Avec Rise High, l’élevage de la famille Biaudis tutoie à nouveau les sommets

Élevage / 26.06.2019

Avec Rise High, l’élevage de la famille Biaudis tutoie à nouveau les sommets

On les a connus parmi l’élite des pur-sang arabes. Mais à présent, Marie-Claude et Didier Biaudis brillent aussi avec les pur-sang anglais grâce à Rise High. Sans jamais se départir de la discrétion et de la modestie propre aux gens de la terre, les Lotois nous ont confié les secrets de la conception de celui qui est annoncé comme la future star de Hongkong. 

Par Adrien Cugnasse

Il y a une véritable tradition d’élevage dans le Lot, avec plusieurs professionnels à succès comme Laure et Didier Giethlen – qui ont produit des gagnants de Groupe en obstacle et chez les pur-sang arabes –, ou encore Michèle Viguier qui sort régulièrement des chevaux arabes de niveau de Groupe sous l’affixe Al Mels. Née avec les chevaux d’arme, cette tradition s’est ensuite réorientée vers le concours hippique et les chevaux de trait au sortir de la guerre. Comme beaucoup dans le Sud-Ouest, les Biaudis ont commencé en élevant des anglo-arabes. Mais ils ne sont jamais passés par la case "cheval de selle" et, dès le départ, leur élevage s’est concentré sur les galopeurs. Avec à peine une soixantaine de chevaux en âge de courir, ils ont déjà remporté – en tant qu’éleveurs – des Groupes en Irlande, à Hongkong, en Angleterre, aux Émirats Arabes Unis…

Naiada Al Maury, celle qui a tout changé. Passionné par les pedigrees, Didier Biaudis à l’idée d’acheter à la fin des années 1980 une foal pur-sang arabe de grande naissance, Naiada Al Maury (Baroud III). Non placée lors de son unique sortie, elle s’est ensuite révélée une poulinière d’exception. Quinze de ses 16 produits sont issus de Dormane (Manganate), lequel officiait 30 kilomètres plus loin, à la station des Haras nationaux de Gramat. Le croisement s’est révélé exceptionnel en donnant le triple lauréat de Gr1 PA Nez d’Or (Al Maktoum Challenge Round 1, Al Maktoum Challenge Round 2 & Dubai Kahayla Classic), mais également Noreen (Hatta International Stakes, Gr1 PA), Nirwan (Maktoum Challenge Round 2 & President Cup, Grs1 PA), Nashma (troisième du Prix Nefta, Gr2 PA)… Cinq filles de Naiada Al Maury ont déjà donné des chevaux de Groupe, dont Naphir (Abu Dhabi International Championship, Gr1 PA) pour le compte des Biaudis.

Tout sauf le hasard. Le choix de Naiada Al Maury était tout sauf un coup de chance. Cette élève de Renée-Laure Koch était en effet issue d’une des trois meilleures familles pur-sang arabes au monde, celle de la matrone Nevada II (Djanor). Et Didier Biaudis a suivi le même cheminement lorsqu’il a voulu se lancer dans les pur-sang anglais. Achetée 50.000 € alors qu’elle était yearling, Lana Girl (Arch) était une fille de Volga (E. P. Taylor Stakes, Gr1) soit la grande famille des V (Verveine, Vallée Enchantée, Vespone…). Ses deux premiers produits, par King’s Best (Kingmambo) ont gagné. Le troisième, initialement nommé Landfall (Myboycharlie), fut vendu en Irlande à la v.2 Arqana. À 2ans, il a gagné les Willis Towers Watson Champions Juvenile Stakes (Gr3) sous l’entraînement de Ken Condon. Exporté à Hongkong, il a été rebaptisé Rise High. Dès sa deuxième saison en Asie, il a remporté trois handicaps sur 1.600m à Sha Tin, avant d’aborder les Groupes cette année. Le 23 mai, sa deuxième place dans la Standard Chartered Champions & Chater Cup (Gr1, 2.400m) a fait bondir son compte en banque au-delà du million d’euros. Dimanche dernier, il s'est promené dans le Premier Plate (Gr3) où il était le top weight sous 60,5 kilos.

