Prix d’Amérique : nos trois coups de cœur

Courses / 27.01.2020

Prix d’Amérique : nos trois coups de cœur

Entre le Prix d’Amérique et le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, il y a à la fois un monde d’écart mais aussi beaucoup de similitudes. La portée de ces deux courses, ces ambiances différentes mais uniques. LeTrot s’est inspiré de France Galop pour Vincennes, avec les vendredis guinguettes, soit les JeuXdis du trot, mais aussi un DJ Set après l’Amérique, comme après l’Arc. Mais l’inverse doit se faire et, ce dimanche, nous avons vu des idées qui nous ont beaucoup plu.

Par Anne-Louise Échevin

  1. Allô Pierrot ? Ici les joueurs !

Nous ne sommes pas fans du tout de la caméra embarquée lors de la diffusion en direct d’une course. Elle nous fait sortir de l’épreuve, nous ne savons plus ce qu’il se passe et elle n’apporte pas d’information déterminante. La caméra embarquée pour vivre les sensations fortes au sein du peloton : oui… mais en différé !

Une utilisation intelligente de la caméra embarquée. Ce dimanche, LeTrot et Equidia ont innové avec la caméra embarquée et l’ont transformée en un véritable bijou. Une caméra était installée sur le sulky d’Uza Josselyn et son driver, Pierre Vercruysse, était muni d’un micro. Il nous a fait vivre en direct l’avant-course du Prix d’Amérique sur Equidia, échangeant avec les présentateurs, expliquant les gestes à avoir avant une telle course pour amener son cheval au mieux jusqu’au départ, débriefant le heat… Directeur général d’Equidia, Arnaud de Courcelles nous a dit : « La priorité dans la réflexion est : au-delà d’amener un nouvel élément éditorial et une nouveauté technologique, que peut-on amener de plus au joueur ? Il y a eu un premier test en direct réalisé le jeudi à Vincennes, avec Pierre Vercruysse, et cela a été concluant. Pour le Prix d’Amérique, nous nous sommes davantage concentrés sur l’aspect "inside" et ambiance, mais l’idée est de répéter cette expérience pour apporter des informations au joueur. C’est dans la dernière minute avant la course qu’il y a le plus d’enjeux et qui, à ce moment-là, est le mieux placé pour donner des informations que le driver ou le jockey ? »

Un défi qui doit pouvoir être relevé au galop. Évidemment, au galop, il n’y a pas de sulky où accrocher une caméra. Toutefois, le plus important dans cette expérience n’est pas forcément l’image – on voit Pierre Vercruysse au sulky –, mais le son et donc les informations et explications apportées en direct. Cette expérience est déclinable en partie au galop : « Il y a un aspect prouesse technique, mais les équipes de LeTrot et du G.T.H.P. maîtrisent très bien. C’est un défi car il ne faut pas que le matériel soit trop lourd sur le sulky, ou trop encombrant et qu’il gène donc le driver. Mais, aujourd’hui, le matériel est très léger, donc ce n’est plus vraiment un sujet. Ce concept peut certainement se décliner au galop : l’important n’est pas tant l’image, mais le son. Il faudra en discuter avec les équipes de France Galop. Les professionnels du trot ont, dans leur majorité, apprécié l’idée : il n’y a pas que Pierre Vercruysse qui ait donné son accord et des tests ont été réalisés avec Gaby Gelormini, Alexandre et Matthieu Abrivard ou encore Jean-Michel Bazire. »

Des chiffres dans le vert

Pour ce centenaire du Prix d’Amérique, l’ensemble des chiffres sont dans le vert. LeTrot a compté 39.978 spectateurs sur l’hippodrome de Paris Vincennes, contre 36.000 environ en 2019. Du côté des enjeux PMU et P.M.H., ce fut aussi une belle journée. Le Prix d’Amérique (support d’événement) totalise 18,9 M€ d’enjeux (+ 2 %). La réunion de Vincennes dans son ensemble, a enregistré 30,2 M€ d’enjeux (+ 1,5 %) et la journée globale (avec Nantes en matinale) enregistre 33,7 M€ d’enjeux, soit + 13,1 %. En 2019, la réunion de Vincennes était la seule réunion PMU en France. Il y avait par ailleurs dix courses au programme de la réunion du Prix d’Amérique en 2019, contre onze cette année.

