CHELTENHAM PAPERS - Du grand n’importe quoi

International / 11.03.2020

CHELTENHAM PAPERS - Du grand n’importe quoi

Ce qui est magique dans les courses de chevaux, c’est qu’on a le droit de dire n’importe quelle bêtise en toute impunité. C’est un peu comme avoir un compte anonyme sur Twitter.

Par exemple, ce matin, la presse hippique a été informée par email, comme votre serviteur, du forfait de Chacun Pour Soi (Policy Maker), un des favoris du Queen Mother Champion Chase (Gr1). Il s’agit du championnat du steeple de vitesse qui tient le haut de l’affiche en ce deuxième jour du festival. Cette défection n’est pas la première : 24 heures plus tôt, après avoir tenu les îles britanniques en haleine, l’entraîneur Nicky Henderson, récemment promu Officier de l’empire britannique (l’équivalent de notre Légion d’honneur), annonçait le forfait du favori de la course, Altior (High Chaparral). Un petit "truc", mais bon. La course contre la montre pour l’avoir comme il faut sans traitement mercredi était perdue.

Ils en ont eu pour leur argent…

Dès lors, la grande course semblait promise à Défi du Seuil (Voix du Nord). Un walk over, selon les spécialistes. « Ha ha ! La course de l’année devient une promenade de santé ! », a-t-on entendu en salle de presse.

Le cheval de J.P. McManus s’est donc élancé à 1,40 face à quatre adversaires sur les 3.200m de la course… mais il n’a jamais eu l’ombre d’une chance ! C’est finalement un autre cheval né en France, le 9ans Politologue (Poliglote) qui s’est imposé de bout en bout sous les hourras du public.

Le père Noël à Cheltenham

Un outsider acclamé ? Oui. D’abord parce qu’il est gris et que tout le monde aime les gris, surtout en période d’épidémie. Ensuite, la casaque jaune, blanc et rouge de John Hales, que Politologue a portée 23 fois en près de cinq ans – depuis qu’il a quitté l’écurie d’Étienne Leenders – est une icône. Elle fut celle de One Man (Remainder Man), un autre célèbre gris, gagnant de cette même course en 1998, et d’Azertyuiop (Baby Turk), né chez Pierre de Maleissye en France et gagnant du Champion Chase en 2004. Et M. Hales a fait fortune en vendant des jouets, ce qui n’est pas la pire façon de gagner des sous. Ce n’est sans doute pas un saint, mais son air – et sa fonction – de Père Noël le rend attachant. D’autant qu’il est très démonstratif.

Ça faisait un bail

Enfin Politologue, c’est un peu un Poulidor, toujours dans le coup mais pas au top. Eh oui : les Français ne sont pas les seuls à aimer les deuxièmes. Du reste, cette réputation est un peu surfaite puisque le cheval a gagné neuf courses, mais aucune jusqu’alors à Cheltenham.

C’est un peu comme les chevaux entraînés en France : ils n’avaient pas gagné au Festival depuis 2005, lorsque François Doumen avait sellé les vainqueurs Kelami (Lute Antique) et Moulin Riche (Vidéo Rock). Easysland (Gentlewave), un 6ans monté par Jonathan Plouganou pour David Cottin, a mis fin à cette traversée du désert dans le cross-country, mercredi à Cheltenham. De bout en bout, il a tenu le favori et tenant du titre Tiger Roll (Authorized) hors de portée.

Easysland a tué l’idole

L’entraîneur et le jockey, béat, ont ensuite entendu la même question : « Vous vous rendez compte que vous avez battu un cheval très populaire ? »

Il faut comprendre. Tiger Roll a gagné les deux dernières éditions du Grand National de Liverpool. Ainsi donc, les Français ont une fois encore commis ce crime de lèse-majesté qu’on leur apprend à l’école de la République et désormais tous les samedis autour des ronds-points.

Ce n’est pourtant pas une première : en décembre 1987, un certain Nupsala (Laniste), entraîné par François Doumen, battait le gris le plus populaire d’Angleterre, Desert Orchid (Grey Mirage), dans le King George Chase à Kempton, près de Londres.

Déjà, ça râlait en salle de presse.

Les Français, décidément, sont incorrigibles.