Luciano Gaucci, l’homme de Tony Bin, nous a quittés

International / 02.02.2020

Luciano Gaucci, l’homme de Tony Bin, nous a quittés

Par Franco Raimondi

Luciano Gaucci s’est éteint ce samedi à l’âge de 81 ans, à Saint-Domingue, une île où il avait trouvé refuge depuis quinze ans suite à des déboires avec la justice italienne (pour lesquels il fut ensuite amnistié). Luciano Gaucci fut le propriétaire de Tony Bin (Kampala), gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) en 1988. Acheté avec Horse France et le docteur Brotto, il est ensuite devenu un grand étalon à Shadai Farm. Gaucci avait aussi fait courir White Muzzle (Dancing Brave), un autre achat Horse France, lequel fut vendu à Teruya Yoshida après son succès. White Muzzle a réalisé un chrono record dans le Derby Italiano (Gr1), avant de se classer deuxième à deux reprises dans les King George and Queen Elizabeth Stakes (Gr1), puis en 1993 dans l’Arc de Triomphe (Gr1). Luciano Gaucci est passé comme une tornade dans l’histoire des courses italiennes. Il a tout gagné dans son pays, tout comme en Angleterre, en l’espace d’une courte décennie, à la fin des années 1980.

Le jour où il vendu un Derby winner pour acheter un footballeur. Luciano Gaucci aurait pu remporter le Derby d’Epsom (Gr1) avec Dr Devious (Ahonoora). Mais son amour pour le football est passé par là. L’Italien avait acheté le poulain après son succès dans les Champagne Stakes (Gr2) à 2ans… Et il l’a revendu quelque mois après sa victoire dans les Dewhurst Stakes (Gr1) à l’Américaine Jenny Craig. Cette dernière voulait faire un cadeau à son époux, Sidney – pour leur anniversaire de mariage –, en lui offrant un cheval pour le Kentucky Derby (Gr1). Finalement, Dr Devious a utilisé Churchill Downs comme préparatoire à Epsom où il s’est imposé. Mais la raison qui a poussé Luciano Gaucci à vendre ce cheval en vue pour les classiques ne manque pas de piquant !

Il venait en effet d’acheter le club de football de Pérouse, qui se trainait en troisième division. Pour le relancer et faire un cadeau aux tifosis, il avait donc besoin d’argent. Avec la vente de Dr Devious, Luciano Gaucci avait financé l’arrivée de l’ancien joueur de l’équipe d’Italie Beppe Dossena, lequel était alors en fin de carrière. Pérouse fut promue en Ligue 2 en fin de saison. Mais à cause d’un autre cadeau, beaucoup moins légal, la justice du football italien a renvoyé le club en troisième division, tout en disqualifiant son patron. Selon la justice, Luciano Gaucci avait en effet offert au père d’un arbitre un des ses chevaux pour s’assurer du résultat d’un match.

Le football et ses coups d’éclats… L’aventure hippique de Luciano Gaucci touchait à sa fin le jour où il m’a confié qu’il n’aurait jamais dû quitter les courses pour le football. Dans le monde du ballon rond, il a pourtant connu la réussite, devenant un personnage très populaire en Italie. Son équipe, Pérouse, a joué en Serie A et en Coupe d’Europe. Il a par ailleurs découvert de futurs champions du monde comme Marco Materazzi et Rino Gattuso. Il a été le premier à acheter un joueur japonais, Nakata, et à confier les rênes de l’une de ses équipes à une femme. Luciano Gaucci voulait faire venir une avant-centre allemande, Birgit Prinz, pour qu’elle joue avec les hommes. Il avait aussi fait signer en tant que joueur professionnel le fils de Kadhafi. Grâce à ces coups d’éclat, la télévision italienne avait fait de lui un véritable personnage de la Comedia del Arte.

Son amitié avec Giulio Andreotti. Le Luciano Gaucci des courses était tout aussi explosif. Ancien chauffeur de bus, il avait ensuite monté une entreprise de nettoyage qui s’occupait de la propreté de plusieurs ministères. Il a donc décidé de s’offrir une écurie pour faire monter sa popularité et se connecter aux hommes forts de la politique italienne, en premier lieu à l’omnipotent Giulio Andreotti. La rumeur dit que ce dernier était le véritable propriétaire des chevaux, ou tout du moins qu’il était copropriétaire de l’écurie. Luciano Gaucci avait ses chevaux à l’entraînement en Italie, chez Luigi Camici et chez d’autres professionnels, mais aussi en Angleterre. Il n’hésitait pas à investir massivement aux ventes. Et ses pourboires aux collaborateurs et au personnel d’écurie après une grande victoire sont légendaires. Gaucci n’hésitait pas à décrocher son téléphone pour appeler directement les journalistes… il était donc son propre attaché de presse.

Un homme du peuple. Luciano Gaucci était en fait le pur produit de l’Italie de son époque. Un homme du peuple qui était arrivé aux courses et qui aimait partager ses joies hippiques avec les turfistes. En 1987, après la deuxième place de Tony Bin dans l’Arc de Trempolino (Sharpen Up), il avait couru son champion dans le Gran Premio del Jockey Club (Gr1)… qu’il a gagné. Dans le Premio Roma (Gr1), il fut ensuite accueilli par les insultes adressées à Cash Asmussen, lequel était accusé d’avoir tiré le cheval. L’année suivante, Tony Bin fut à nouveau au départ du Gran Premio del Jockey Club, soit deux semaines après son triomphe à Longchamp. Dans cette course italienne, il avait tout à perdre et rien à gagner. Et il a effectivement perdu. C’était du pur Gaucci, et il avait raison : il n’aurait jamais dû quitter les courses pour le ballon rond.