Une si belle histoire d’amour…

Courses / 02.06.2019

Une si belle histoire d’amour…

CHANTILLY, DIMANCHE

QIPCO PRIX DU JOCKEY CLUB (GR1)

Quelle impression laissée par Sottsass (Siyouni) dans le QIPCO Prix du Jockey Club (Gr1) ! Le représentant de Peter Brant a survolé le French Derby, s’imposant de deux longueurs. Il s’est offert Persian King**(Kingman), le lauréat de The Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1), mais aussi le record de la course en 2’02’’90, en battant de près de trois secondes le 2’05’’58 de The Grey Gatsby (Mastercraftsman) en 2014… Sottsass s’est même offert le record de la piste, détenu par la championneTrêve (Motivator) dans le Prix de Diane 2017 (2'03’’77) ! Rien que cela… Pour Peter Brant, c’est une victoire importante, avec le frère de sa jument de cœur, la formidable Sistercharlie (Myboycharlie), façonnée par Henri-Alex Pantall pour Jacques Cygler, son premier propriétaire.

Voilà la concrétisation d’une belle histoire d’amour entre un propriétaire américain, une souche actuellement développée aux Monceaux et l’hippodrome de Chantilly.

 

Tendu au rond, brillant en piste. Sottsass est un joli alezan mais, au rond, il y avait quelques raisons de s’inquiéter : le poulain était tendu et l’un des rails du rond va se souvenir un bon moment de sa rencontre avec lui ! Sur le papier, la qualité de Sottsass était indéniable mais son manque de maturité pouvait inquiéter pour un événement comme le QIPCO Prix du Jockey Club. Heureusement, le poulain s’est peu à peu détendu en allant au départ.

Ensuite, ce n’est pas lui qui est le mieux parti : d’abord en seconde moitié de peloton, il s’est retrouvé dans un sillage royal dans le dernier tournant : celui de Persian King. « Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là ! », a confessé Cristian Demuro après la course.

La Providence fait parfois bien les choses. Sottsass a pu filer Persian King et ensuite laisser parler sa pointe de vitesse, là où le représentant Godolphin a plutôt une longue accélération. Les derniers 200m sont saisissants : Sottsass se débarrasse de son rival en trois foulées pour s’imposer en toute quiétude.

Persian King, vu sur une troisième épaisseur mais couvert, est net deuxième, deux longueurs devant Motamarris (Le Havre), troisième à deux longueurs en résistant au bon retour de Cape of Good Hope (Galileo). Roman Candle (Le Havre) est cinquième à deux longueurs et demie.

 

Tout a (re)commencé à Chantilly

Peter Brant remporte son premier Prix du Jockey Club, comme pour concrétiser une histoire d’amour avec Chantilly. Propriétaire influent des années 1980, l’homme de Tryptich (Riverman) s’était ensuite éloigné des courses hippiques. En 2016, il signe son grand retour dans le monde hippique en se portant acquéreur d’Azaelia (Turtle Bowl), laquelle venait de se classer quatrième du Prix de Diane. Mais c’est vraiment un an plus tard, en 2017, que la grande histoire d’amour a pris une autre dimension : avant le Prix de Diane, Peter Brant achète Sistercharlie (Myboycharlie), la grande sœur de Sottsass. Elle se classe deuxième, pas très heureuse, et provoque un coup de foudre.

 

Il a (presque) tous les produits de Starlet’s Sister. Lorsque Peter Brant avait acheté My Sister Nat** (Acclamation) l’an passé, Paul Nataf, qui avait fait le deal, nous avait confié :« Peter Brant aime tellement Sistercharlie qu’il aimerait avoir toute la famille ! La mère, Starlet’s Sister, produit exceptionnellement bien : elle a déjà donné deux gagnantes de Groupe et le 2ans par Siyouni est gagnant[il s’agissait de Sottsass, NDLR]. À l’époque, nous lui avions vendu Triptych. Mais il m’a dit que Sistercharlie était, pour lui, la pouliche d’une vie ! »

