que l’on peut dire que les régions ont déjà fait beaucoup d’efforts. Il suffit de se pencher sur le bulletin officiel pour constater les importantes suppressions d’hippodromes et d’épreuves P.M.H. À l’heure où l’on cherche à fournir les lots parisiens, il est certain que la province retient quelques partants. On peut se poser la question de savoir si quelques ajustements ne sont pas possibles sur ce plan-là.

Vous avez été un bénévole actif ces dernières décennies. Quel bilan personnel en tirez-vous ?

J’ai été président du Comité régional pendant une vingtaine d’années auprès des Fédérations de l’Ouest et de l’Anjou-Maine. Je fais par ailleurs toujours partie du conseil du plat à France Galop. Ces expériences sont très enrichissantes. On voit beaucoup de choses, sur des hippodromes très différents, avec les nombreuses personnes qui participent à l’organisation des épreuves partout en France. Cela m’a aussi permis de faire beaucoup de rencontres et de me façonner une vue générale des courses. Il est bon de demander l’avis à tout le monde, mais il faut parfois savoir ne pas laisser prévaloir les intérêts personnels.