Philippe Bouchara - « Il faut aider les sociétés régionales »

Courses / 31.01.2020

Philippe Bouchara - « Il faut aider les sociétés régionales »

Philippe Bouchara : « Il faut aider les sociétés régionales »

Président de Vichy, Philippe Bouchara n’est pas d’accord avec le maire de Chantilly. Pour lui, Éric Woerth n’aurait pas dû s’opposer à l’amendement Leguille-Balloy, qui proposait de partager plus solidairement la « taxe Myard » entre grosses et petites sociétés.

Jour de Galop. – En novembre dernier, la députée Martine Leguille-Balloy avait déposé un amendement visant à répartir plus équitablement la taxe reversée aux collectivités locales qui ont un hippodrome, mais ce projet a été retoqué. Quel est votre sentiment ?

Philippe Bouchara. – Le sujet est sensible. Pour que vos lecteurs comprennent bien : le code général des impôts prévoit une taxe sur les enjeux hippiques, reversée aux communautés de communes et aux communes qui accueillent un hippodrome. Plus un hippodrome suscite d’enjeux – typiquement un grand champ de courses avec beaucoup de Premium et des quintés – et plus sa collectivité locale va toucher d’argent. Le problème, c’est que les mieux rémunérées de ces collectivités sont celles sur lesquelles sont implantés les hippodromes de France Galop et du Trot… Certes, un grand hippodrome coûte cher. Mais que dire des hippodromes régionaux ? Leurs collectivités locales ne touchent quasiment rien au titre de la taxe dont nous parlons ; donc elles ne sont pas très enclines à aider l’hippodrome… Alors que celui-ci aurait besoin de l’être, puisqu’il n’est pas financé à 100 % par France Galop ou LeTrot comme ceux qui attirent le plus de taxes !

En tant que président d’une grosse société, on attendrait un discours différent de votre part…

Précisément, je ne raisonne pas en fonction de mon intérêt personnel mais au nom de l’intérêt général. Si nous voulons garder un bon maillage géographique, il faut que les collectivités qui abritent les plus grands hippodromes et donc touchent le plus de taxes acceptent de partager un peu le gâteau. Les sociétés régionales – et en particulier celles qui ont perdu leurs rares Premium – sont en grande souffrance. On ne peut pas ne pas les aider.

Par ailleurs, c’est aussi une volonté d’équité : comment justifier qu’une communauté d’agglomération avec un hippodrome et 42 réunions reçoive 760.000 €, alors qu’une autre en région, avec trois hippodromes et 85 réunions, ne reçoit que 500.000 € ? Tout cela uniquement parce qu’il y a davantage de Quintés courus sur la première. Cela n’a pas de sens !

Vous avez récemment été élu à la Fédération nationale des courses hippiques (FNCH) pour y assumer, à tour de rôle avec Joël Bourgeois, la fonction de président de la Commission nationale des régions et de vice-président de la Fédération. Quelles sont vos priorités en tant qu’élu ?

Il faut que nous répondions encore davantage aux demandes des Sociétés. Si la Fédération nationale, bien entendu, ne peut pas résoudre tous les problèmes, elle est capable d’en résoudre certains, du moins d’y apporter son expertise et son savoir-faire. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais la création d’une régie publicitaire – commune à tous les hippodromes en régions – serait sans doute une bonne chose. Dans un autre registre, il faudrait que soit privilégié l’échange de matériel, aussi bien technique qu’informatique, entre sociétés. Si demain une société a besoin d’investir sur un écran par exemple, il faudrait qu’elle sache qu’une société à l’autre bout de la France peut lui en vendre un ou l’échanger. Une centrale d’achat vient d’être mise en place, il faut que les sociétés l’utilisent.

Aujourd’hui, la grande question qui se pose est le renouvellement des présidents de Sociétés. Il y a un vieillissement. Cela demande beaucoup de temps d’être président, avec des responsabilités de plus en plus importantes. Mutualiser les matériels est une manière de les décharger d’une partie de leur travail.

Quelles sont les autres actions menées actuellement par la Fédération nationale ?

Un des principaux dossiers traités actuellement est celui de la modernisation de la prise de paris, avec notamment SmartTurf, le système de prise de paris sur smartphone développé par le groupe Carrus, qui plaît de plus en plus et a permis de collecter en 2019 plus de 700.000 € d’enjeux. L’autre dossier est celui de l’aide que la Fédération nationale peut apporter aux hippodromes, en termes d’accueil, de parcours de client, d’animations. L’Institution veut faire de l’hippodrome la vitrine des courses en France. Dans cette optique, les équipes du Marketing transverse, de France Galop, du Trot, du PMU et de la F.N.C.H. ont un rôle important à jouer. Il est impensable que la prise de paris sur les hippodromes soit déficitaire, cela coûte plus de 5 M€ par an à l’Institution. Lors de notre réunion, il a été aussi abordé la question du bien-être équin, un thème sur lequel l’ensemble de la filière doit être irréprochable.

D’une manière plus générale, quel est le rôle de la F.N.C.H ?

Il est très varié. L’un des rôles de la Fédération est d’aider à ce rapprochement entre le Trot et le Galop demandé au plus haut niveau de l’Institution. En province, ce rapprochement existe déjà dans les faits. En réalité, il n’y a guère qu’à Paris qu’il n’existe pas. Dans les régions, nous sommes obligés de raisonner en termes de Galop et de Trot, ne serait-ce que pour une organiser une réunion par exemple. Et je vous rappelle qu’il y a 226 hippodromes en France, hors sociétés mères. La Fédération est là pour bien organiser les choses, entre les gros, les moyens et les petits hippodromes, et faire le lien entre eux. Et nous veillons au maillage national d’organisation des courses sur le territoire. C’est également la Fédération nationale qui gère le budget sur la partie "dopage". Et c’est encore elle qui gère, au travers des Fédérations régionales, le personnel. Quand vous voyez le G.T.H.P. à Paris sur l’organisation des courses, il faut savoir qu’en province, vous avez autant de G.I.E., autant de personnel qui est envoyé sur les différents hippodromes pour organiser les réunions. Au final, la Fédération nationale est très importante car elle est également là pour remonter aux sociétés mères l’activité et le ressenti des dix régions.