Mark Todd : « Je veux entraîner des chevaux de plat en Angleterre »

International / 13.05.2019

Mark Todd : « Je veux entraîner des chevaux de plat en Angleterre »

Véritable légende des sports équestres, Sir Mark Todd s'est lancé – à l’âge de 63ans –  un nouveau défi : entraîner des chevaux de plat en Angleterre, tout en continuant sa préparation pour les Jeux olympiques. En exclusivité pour Jour de Galop, le Néozélandais s’est confié au sujet de ce challenge.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – Lors de la breeze up Arqana, Hubie de Burgh et vous-même avez acheté pour 40.000 € un fils d’Iffraaj. Votre objectif est-il de l’entraîner en Europe ?

Mark Todd. – Oui, c’est effectivement le plan prévu. Je veux entraîner des chevaux de plat en Angleterre. Au départ, je vais me limiter à un effectif raisonnable, entre cinq et dix galopeurs. Pour l’instant, je poursuis ma carrière de cavalier en concours complet en parallèle [Mark Todd a réduit le nombre de ses chevaux de concours ces derniers temps, ndlr]. À court terme, j’envisage donc de mener ces deux activités à petite échelle. Si des propriétaires français veulent m’envoyer des chevaux de course, je suis à leur disposition ! Je suis toujours à la recherche de bons sujets. J’ai la chance d’entraîner Eminent (Frankel). Il pourrait très bien venir courir en France un peu plus tard dans la saison. En 2017, il a gagné le Prix Guillaume d'Ornano - Haras du Logis Saint-Germain (Gr2). Au mois de mars, sous mon entraînement, il s’est classé deuxième des Ranvet Stakes (Gr1) en Australie. Je n’ai pas encore précisément la suite de son programme.

Êtes-vous toujours basé dans les anciennes écuries de Stan Mellor à Lambourn ?

Oui, c’est effectivement le cas. J’ai acheté cette cour en 2012. Cela fait donc un moment que nous y sommes installés [Stan Mellor a entraîné plus de 700 gagnants dans ces écuries, surtout en obstacle].

Stan Mellor fut en son temps un pionnier de l’importation des chevaux néozélandais en Europe pour courir en obstacle. Ces derniers ont connu une certaine vogue outre-Manche dans les années 1970 et 1980, avant de disparaître. Comment expliquer ce retournement de situation ?

En Nouvelle-Zélande, Stan Mellor avait notamment déniché Royal Mail (Bally Royal), lequel s’est classé deuxième de la Gold Cup de Cheltenham (Gr1) et troisième du Grand National (Gr3). On se souvient aussi de la victoire de Lord Gyllene (Ring the Bell) dans le Grand National en 1997. Grand Canyon (Oakville) a remporté le Prix de Compiègne sur les obstacles français. Mais par la suite, beaucoup de chevaux qui n’étaient pas adaptés aux courses d’obstacle, des animaux très ordinaires, ont été importés. Les Européens ont alors perdu tout intérêt pour les chevaux néozélandais.

Souhaitez-vous entraîner des chevaux d’obstacle ?

Pas pour le moment. Même si le concours complet a quelques points communs avec cette activité, ma grande passion a toujours été le plat. Mais un jour, peut-être, j’aurai quelques sauteurs.

Regrettez-vous de ne pas avoir plus monté en point-to-point ?

Si, mais j’étais trop lourd. Et cela rendait donc l’exercice trop difficile pour moi. J’ai adoré, mais malheureusement, je n’ai pas pu pratiquer longtemps.

Que vous apporte le concours complet dans l’entraînement des chevaux de course ?

Le concours complet est une discipline qui fait appel à votre polyvalence et à vos connaissances d’homme de cheval. Il faut être capable de s’adapter à des situations très différentes. Avec les chevaux, l’important est de savoir les garder en condition et en bonne santé. C’est le cœur du concours complet à haut niveau si l’on veut être performant. Et c’est aussi très important pour préparer des chevaux de course.

Et inversement, l’entraînement des galopeurs influence-t-il votre carrière de cavalier de concours complet ?

Dans une certaine mesure car le début de la préparation des chevaux est un peu similaire. Même si les chevaux de course doivent être orientés vers plus de vitesse dans leurs travaux. Il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter à cela, en particulier avec les 2ans.

Votre discipline a beaucoup changé. Un champion comme Charisma serait-il toujours compétitif en concours complet à haut niveau ?

Le format du concours complet a évolué voici quelques années. On voit des chevaux plus proches du demi-sang car la compétition est moins sélective sur les phases de cross-country. Et les phases de routier et de steeple-chase ont disparu. Le pur-sang anglais était le roi de cette épreuve. Aujourd’hui, on veut des sujets avec une locomotion et une aptitude supérieure au saut à haut niveau. Mais il est toujours important d’avoir du pur-sang dans le pedigree. Néanmoins, un champion comme Charisma – médaille d’or aux Jeux Olympiques en 1984 et 1988 – occuperait toujours le haut de l’affiche aujourd’hui.

Souhaitez-vous poursuivre votre carrière en concours complet jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 ?

Oui, c’est encore l’objectif ! Reste à voir si j’ai le cheval pour, au bon moment.

Comment va MacLaren, le bondissant petit cheval que vous montiez lors des derniers Jeux équestres mondiaux ?

Malheureusement, une blessure l’a éloigné de la compétition, mais nous espérons son retour à l’automne. C’est petit cheval très spectaculaire et je compte toujours sur lui pour Tokyo.

Pas le choix de l’argent

Si Mark Todd semble préparer sa retraite de compétiteur au galop, ce choix n’est pas celui de l’argent. Il croule sous les demandes de coaching de plusieurs nations nourrissant des rêves olympiques et pour l’instant, ce sont donc ses ambitions hippiques en plat qui semblent avoir la priorité. Mark Todd a été élu meilleur cavalier du XXe siècle lors d'un vote organisé par la Fédération équestre internationale. Au début des années 2000, pendant quelques années, Todd a mis fin à sa carrière de cavalier de concours complet, avant de la relancer pour participer aux JO 2008. Entre-temps, il s'est essayé à l'entraînement des chevaux de course. Et, comme toujours, il n'a pas fait les choses à moitié. En 2003, après seulement trois années d'entraînement, il a remporté les Oaks de Nouvelle-Zélande (Gr1) grâce à Bramble Rose (Shinko King). La pouliche s'est aussi classée deuxième des AJC Arrowfield Stud Stakes et troisième des AJC Australian Oaks (Grs1). Quatre ans après ce succès classique, notre cavalier devenu entraîneur a mené le stayer Willy Smith (Volksraad) à la victoire dans la WRC Wellington Cup (Gr1). Malgré ces succès, Mark Todd avait arrêté l'entraînement pour se consacrer à la préparation des Jeux olympiques de Pekin, où il s'est classé cinquième par équipe.