Une baisse de plus de 65 % des candidatures aux postes de cavalier d’entraînement et de lad driver

Autres informations / 17.06.2022

Une baisse de plus de 65 % des candidatures aux postes de cavalier d’entraînement et de lad driver

Une baisse de plus de 65 % des candidatures aux postes de cavalier d’entraînement et de lad driver

L’Association cheval & SHS a pour objectifs de promouvoir les travaux de recherche en sciences humaines et sociales. Le 27 mai 2019, elle organisait une journée d’étude à la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. L’intervention de Charlène Lourd a particulièrement attiré notre attention.

Charlène Lourd est doctorante en sciences de l’éducation ainsi que conseillère en emploi et en orientation spécialisée dans la filière équine au sein d’Équi-ressources. Ses travaux portent sur les trajectoires professionnelles des travailleurs de la filière équine, ainsi que sur les difficultés de recrutement qu’elle connaît actuellement. La journée d’étude a été l’occasion de pointer les difficultés qu’éprouvent les entraîneurs à recruter du personnel d’entraînement. Métiers difficiles, physiques, exigeants, filière de moins en moins attractive, autant de raisons qui amènent à réfléchir sur la pénurie de personnel que connaît le secteur des courses. Grâce à sa plateforme de mise en relation et de son observatoire, Équi-ressources relève une baisse de plus de 65 % des candidatures aux postes de cavalier d’entraînement et de lad driver sur une période de quatre années. Cette évolution souligne une accélération de la tendance avec de jeunes générations de moins en moins attirées par les emplois hippiques. Si les chiffres inquiètent, les échanges avec les employeurs renforcent ce sentiment. Charlène Lourd souligne qu’une étude plus large, avec des chiffres extérieurs à Équi-ressources, serait nécessaire pour parfaire la compréhension de la situation. La doctorante va dans un premier temps essayer de produire des données par zone géographique.

Toute la filière est touchée. Cette crise des vocations est au cœur de toutes les discussions chez les professionnels du trot et du galop. Pour pallier le phénomène, les entraîneurs baissent leurs effectifs et restructurent les équipes. Ce qui n’est pas sans conséquence pour le personnel en place qui s’épuise pour réaliser le travail. Toutefois, les premiers travaux de Charlène Lourd, issus de l’étude de plus de 1.000 curriculum vitæ normands, montrent que les travailleurs du secteur course ayant eu leur premier emploi dans la filière équine sont les plus nombreux à être restés uniquement dans ce secteur, contrairement aux sports équestres, au secteur du loisir et à celui de l’élevage. Les courses et l’élevage sont les deux domaines qui attirent le plus de travailleurs dès lors qu’ils ont exercé leur premier emploi dans le monde du cheval. Enfin, ceux qui ont eu leur premier emploi dans les courses sont les moins nombreux à quitter la filière.

Comment expliquer ce phénomène ? Même si la baisse des vocations y est moins impressionnante, elle touche donc aussi le monde de l’équitation, comme de nombreux métiers dits "en tension", à l’image de la restauration, de l’agriculture ou du bâtiment. Beaucoup de pays sont touchés par ce manque de personnel, même l’Irlande où la crise semble cependant moins forte pour plusieurs raisons. Outre le taux de pénétration des courses dans la population irlandaise, il faut aussi noter que de nombreux employés d’écuries peuvent y pratiquer la compétition très régulièrement dans les point-to-points, ce qui est source de motivation supplémentaire. Dans d’autres pays, comme la République tchèque, le taux de chômage très bas (3 %) pousse de nombreux travailleurs à quitter les emplois manuels en zone rurale et un grand nombre de cavaliers s’exilent dans des pays où les salaires dans les écuries d’entraînement sont plus élevés. La France est victime de la rencontre de plusieurs facteurs, notamment la très mauvaise image des courses dans notre pays et les abus de certains professionnels par le passé. Aujourd’hui en France, le rapport de force est clairement en faveur des meilleurs employés d’écurie compte tenu de la rareté de leurs profils. Charlène Lourd souligne le fait qu’une partie du personnel de la filière galop a désormais accès à des salaires incomparables avec ceux pratiqués il y a une décennie ou ailleurs dans le monde du cheval pour une qualification équivalente.

Pour retrouver le compte rendu de la journée du 27 mai à Caen – avec Nicolas Blondeau, Honorine Tellier, Olivier Villepreux et Chloé Pathé – veuillez cliquer ici

https://reseauchevalshs.wordpress.com/2019/06/05/compte-rendu-journee-etude-courses-hippiques-cheval-shs/

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