Sistercharlie est le premier produit de Starlet’s Sister (Galileo). Elle a donc été achetée par Peter Brant avant le Prix de Diane 2017. Quelques mois plus tard, Peter Brant a acheté Sottsass yearling à Arqana. C’est le troisième produit de Starlet’s Sister. En août 2018, à la vente Arqana, il a également acheté Radiant Child (Charm Spirit), le quatrième produit de Starlet’s Sister indiqué en fin de carrière en France depuis le 31 mai 2019. Il ne lui manquait que My Sister Nat – le deuxième produit de Starlet’s Sister –, qu’il a achetée à l’amiable en octobre 2018 ! Starlet’s Sister a un yearling par Fastnet Rock et nul doute que s’il vient à passer cet été sur le ring d’Arqana, Peter Brant et Michel Zerolo seront aux aguets…

Dans le rond des vainqueurs et en se rendant sur la piste pour recevoir son trophée, Peter Brant nous a dit : « C’est le frère de Sistercharlie et de My Sister Nat… Je ne pourrais pas être plus heureux ! C’est une famille formidable. Cet amour que j’ai pour cette famille de chevaux a commencé ici-même, à Chantilly, il y a deux ans. Sistercharlie a couru le Prix de Diane et elle avait été exceptionnelle. Elle avait été quasiment mise hors course, gênée plusieurs fois, mais elle n’avait rien lâché, finissant vite. Ce jour-là, je me suis dit : "J’ai vraiment une excellente jument !" Tout est parti de là… Et, aujourd’hui, son frère gagne le Prix du Jockey Club… »

 

Un immense honneur.Peter Brant, en tant que propriétaire, a gagné de très grandes courses. Il y a bien sûr eu la championneTriptych, gagnante de neuf Grs1 : Prix Marcel Boussac, Irish 2.000 Guineas, Champion Stakes (deux fois), Prix Ganay, Coronation Cup (deux fois), International Stakes et Irish Champion Stakes. Elle s’est aussi placée dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes, dans les Eclipse Stakes et dans le Prix de l’Arc de Triomphe, ainsi que dans les Oaks d’Epsom de la championne Oh So Sharp.

À l’actif de Peter Brant, on peut aussi citer Swale, gagnant du Kentucky Derby et des Belmont Stakes… Mais ce QIPCO Prix du Jockey Club, avec Sottsass, restera longtemps gravé dans sa mémoire : « Sottsass était vert au début de sa carrière. Mais c’est un cheval merveilleusement né et élevé. Il n’a fait que progresser. Jean-Claude Rouget a fait un travail formidable pour l’amener aujourd’hui. C’est un immense honneur de gagner un classique français. Sistercharlie avait pris la deuxième place du Prix de Diane et, depuis, elle a gagné énormément de courses. Elle est l’un de mes chevaux préférés parmi ceux qui ont couru pour moi. Aujourd’hui, c’est l’un de mes meilleurs moments aux courses. »

 

L’Arc ? Un rêve. Aucun propriétaire ou entraîneur ne peut échapper à cette question après une victoire dans le QIPCO Prix du Jockey Club : le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) est-il au programme ? Peter Brant a expliqué : « Je ne peux pas me prononcer, il faudra en parler avec Jean-Claude Rouget. Ce que je peux vous dire : c’est que je rêve de remporter l’Arc. J’ai assisté à mon premier Arc de Triomphe il y a cinquante ans. C’était l’Arc d’Ivanjica. Je suis venu à de nombreux Arcs depuis, et je rêve de le remporter. »

La question concernant les représentants de Peter Brant est aussi celle de l’avenir – européen ou américain ? – de ses chevaux. Sistercharlie a été exportée aux Etats-Unis après le Prix de Diane, chez Chad Brown, où elle a depuis été rejointe par sa petite sœur My Sister Nat, laquelle était accompagnée d’Homérique**(Exchange Rate). Pour le moment, l’avenir de Sottsass se situe toujours en France : « J’élève des chevaux en Europe et au Kentucky. Je dirais qu’environ 40 % de mes juments sont en Europe. Concernant Sottsass, j’ai acheté ce cheval yearling à Arqana et l’idée est de le garder en Europe. Peut-être qu’il pourrait aller courir la Breeders’ Cup ou devenir étalon aux Etats-Unis, mais l’idée est de le garder ici pour le moment. »