LE MAGAZINE - Stormy Ireland, la success story de Franck Beugnon

Courses / 28.01.2020

LE MAGAZINE - Stormy Ireland, la success story de Franck Beugnon

Il y a tout juste un mois, l’élevage de Franck Beugnon a brillé pour la première fois au niveau Groupe sous la bannière du haras d’Orfausse, grâce à Stormy Ireland (Motivator), gagnante du Leopardstown E.B.F. Mares Hurdle (Gr3). Dimanche dernier, la jument a signé une deuxième victoire de Groupe consécutive, à Naas, dans le Limestone Lad Hurdle (Gr3).

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Stormy Ireland a récemment mis votre élevage à l’honneur en vous offrant vos deux premiers Groupes en l’espace d’un mois. De quelle manière est-elle arrivée dans les boxes de Willie Mullins ?

Franck Beugnon. – Stormy Ireland a débuté à 2ans chez Éric Libaud. Elle a montré de la qualité en plat puisqu’elle a fait l’arrivée à deux reprises en autant de sorties, échouant de peu pour la victoire lors de sa deuxième course à Angers. Je pense qu’elle aurait pu faire une jument correcte en plat, mais cela commençait à lui monter à la tête et je l’ai donc placée chez Dominique Bressou, afin de la faire courir en obstacle. Là encore, elle a d’emblée montré des moyens en échouant d’une encolure pour ses débuts à Auteuil. Elle a une nouvelle fois été battue de très peu à Compiègne et Pierre Boulard, qui avait remarqué la jument, l’a achetée pour un client de Willie Mullins. Depuis, Stormy Ireland s’est construit un solide palmarès puisque, outre ses deux victoires de Gr3, elle a également gagné trois Listeds et conclu deuxième du David Nicholson Mares' Hurdle et du Mares Champion Hurdle (Grs1), entre autres.

Comment avez-vous eu l’idée de croiser sa mère, Like a Storm, avec Motivator ?

J’étais amoureux de Motivator (Montjeu) lorsqu’il courait. Lorsque j’ai su qu’il arrivait en France, j’ai appelé le directeur du haras du Quesnay, Vincent Rimaud, pour réserver une saillie. Je crois que j’ai été le premier à le faire, et Vincent Rimaud m’avait d’ailleurs dit : « Cela vous portera chance. » Il avait raison ! Comme beaucoup de gens, j’ai toujours cru au sang de Montjeu (Sadler’s Wells) et pensé qu’il serait améliorateur pour l’obstacle. J’ai été bien inspiré de ce choix à ce moment-là puisque Trêve a gagné son premier Arc quelques mois plus tard, et le prix de saillie de Motivator a doublé l’année suivante.

Vous avez gardé entier un frère inédit de Stormy Ireland, My Name Is Storm, qui est à l’entraînement chez Gabriel Leenders… Avez-vous bon espoir d’en faire un étalon ?

Oui, d’autant qu’il montre des moyens le matin. Après, il faudra le voir l’après-midi… mais je l’aime beaucoup. C’est un poulain qui semble très solide, avec de l’os. Pour le moment, il n’est pas très chaud ; ce n’est donc pas un problème de le garder entier. C’est un fils de Martaline (Linamix) qui possède un papier maternel très intéressant, dans lequel on retrouve de manière proche des chevaux de Gr1 en obstacle comme Stormy Ireland et Saphir River (Slickly), qui avait conclu deuxième du Grand Prix d’Automne (Gr1), mais aussi des gagnants de Gr1 en plat tels que Stormy River (Verglas) et Silverwave (Silver Frost). Je trouve cela très intéressant en vue d’une future carrière d’étalon, car il est important d’amener de la vitesse.

Comment avez-vous introduit la souche de Stormy Ireland dans votre élevage ?

Un jour, Yannick Fouin m’a envoyé à l’élevage River Valentine (River Majesty), la deuxième mère de Stormy Ireland, car elle était ingérable. Elle avait gagné sur les haies de Fontainebleau, mais elle était très compliquée. Avec Yannick Fouin, nous avons convenu qu’il me donnerait la jument en échange du premier produit. Les deux premières années, j’ai envoyé River Valentine à la saillie d’Ultimately Lucky (Kris), dont j’étais le propriétaire. Comme convenu, j’ai donné son premier produit, Majestic Card, à Yannick. Le deuxième était Like a Storm !

De quelle manière aviez-vous fait l’acquisition d’Ultimately Lucky ?

