Le Hong Kong Jockey Club assouplit les règles d'importation

International / 27.06.2019

Le Hong Kong Jockey Club assouplit les règles d'importation

Par Franco Raimondi

Deux livres de caviar, cela coûte très cher. Mais deux livres de rating peuvent rapporter encore plus. En effet, le Hong Kong Jockey Club a décidé de baisser de deux livres le rating minimal requis pour l’importation des chevaux à l’entraînement. L’objectif est très clair : faciliter le recrutement à l’étranger. Ce créneau du marché, nommé PP (private purchase) représente 44 % des 1.250 sujets qui figurent à l’entraînement à Hongkong. Alors que les chevaux achetés par le Hong Kong Jockey Club et revendus en vente publique atteignent 7,7 % du total. Enfin 48,3 % arrivent dans le pays en étant encore inédits. Presque tous ces derniers viennent d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

Des règles très strictes. Pour acheter un cheval à Hongkong, les règles sont très strictes. Le Hong Kong Jockey Club a autorisé 150 propriétaires à acheter un PP, un cheval qui a déjà couru, pour la saison 2019/2020. Sur la carte du monde, seulement 19 sont agréés pour cela. On en trouve cinq en Europe et quatre en Amérique du Sud. Les pays de l’Est de l’Europe ne font pas partie de cette liste et les chevaux qui en sont issus doivent aller décrocher leur rating, synonyme de billet d’avion, ailleurs sur le vieux continent. Sur ce deuxième créneau des PP, Australie et Nouvelle-Zélande sont là aussi les deux sources de référence. Actuellement 56,9 % des 550 PP à l’entraînement débarquent en provenance de ces deux nations des antipodes. Chez les inédites, ce chiffre grimpe à 93 %. Si le Hong Kong Jockey Club a baissé le rating minimal – de 70 à 68 –, les restrictions sur le nombre maximal de courses (10 à 2ans, 17 pour les 3ans et plus) sont toujours en vigueur.

Un rating mystère. Ce rating est très difficile à calculer car de nombreux éléments sont pris en compte. Et même si la valeur attribuée en Europe sert de base à l’exercice, ce sont les handicapeurs du Hong Kong Jockey Club qui ont le dernier mot. Parfois elle a du retard sur celle remise à jour semaine après semaine en Europe. L’Ami Cagnois (Doctor Dino) est arrivé à Hongkong fin 2016, quand il avait 2ans, avec une valeur 42 convertie en 70 de rating. Sous l’identité General Dino, il vient de gagner trois courses à la suite cette saison. Or d’autres sujets qui affichaient un rating international de 85 – soit une valeur de 38,5 – ont été crédités du même rating local de 70.

Un avantage pour les Australiens. La baisse va surtout favoriser les Australiens. Cela ouvre la porte à des chevaux qui ont évolué dans des hippodromes de deuxième catégorie. Avec la hausse des allocations sur les courses du samedi, l’espérance de gains a augmenté en Australie. Cette évolution, couplée à la structure même du propriétariat australien, a entraîné une grosse baisse du nombre de chevaux à vendre dans ce pays. Et pour cause, si vous étés le seul propriétaire d’un bon cheval qui (en touchant du bois) peut certainement gagner 200.000 € en piste, une offre de 400.000 € est synonyme de profit alléchant. Si vous avez un vingtième du même cheval, votre gain ne représente plus que 10.000 €, sans compter les taxes et ce qu’il vous a coûté jusqu’alors. Dès lors, quand vous êtes dans une écurie de groupe, votre cheval, vous le gardez... Il faut aussi savoir que les visites vétérinaires préalables aux achats sont très strictes et que les chevaux doivent remplir d’autres conditions, comme une taille minimale. Plusieurs chevaux intéressants n’ont pas été vendus à Hong Kong pour cette raison. L’ensemble de ces éléments fait que les courtiers australiens se retrouvent souvent à vouloir acheter le même cheval. Le risque est bien sûr de ne jamais arriver à satisfaire ses clients hongkongais La baisse de deux livres va augmenter l’offre et, logiquement, provoquer une baisse des prix d’achat.

Un marché à 75 millions d’euros. Il est assez difficile d’évaluer le volume et les tarifs du marché des achats privés à l’entraînement. Grosso modo, on peut estimer que la somme de 500.000 € constitue une moyenne entre les chevaux qui alimenteront les courses du quotidien et ceux destinés au Hong Kong Derby. Pour ces derniers, on atteint des prix à sept chiffres. Une extrapolation – forcément très simpliste – permet d’estimer que ce marché génère environ 75 millions d’euros par an. C’est plus du double du chiffres d’affaire de la vente d’août de l’agence Arqana. À Hong Kong, l’Europe a perdu la guerre commerciale avec l’Australie depuis longtemps. Le calendrier local est bâti en suivant celui de l’hémisphère sud. Les courses et le système sont idéals pour les Australiens. Pourtant, nous avons encore quelques cartes à jouer.

La France peut trouver sa place. D’octobre à juin, le Hong Kong Jockey Club a attribué un rating à 172 chevaux de la catégorie PP, dont 71 (41,2 %) en provenance de l’Europe. Conformément aux habitudes locales, ces derniers seront surtout les protagonistes de la saison 2019/2020, car les premières courses sont surtout une question d’apprentissage. Le rating moyen de ces sujets est de 75,7. On dénombre 37 sujets qui sont partis avec le rating minimal de 70, dont 28 en provenance de l’hémisphère sud. Sept français ont déjà leur rating. Le dernier arrivé n’est autre que Spahi Yes (Sepoy). Il a pris l’avion après avoir remporté une classe 2 sur la P.S.F. cantilienne, affichant à cette occasion une valeur 41. Il est pris à 73 par les handicapeurs de Hongkong, soit cinq livres de plus que le minimum requis la saison prochaine. Si rien n’est automatique, un 3ans de valeur 39 peut donc trouver sa place à Hongkong et faire tourner l’économie des courses de son pays de départ, en incitant ses premiers propriétaires à racheter des yearlings.