QIPCO PRIX DU JOCKEY CLUB J+1 - Le Timeform des Fantini : Frankie comme Ribot, Cristian avec un "p" - Par Franco Raimondi

International / 03.06.2019

QIPCO PRIX DU JOCKEY CLUB J+1 - Le Timeform des Fantini : Frankie comme Ribot, Cristian avec un "p" - Par Franco Raimondi

QIPCO PRIX DU JOCKEY CLUB J+1

Le Timeform des Fantini : Frankie comme Ribot, Cristian avec un "p"

Par Franco Raimondi

L’Italie est le pays des Fantini, des jockeys. Je n’ai pas eu la chance de voir en tant que turfiste avisé les grandes cravaches de l’histoire, comme Federico Regoli et Enrico Camici, que j’ai rencontrés ensuite avec la casquette d’entraîneurs, ni même Paolo Caprioli, vainqueur de l’Arc de Triomphe en 1929 et en 1933, ou encore Pietro Gubellini, le pilote de Nearco (Pharos). Je le regrette. Pour moi, cela a commencé avec Gianfranco Dettori, le père de Lanfranco, et ses treize Cravaches d’Or italiennes de 1967 à 1985. Voici l’homme qui a changé la donne pour les jockeys italiens. Il est le premier qui, en exerçant dans son pays, a triomphé dans des classiques en Angleterre et en Irlande pour des entraîneurs comme Henry Cecil. Après Gianfranco, les grands noms, je les ai vus débuter et s’affirmer. Et en guise de petit passe-temps post-Jockey Club, je vous propose mon Timeform des jockeys italiens, avec ratings et commentaires.

LANFRANCO DETTORI : 142

Il aurait été facile de donner à Frankie le même rating Timeform que son quasi-homonyme Frankel (147). Mais je garde ce rating pour l’une des idoles de Lanfranco, Lester Piggott. En revanche, je lui attribue un 142, comme Ribot (Tenerani), le meilleur cheval italien selon Timeform. Frankel a mérité un rating plus élevé que celui de son père Galileo (134). Lanfranco devance aussi son géniteur, mais avec un écart moins important. Le Mostro (le Monstre), le surnom de Gianfranco à l’époque, était selon moi un jockey de valeur 138, très dur à la lutte. À l’époque de Godolphin, Lanfranco était un pilote à 140. Suite à ses ennuis en 2012, il est tombé à 120, puis il est revenu à sa valeur et j’ai lui ai accordé deux livres supplémentaires pour ses dernières saisons. Il a réduit ses engagements, pas plus de 257 montes en Angleterre, avec un taux de réussite de 25 %. Voilà la meilleure façon de rester compétitif et d’attendre, pourquoi pas, les débuts de son fils Rocco, si ce dernier, qui joue demi de mêlée dans l’équipe de son école, ne choisit pas d’ici là de passer au rugby…

MIRCO DEMURO : 137

Selon tous les turfistes italiens, DemurOne était le plus grand jockey formé en Italie depuis Gianfranco Dettori. Mirco, c’est l’artiste, le jockey des courses impossibles, qui aime surprendre son monde par ses décisions. Sa victoire dans la Dubai World Cup (Gr1) en selle sur Victoire Pisa (Neo Universe) en est l’exemple parfait. Il avait 20 ans quand il est parti la première fois au Japon, en 1999, et il a gagné le Derby en 2003 avec Neo Universe (Sunday Silence). Et lorsqu’il a tenté sa chance en France et Angleterre, il ne s’est pas montré suffisamment patient pour réussir. Comme c’est le cas de beaucoup de grands jockeys, Mirco aime être le patron du peloton. Il a gagné dans le monde entier et c’est au Japon qu’il a trouvé son havre de paix. Il a 40 ans, il est heureux, mais il aurait pu grimper à 140.

