La Saudi Cup, le vrai tournant des courses saoudiennes

International / 23.02.2020

La Saudi Cup, le vrai tournant des courses saoudiennes

Par Adeline Gombaud

Samedi prochain, Riyad accueillera pour la première fois une réunion internationale, marquée par la Saudi Cup, la course la plus riche au monde avec ses 20 millions de dollars. Pour autant, les courses en Arabie Saoudite ont une longue tradition, que nous raconte Jean-Pierre de Gasté.

Des pur-sang arabes aux pur-sang anglais. « Les courses en Arabie Saoudite existent depuis la nuit des temps, mais elles se sont réellement structurées à l’après-guerre, avec des pur-sang arabes, comme souvent dans cette région du monde. Depuis 1987, les membres dirigeants ont décidé de passer aux pur-sang anglais. Ce changement a été effectif en 1989. Les courses, organisées par l’Equestrian Club, se déroulent sur un hippodrome aux alentours de Riyad, à Janadriyah, construit en 1998. L’ancien hippodrome de Malehz a été fermé dans les années 80. La piste de Janadriyah, en dirt, ressemble à celle de Belmont Park, et aux dires des jockeys, elle est excellente. L’hippodrome est essentiellement constitué d’une douzaine de grandes loges pour chacun des princes investis dans les courses. »

L’élevage. « En 2017, le pays comptait 5.445 juments, 595 étalons, et enregistrait 1.993 naissances de pur-sang anglais ; 2.271 chevaux différents avaient disputé les 608 courses du pays, organisées les jeudis, vendredis et dimanches, de la mi-octobre à la mi-mai. Les meilleures courses ont lieu de début décembre à début mars. L’été, les chevaux sont envoyés à Taïf, dans les montagnes, à la proximité de La Mecque, où le climat est plus frais. Il y a là-bas un hippodrome très basique et des courses sont organisées pour entretenir les chevaux. »

Le propriétariat. « Le propriétariat se divise en deux catégories. La première regroupe les membres de la famille royale, qui sont une petite douzaine à s’intéresser aux courses, et quelques hommes d’affaires très importants. La seconde est constituée par les Bédouins, qui sont aussi entraîneurs et éleveurs de chevaux. Ils sont établis depuis plusieurs générations et représentent la masse principale de propriétaires. C’est leur outil de travail et ils vivent de la vente de leurs chevaux, soit lors de ventes de yearlings, soit lors de ventes amiables de 3ans. Le commerce intérieur est important et un jeune 3ans prometteur peut se négocier jusqu’à un million de dollar. »

L’entraînement. « Les écuries des princes sont situées autour du champ de courses et correspondent aux plus hauts standards internationaux. À dix kilomètres de là se situent les écuries des Bédouins, où se trouvent un mélange de chevaux à l’entraînement et de chevaux d’élevage. La qualité des infrastructures est bien moindre. »

Le programme de courses. « Les chevaux débutent en fin d’année de 2ans. Il y a un programme pour les 3ans et les chevaux d’âge. Pour ces derniers, il existe des courses réservées aux chevaux importés et d’autres pour les locaux. Pour les 3ans, les courses sont réservées aux chevaux élevés sur place. Jusqu’à cette année, les allocations étaient modestes, la meilleure course du pays, la King’s Cup, étant dotée de 80.000 €. C’était une volonté du prince Muteb bin Abdullah bin Abdulaziz, afin de préserver le caractère local des courses et l’activité des Bédouins. Un cheval du cheikh Mohammed Al Maktoum était venu courir la King’s Cup, mais rien n’avait été fait pour faciliter sa venue ! La politique du nouveau roi, Salman bin Abdulaziz, et surtout de son fils, le prince Mohammed bin Salman, surnommé MBS, qui dirige en réalité le pays, a complètement changé la structure des courses, dans leur volonté de s’ouvrir à l’international. Ils ont décidé de chambouler le programme, en augmentant les allocations. Celle de la King’s Cup est passée de 45.000 € à 250.000 €. La création de ces deux journées autour de la Saudi Cup en est l’exemple le plus frappant. Pour accueillir la Saudi Cup, des tribunes ont été construites fin janvier, ainsi qu’une piste en gazon. »

Les pur-sang arabes redémarrent. « Parallèlement aux courses de pur-sang anglais, des courses d’arabes ont lieu sur l’hippodrome d’Al Khalidiah, réservées aux chevaux élevés sur place. Le prince Khaled bin Sultan bin Abdulaziz, propriétaire d’Al Khalidiah, a voulu redévelopper les courses de pur-sang arabes. Il est à la tête d’un élevage très important, avec plus de 800 chevaux, avec beaucoup d’origines françaises au départ. Depuis une demi-douzaine d’années, il organise des ventes aux enchères. Et cette année, le roi et le prince MBS ont décidé de relancer les courses d’arabes à Janadriyah. Le 29 février, la course réservée aux arabes sera dotée de 2 millions de dollars. »

Une présence sur place depuis 45 ans. « J’ai commencé à aller en Arabie Saoudite en 1976. J’ai eu la chance de rencontrer le prince Abdallah, devenu roi ensuite, et son frère, le prince Badr bin Abdulaziz, ainsi que Mahmoud Fustok, beau-frère du prince Abdallah. J’ai participé au développement de l’écurie Fustok en Europe, qui a connu les succès que l’on sait. J’ai aussi managé d’autres écuries sur place, comme celle du prince Badr bin Abdulaziz, qui fut l’une des écuries leaders du pays, jusqu’à sa disparition en 2013. J’achetais beaucoup de chevaux aux États-Unis, notamment des poulinières. Pour le roi Abdallah, j’ai acheté Premium Tap, qui a remporté la King’s Cup en temps record et s’est classé deuxième de la World Cup à Dubaï. Ce cheval est une légende là-bas ! Parallèlement, j’ai travaillé au développement de l’écurie Al Khalidiah du prince Khaled, et à celle d’Athbah Stables, du prince Abdulaziz bin Ahmed bin Abdulaziz, en essayant de l’amener aux pur-sang anglais. »