Je connaissais bien Charlotte Thoreau, qui était la propriétaire du haras de Mortrée. J’ai déjeuné chez elle un jour et Ultimately Lucky, qui était là-bas, m’a tapé dans l’œil. Il avait des défauts et n’était pas parfait dans ses aplombs, mais il était très expressif, avec du volume. Il possédait également un papier maternel superbe puisque sa mère, Oczy Czarnie (Lomond), avait gagné trois Groupes dont le Prix de la Salamandre (Gr1). J’ai donc acheté le cheval à Jean-Paul Gallorini et il a fait plusieurs saisons de monte au haras de Mortrée, avant de rejoindre le haras de Grandcamp. Malheureusement, Ultimately Lucky est mort suite à des coliques en 2010, alors qu’il avait 15ans. Après sa disparition, il a sorti plusieurs black types, en plat comme en obstacle, à l’image de Nid d’Amour (Prix Luth Enchantée, L), Ch’tio Bilote (2e du Prix Paul de Moussac et 3e du Prix de Guiche, Grs3), Sierra Nevada (Prix Jean Bart, L et 3e du Prix La Périchole, Gr3), Perly de Clermont (3e du Prix Carmarthen, Gr3), Cagnard (2e du Prix Général Donnio, L)… Il avait démarré avec une petite jumenterie et je pense que le meilleur restait à venir avec lui, car il commençait tout juste à saillir de bonnes juments. Malgré peu de filles à l’élevage, Ultimately Lucky ne cesse de s’affirmer en tant que père de mère à travers Chacun pour Soi (Ryanair Novice Chase, Gr1), Jubilatoire (Prix des Drags, Gr2), Églantine du Seuil (Dawn Run Mares' Novices' Hurdle, Gr2), Royale Joana Has (Prix Hopper, Gr3), Royale Maria Has (Prix Hopper, Gr3)… et bien sûr Stormy Ireland !

Like a Storm fut elle-même une bonne jument, bien que ne payant pas de mine. D’autant qu’elle était assez compliquée…

Cette jument, elle a une sacrée histoire ! L’année précédant sa naissance, Stormy River avait commencé à performer au plus haut niveau et j’ai voulu refaire le même croisement en envoyant River Valentine en Irlande, afin qu’elle soit saillie par Verglas (Highest Honor). Elle portait encore Like a Storm en ses flancs, et la pouliche est donc née à l’Irish National Stud. Malheureusement, j’ai découvert en la récupérant que Like a Storm avait contracté la rhodococcose, une maladie pulmonaire très grave. Les vétérinaires étaient très pessimistes et m’avaient dit qu’elle ne verrait jamais un champ de course. Et pourtant, elle a gagné cinq courses, dont le Prix Roger de Minvielle (L) ! Mais à cause de sa maladie, elle est restée toute petite. C’était une jument très dure en course. D’ailleurs, à 4ans, elle a gagné trois courses d’affilée sur le steeple d’Enghien en 19 jours, dont la Listed. Ce n’est pourtant pas le genre de Yannick Fouin, ni le mien, de faire courir les chevaux de manière aussi rapprochée, mais Like a Storm était tout le temps sur le gaz et elle avait du cœur. Elle était compliquée à entraîner car elle faisait beaucoup de manières, et je pense que Yannick s’est arraché les cheveux plus d’une fois avec elle ! Au haras, nous n’avons pas eu beaucoup de chance jusqu’ici avec la jument. L’année dernière, elle nous a donné un magnifique mâle de Motivator, qui est mort suite à une fracture. Like a Storm est de nouveau pleine de Motivator et va rencontrer Goliath du Berlais (Saint des Saints) cette année.

Depuis combien de temps élevez-vous des chevaux de course ?

Habitant à Saumur, je ne pouvais pas échapper à la passion du cheval. J’ai toujours été cavalier, et cela fait un peu plus de 20 ans que j’ai des chevaux de course. Ma première poulinière s’appelait First Card (Tip Moss) ; je l’ai acquise par l’intermédiaire de son entraîneur, Claude Rouget, qui fut la première personne à m’avoir introduit dans le milieu des courses. Il fut également mon premier entraîneur, et j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui. À l’époque, je n’y connaissais pas grand-chose, mais j’ai rapidement été passionné par la génétique, les courants de sang… J’ai commencé l’élevage avec une jument, puis deux, jusqu’à en avoir une dizaine. Puis j’ai réduit ma jumenterie car j’ai dû vendre mon haras ; j’avais 30 chevaux à la maison et j’étais débordé. Je suis désormais un éleveur sans sol : mes trois poulinières sont réparties entre le haras de Clairefontaine, chez Marie-Laure Collet, et le haras de la Herbourgère, chez François L’Allinec.

Hormis Like a Storm, vous reste-t-il d’autres femelles de cette souche ?

Oui, j’ai une sœur de Stormy Ireland, Dream of Storm (Falco), qui a gagné trois courses en haies et en steeple l’année dernière. Elle aurait pu continuer à courir car elle vient seulement d’avoir 5ans, mais comme Like a Storm a du mal à produire et qu’elle est la seule qui me reste de cette souche, j’ai préféré ne pas prendre de risque et l’envoyer au haras. Dream of Storm va être saillie cette année par Nirvana du Berlais (Martaline). Ma troisième poulinière est une AQPS nommée Câline de l’Oasis (Elasos), qui est pleine de Motivator. C’est une sœur de Vicky de l’Oasis (Ultimately Lucky), qui a gagné trois courses en plat et conclu deuxième du Prix Jacques de Vienne (devenu Gr1 AQPS) sous ma casaque, avant d’être exportée en Irlande où elle est devenue une bonne jument d’obstacle sous l’entraînement de Willie Mullins. Jusqu’ici, j’ai eu de la réussite particulièrement avec les femelles… J’ai par ailleurs élevé Zandalee (Trempolino), qui a conclu troisième des Prix Sagan (L, à l’époque) et d’Iéna (L) avant de donner naissance à Beaumec de Houelle (Martaline). Lorsque j’avais dix juments, je faisais beaucoup de commerce car je ne pouvais pas exploiter toute la production. Depuis que j’ai réduit mon activité, je peux me permettre de garder la plupart de mes chevaux et je me fais plaisir !