CRISTIAN DEMURO : 136p

Un jour à San Siro, Mirco Demuro m’avait présenté un gamin de 8 ans en m’annonçant : « Il va devenir plus fort que moi. » C’était Cristian… Je n’y croyais pas, comme beaucoup d’Italiens, lorsque le garçon a entamé sa carrière. Pourtant, depuis, les choses ont changé. Cristian et son frère sont aux antipodes l’un de l’autre. Ils ont treize ans d’écart, ce qui est important au niveau de la formation. La lettre "p" de progrès à côté de son rating est amusante pour un pilote qui a déjà remporté douze classiques, dont six Derbies. Mais voilà, on parle d’un jockey qui n’a que 26 ans. Lanfranco Dettori, à son âge, en avait remporté dix, dont neuf en Angleterre, Irlande et France. Le dixième correspond au Derby Allemand de 1991, quand Cristian n’était pas encore né. Le garçon a le potentiel pour devenir un pilote à 140. Mirco avait raison.

ANDREA ATZENI : 135

Le plus sarde des Fantini n’est pas le fils ou le frère d’un crack jockey. Et son rêve était seulement de monter dans le Palio… Il a 28 ans et Lanfranco Dettori l’aime depuis toujours. Andrea s’est fait tout seul, quittant sa Sardaigne pour Newmarket. Il possède toutes les qualités d’un top jockey et il a gagné vingt-quatre Grs1 en cinq saisons, dès qu’il en a eu l’opportunité. Andrea est un jockey anglais, avec un brin d’italianité. Même s’il adore les courses à l’anglaise, cela ne l’empêche pas de poursuivre sa progression. La première version française de Lanfranco Dettori, malgré son Jockey Club en selle sur l’outsider Polytain (Bikala), n’était pas encore celle que l’on a pu connaître ensuite.

UMBERTO RISPOLI : 127

Selon les règles de Timeform, le rating d’un cheval de Gr1 est compris entre 125 et 129. Umberto Rispoli est un 127 très costaud. Il a battu le record italien de victoires détenu par Dettori père quand il avait 21 ans, en 2009. C’est Cristian Demuro qui l’a dépassé en 2012. Umberto était déjà en France cette année-là et j’ai un souvenir très précis de lui. Au rond de présentation avant l’Arc de Triomphe, il prenait des photos de Camelot avec son smartphone avant de gagner le Prix du Cadran (Gr1) en selle sur Molly Malone (Lomitas). Après son passage dans l’Hexagone, il a fait le choix de s’installer à Hongkong, une ligue très difficile, dominée par Zac Purton et Joao Moreira. Il gagne, il perd, il exerce la profession qu’il aime. La régularité.

DARIO VARGIU : 126 ?

Le Timeform met un point d’interrogation quand il ne dispose pas d’assez de lignes pour évaluer un cheval. Dario Vargiu a gagné au niveau Gr1 en Allemagne et au Japon, mais il a toujours exercé sa profession en Italie. Il a décroché six Cravaches d’Or et sa domination peut encore se poursuivre puisqu’il compte sur le soutien d’Alduino et Stefano Botti. Même s’il est un jockey de classe internationale, le niveau des courses en Italie rend difficile tout jugement sur son compte, mais aussi sur celui d’autres pilotes comme Fabio Branca. Talentueux, ce dernier vaut davantage que 130 de rating, mais il n’a jamais eu sa chance à l’étranger.

DANIELE PORCU : 125

Daniele nous a quittés trop tôt, à 34 ans, quelques mois après avoir remporté en 2017 son premier Gr1 en Allemagne. C’est dans ce pays qu’il avait choisi de s’installer en 2008, juste avant qu’une crise profonde ne traverse les courses italiennes. Il a travaillé pendant presque dix ans dans le but de devenir un jockey de Gr1 de dimension internationale. C’est grâce à lui que d’autres jeunes comme Michael Cadeddu (122), qui a lui aussi gagné un Gr1 à l’étranger, ont décidé de tenter leur chance en Allemagne. Daniele, bravo mon ami.

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