FESTIVAL DE CHELTENHAM - Les petits et les grands

International / 12.03.2020

FESTIVAL DE CHELTENHAM - Les petits et les grands

Les petits et les grands

Au fur et à mesure que se poursuit l’immersion dans le Festival de Cheltenham, la réalité se dissipe. Nous étions plus de 65 000 sur un nuage, jeudi, soit un peu moins que l’édition-record de 2019 (plus de 67.000 entrées)…

Corona… quoi ?

Trump interdit l’accès des Européens continentaux à son pays, le métro de Londres pourrait fermer vendredi, Macron prend le micro à 20 heures, mais on ne trouve absolument personne ici avec un masque sur le nez. On évoque une éventuelle annulation de la réunion de vendredi comme si on craignait de se faire choper à cloper derrière l’église. La question se pose dans un murmure, on y répond en fermant les yeux d’un air entendu. On se précipite aux distributeurs de gel hydro-alcoolique mis à disposition du public, mais c’est un peu comme aller mettre un cierge à l’église, puisqu’on file aussitôt trinquer avec ses potos dans un pub surchargé.

Ça n’arrive qu’aux autres.

Les Anglais se serrent peu la main, s’embrassent encore moins. Pour eux, ces séparations de corps ne sont pas des contrariétés. Mais plutôt business as usual, comme l’a dit fièrement l’organisation du Jockey Club, propriétaire de Cheltenham, jeudi matin au troisième jour du meeting dans une de ses communications. Autant dire même pas mal !

Sommes-nous d’irresponsables sales mômes ? Probablement. Comme tous ceux qui veulent que l’on maintienne les concerts et les matchs de foot. Pour l’immense majorité d’entre nous, ce coronavirus n’est qu’un épiphénomène. Même si mon ami John Brennan, représentant du Syndicat des propriétaires de trotteurs à New York, est mort à cause de ce virus cette semaine, on n’y croit pas. De la même façon qu’on n’arrête pas de conduire lorsqu’un accident mortel a lieu, on se dit que ça ne passera pas par soi, et que de toute façon, on n’y peut pas grand-chose.

Des femmes sur des chevaux français.

Ce qui n’est pas passé par nous, c’est le trio du Stayers’ Hurdle (Gr1), le gros morceau de la réunion de jeudi à Cheltenham. Cotes finales des trois premiers sur pmu.fr : 100/1, 50/1 et 50/1… Plus une course est longue (ici 4.800m sur les haies), moins la raison l’emporte.

Dans l’autre Groupe 1 du jour, le Ryanair Chase (4.000m, distance médiane), une course créée de toutes pièces en 2005 lors du passage de trois à quatre réunions dans le Festival, trois chevaux élevés en France ont pris les trois premières places. Ce sont Min (Walk in the Park), Saint Calvados (Saint des Saints) et le favori À Plus Tard (Kapgarde). En revanche, le match attendu entre les deux meilleures femmes jockeys du pays, Bryony Frost avec Frodon (Nickname), et Rachael Blackmore sur À Plus Tard, n’a pas eu lieu.

C’est pas donné !

Ce troisième jour du Festival a décidément du mal à décoller, et on peut s’interroger sur la popularité d’un éventuel cinquième jour de meeting, comme à Ascot. C’est en tout cas ce que diront les puristes, qui sont contre une nouvelle extension du Festival. Les comptables, en revanche, sont pour, et les entrées de jeudi les confortent dans leur idée.

La gestion des courses est toujours partagée par ces deux populations, en France comme en Grande-Bretagne. Les puristes, que l’on pourrait comparer aux "Anciens", ont créé les courses. Les comptables, que l’on pourrait appeler les "Modernes", sont aux manettes aujourd’hui. Ils voient le truc comme une entreprise et n’ont guère d’états d’âme. L’entrée à la Club Enclosure jeudi à Cheltenham le matin des courses était proposée à 100 £, soit environ 114 €. Pas besoin d’être un génie pour comprendre l’intérêt d’une cinquième journée.

On peut râler mais le Jockey Club ne gère pas que Cheltenham. Quatorze hippodromes sont sous son autorité, dont Nottingham, Maket Rasen, Huntingdon, Warwick, Exeter et Carlisle. Ce ne sont pas des noms qui font rêver, n’est-ce pas ?

Ce sont pourtant les pistes dont les puristes ont besoin pour préparer leurs chevaux à courir à Newmarket, Epsom, Sandown, Aintree et Cheltenham, également détenus par le Jockey Club.

Pour se permettre d’être un puriste, il faut un bon comptable. De retour de Cheltenham, il faudra bien se résoudre à remettre un masque sur le nez.