  1. Faire monter la sauce

Côté programmation, LeTrot a changé sa façon de faire pour ce Prix d’Amérique, créé il y a 100 ans. Onze courses étaient au programme de Vincennes, mais avec une réunion segmentée. Trois courses ont eu lieu de midi à 13 h, avec une pause jusqu’à 14 h 15. Vincennes proposait donc une sorte de mini-réunion d’introduction : cela permet de proposer un spectacle aux spectateurs déjà présents sur l’hippodrome, qui n’ont pas à attendre de longues heures. Et cette pause a permis de lancer toute la tension autour du Prix d’Amérique.

Déjà l’Amérique avant l’heure. Cette heure de pause a fait vibrer les tribunes bien avant que ne se dispute le Prix d’Amérique, programmé à 16 h 10 : les Harley Davidson sur la piste, la parade (qu’on aime ou non), la présentation de tous les drivers sur la piste face aux tribunes… Vincennes n’est pas ParisLongchamp, l’Amérique n’est pas l’Arc et nous ne demandons pas à avoir cent motos labourant la piste avant l’Arc ! À chacun son identité. Mais il y a des motifs d’inspiration. Par exemple, au niveau de la présentation des drivers… Vincennes fait le pari de les présenter en rock stars. Le Prix d’Amérique garde ses racines d’événement populaire et on ne demande pas un grand show à l’américaine avec plein de pom-pom-girls, de la pyrotechnie ni un concert d’AC/DC… Mais nous pouvons certainement mieux scénariser la présentation des jockeys de l’Arc ou du Grand Steeple-Chase de Paris. Réfléchir à des solutions pour qu’elles aient lieu sur la piste, tout en la préservant. Mettre les pilotes en avant de façon bien plus spectaculaire que les "sucettes" dans le rond de présentation, auquel une large partie du public de ParisLongchamp n’a, de plus, pas accès. Nous pouvons faire quelque chose de plus solennel, de plus visuel, de plus spectaculaire, et cela quelques heures avant la course.

Cela peut faire grincer des dents aux personnes les plus traditionnalistes. Mais, en 2020, il faut savoir aussi accepter le monde moderne, qui n’est pas incompatible avec la tradition. Le public doit se sentir impliqué, où qu’il soit sur l’hippodrome, et le point central reste la piste : il doit toujours y avoir quelque chose à y voir.

  1. 24 heures dans la peau d’un driver

Pour le Prix d’Amérique, le centre d’entraînement de Grosbois ouvre ses portes au public, afin de découvrir l’envers du décor. Il y a déjà des journées portes ouvertes proposées du côté de Chantilly et un certain nombre de professionnels jouent le jeu. Nous comprenons bien que, dans les jours précédant le week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, il y ait beaucoup de tension chez les professionnels, tant les enjeux concentrés sur ce week-end sont importants. Mais l’Arc est la vitrine du galop français, un événement hippique très médiatisé. Les différents médias généralistes sont présents et mettent en lumière notre sport. Et inviter le public à découvrir une matinée à l’entraînement, à voir à quel point les chevaux de course sont choyés, ne peut qu’avoir des effets bénéfiques. Parce que les "détracteurs" du sport sont, eux aussi sur le coup.

On a vu L214 faire du réchauffé pour le Prix d’Amérique en ressortant ses vidéos sur l’abattage des chevaux de course, comme le fait la Peta UK à chaque Grand National ou Festival de Cheltenham. Le Parti Animaliste les a relayées. Amener des néophytes sur les centres d’entraînement permettra aux courses d’avoir une promotion (gratuite !) sur les réseaux sociaux. Alors dans l’offre de billetterie, pourquoi ne pas proposer un package "visite d’un centre d’entraînement et journée aux courses" ? Le bien-être animal est un sujet clé et le meilleur moyen de communiquer est d’ouvrir nos portes au grand public. C’est aussi l’avenir d’une filière qui est en jeu.