Un futur grand ? Suite à ce succès, son entraîneur, Caspar Fownes, a déclaré au South China Morning Post : « Je n’ai absolument aucun doute sur le fait qu’il soit destiné à faire de grandes choses dans les saisons à venir. Et je pense cela depuis longtemps. Je le tiens en très haute opinion et je suis heureux du fait que le cheval prouve que j’avais raison. Il est pris en 120 de rating et à présent, il va jouer face aux meilleurs. Je pense qu’il va devenir la future star des courses de Hongkong. » Depuis le Lot, Didier Biaudis a dû ronger son frein avant de pouvoir visualiser le triomphe de son élève. Il nous a confié : « Je n’ai pas pu suivre la course en direct et j’ai dû attendre une dizaine de minutes pour avoir la vidéo sur internet. Nous avons rarement l’occasion de quitter l’élevage car nous faisons tout nous-mêmes et, localement, il est très difficile de trouver des personnes compétentes pour vous remplacer le temps de quelques jours. Mon épouse et moi-même ne pouvons donc que très rarement partir ensemble. Depuis quarante années, nous sommes en permanence avec nos chevaux. Rise High est l’une des récompenses de quatre décennies de travail. Partis de zéro, sans tradition familiale, nous avons vécu de grands moments. Poulain, Rise High avait un très bon caractère. Mais c’est aussi lié au fait que nous passons beaucoup de temps avec nos chevaux. Il avait du modèle aussi. Mais même s’il nous plaisait, on ne pouvait pas prédire qu’il deviendrait le cheval qu’il est aujourd’hui. »

La fidélité. Concernant la mère de Rise High, Didier Biaudis précise : « Lana Girl passe son année chez nous, dans le Lot, avec nos juments pur-sang arabes. Mais elle transite par le haras du Cadran pour les poulinages et les saillies. Nous avons une relation de confiance avec certains professionnels, comme l’équipe de l’agence Arqana, Gérard Larrieu ou encore Pierre Talvard. Ce dernier présente les produits de Lana Girl aux ventes. Pour nous, la fidélité, c’est quelque chose d’important. » Concernant le croisement qui a donné Rise High, il précise : « Je consacre beaucoup de temps à l’étude des pedigrees. Et je pensais qu’un étalon de la lignée de Danehill (Danzig) pourrait convenir à Lana Girl. En outre, Myboycharlie convenait bien physiquement à cette grande jument. » Lana Girl a une yearling par Gleneagles (Galileo) qui sera présentée par le haras du Cadran à la vente d’août. Elle a ensuite donné un mâle par Almanzor (Wootton Bassett), et en 2019, elle va être croisée avec Kodiac (Danehill). À ce sujet, l’éleveur précise : « Nous essayons de progresser petit à petit et c’est la raison pour laquelle nous avons voulu intégrer une jument pur-sang anglais dans notre élevage. Mais nous n’avons pas pour autant délaissé les pur-sang arabes. Nous avons d’ailleurs quatre poulinières de cette race, des descendantes de Naiada Al Maury. »

L’avenir. Didier Biaudis poursuit : « Installés dans le Lot, nous vivons dans un endroit un peu isolé, mais un des plaisirs de l’élevage des galopeurs, c’est aussi la possibilité de faire des rencontres extérieures à notre région. Nous élevons par ailleurs des bovins allaitants, mais en réduisant les effectifs vu la baisse du prix de la viande. Avec les chevaux, nous avons appris sur le tas, un peu par nous-mêmes, mais aussi en écoutant les conseils des personnes plus expérimentées. Nous avons beaucoup lu également. Un de nos fils, après avoir travaillé dans la distribution d’articles de sport, a décidé de changer de voie. Émeric suit actuellement le mastère spécialisé Sciences et management de la filière équine d’AgroSup Dijon. Forcément, le fait que nos enfants s’intéressent aux chevaux est une très bonne nouvelle. Ce sont eux qui décideront de l’avenir de l’élevage. »

Sa sœur à la vente d’août. La sœur de Rise High qui va passer en vente cet été est une fille d’un jeune sire sur la montante, Gleneagle. En effet, Royal Ascot constitue un test pour les étalons de première production. La victoire de Southern Hills (Gleneagles) dans les Windsor Castle Stakes (L) ne va pas manquer d’apporter du crédit à son père, qui a aussi pu compter sur Highland Chief (troisième des Chesham Stakes, L) lors du même meeting. Pierre Talvard, l’homme du haras du Cadran, nous a dit au sujet de la sœur de Rise High : « C’est une grande et belle pouliche qui se déplace très bien. Son frère était déjà un très beau yearling. Il fut le premier cheval que monsieur Biaudis m’a confié et il a toujours tout bien fait. Il avait d’ailleurs très bien gagné ses deux sorties en Irlande, à 2ans. Le produit par Almanzor est très réussi et le croisement avec Kodiac est vraiment très prometteur. Il est très agréable de travailler avec ces éleveurs car on peut fonctionner en confiance avec eux. Je prépare depuis plusieurs années leurs pur-sang anglais et leurs pur-sang arabes. Ils m’ont été présentés par Gérard Larrieu. »