Premier portrait de la rentrée des class(iques) au Royaume-Uni

International / 06.04.2020

Premier portrait de la rentrée des class(iques) au Royaume-Uni

Notre confrère Lee Mottershead a publié un article dans le Racing Post imaginant les différentes possibilités de sortie de crise pour les courses britanniques et, en particulier, pour les classiques. Les voici résumées. Reste à savoir si l’article a été gentiment dicté par la British Horseracing Authority (B.H.A.) ou s’il s’agit des seuls points de vue – basés sur du bon sens – de notre ami Lee.

Les Guinées les 2 et 3 mai ? Impossible. La B.H.A. espère pouvoir reprendre les courses dès le 1er mai, ce qui veut dire qu'en théorie, les 2.000 et les 1.000 Guinées prévues le week-end des 2 et 3 mai pourraient avoir lieu. Donc tout le monde y effectuerait sa rentrée. Pourquoi pas… Mais peu probable : tout simplement parce que la B.H.A. envisage de régionaliser les courses pendant les premières semaines de reprise. Cela voudrait donc dire courir des Guinées avec uniquement les chevaux basés à Newmarket ! Inconcevable. Il est certain que la situation est difficile pour les entraîneurs ayant des chevaux de Guinées dans les boxes – et il en va de même pour les entraîneurs ayant des éléments de Poule d’Essai en France – comme l’écrit Lee Mottershead : « Les entraîneurs de chevaux de Guinées doivent savoir s’ils peuvent ou non intensifier la préparation de leurs chevaux. Ces entraîneurs ne peuvent pas attendre indéfiniment. En ce sens, il faut qu’il y ait prochainement une confirmation officielle sur des Guinées repoussées. » Confirmer un éventuel retard des Guinées, certainement – et c’est quasiment acquis puisque tous les engagements ont été annulés – mais il reste difficile de donner une date précise. Nous ne sommes pas fakirs, dirait Jean Gabin…

Un Derby à huis-clos ? Impossible… à Epsom. Les différents signaux sportifs en Angleterre ne sont pas bons pour les courses. Wimbledon, qui était prévu du 29 juin au 12 juillet, a été tout simplement annulé : les responsables du tournoi ont indiqué ne pas vouloir solliciter l’appui des équipes médicales et ne pas prendre le risque de les surcharger, tout en refusant la possibilité de disputer le tournoi à huis-clos. Wimbledon est un bon indicateur pour s’avancer sur l’impossibilité de tenir de grands rendez-vous sportifs avec du public pendant l’ensemble du premier semestre. Or, avant Wimbledon, en juin, il y a deux événements majeurs du calendrier de courses britannique : le Derby d’Epsom – plus de 100.000 personnes – et Royal Ascot – plus de 300.000 personnes durant le meeting. Il faudrait donc envisager de les courir à huis-clos, ce qui serait un crève-cœur, mais Lee Mottershead indique qu’il n’est légalement pas possible de courir un Derby à huis-clos… Du moins à Epsom. Un acte du Parlement établit que l’accès à Epsom et à Walton Downs, soit le centre de l’hippodrome, est public, gratuit et ouvert à tous. « Le Jockey Club va, sans aucun doute, essayer de trouver des solutions, mais il faudrait certainement beaucoup de naïveté pour ne pas penser à une délocalisation regrettable du Derby et des Oaks cette année. »

Des Grs1 sans concurrents internationaux ? Mieux que rien. Dans son article, Lee Mottershead évoque la possibilité de courir les Groupes, dont les classiques et les Grs1 de première partie de saison, sans les concurrents internationaux : « Avec les restrictions sur les voyages à l’international, il y a une forte chance pour que la plus célèbre course du monde [le Derby d’Epsom, ndlr] ne soit ouverte qu’aux chevaux entraînés en Grande-Bretagne. Les épreuves en Irlande, France ou ailleurs vont sûrement être aussi réservés aux chevaux entraînés dans le pays concerné. (…) Il serait évidemment extrêmement dommage que les courses se retrouvent affaiblies par un manque de compétition internationale. Royal Ascot – s’il a lieu – sans aucun cheval de Ballydoyle ni aucun concurrent étranger tout court, serait étrange. Il en va de même pour les Guinées. Mais c’est toutefois mieux que rien du tout. C’est une année où le pragmatisme et le réalisme sont essentiels. Il serait peut-être même rafraîchissant, pour une fois, d’avoir un Derby plus ouvert, ironiquement parce qu’il serait fermé aux autres que britanniques. »

Des classiques et des Grs1 moins compétitifs en l’absence de concurrents internationaux ? Cela pose une autre question à laquelle l’article de Lee Mottershead n’apporte pas de réponse : la position de l’ensemble des membres de l’European Pattern Committee envers un tel protectionnisme dans le programme européen… Et de savoir si, oui ou non, les ratings de l’ensemble de ces courses modifiées pourraient être pris en compte dans le calcul des promotions/rétrogradations puisqu’un rating haut vient de la concurrence ! Quel aurait été le rating du Derby d’Epsom 2019 sans les poulains d’Aidan O’Brien ? Ou bien devrait-on compter 2020 comme une "année blanche" ? Nous ne sommes pas les seuls à nous poser un tel casse-tête. Regardez donc du côté du football.

Et le Pattern ? Lee Mottershead s’intéresse au cas du Pattern britannique et sa sentence est claire : « Étant donné que les courses devraient reprendre sous forme régionale, il doit y avoir une cote d’égalité sur le fait qu’il n’y aura aucune course de Pattern en Grande-Bretagne avant juin, au mieux. Au moins deux mois de courses de Groupes et de Listeds seront perdus. Et la plupart ne seront pas retrouvées avant 2021. Seulement quelques courses peuvent être candidates à une nouvelle date. Si possible, il y aura les 1.000 Guinées et 2.000 Guinées, un Derby et des Oaks. Si Royal Ascot ne peut avoir lieu entre le 16 et le 21 juin, il est difficile d’imaginer qu’il sera transposé à plus tard. Cependant, il est possible d’argumenter que des courses comme la Gold Cup et la Commonwealth Cup puissent être transposées plus tard dans la saison. »

Faut-il voir un signe dans la sélection par Lee Mottershead de ces deux courses : un Gr1 pour chevaux d’âge sur 4.000m et un Gr1 pour 3ans sur 1.200m… Mais pas un mot sur les St James’s et les Coronation par exemple, pour 3ans sur 1.600m ? Lee Mottershead est-il en train de nous dire que oui, les Guinées de Newmarket peuvent être et seront sauvés, mais pas les "Guinées" de Royal Ascot ? Lee Mottershead ajoute : « Pour faire simple, il n’est pas possible de repousser les Prince of Wales’s et de les mettre face aux International Stakes. Les Lockinge Stakes ne peuvent pas être trop proches des Sussex Stakes. »

Reste une autre option : une saison de plat qui dure jusqu’en novembre ou décembre, avec des Groupes sur la P.S.F. Après tout, les Vertem Futurity Stakes ont eu lieu sur la fibrée en 2019. « S’il nous faut avoir des Grs1 sur les P.S.F. en novembre ou décembre, alors il nous faut les avoir. »

Oubliez les méga allocations. Lee Mottershead conclut son article sur le sujet délicat des allocations. Le point de vue exprimé – ou soufflé par la B.H.A. et les dirigeants pour préparer le terrain ? – est clair : « Ce que nous ne devrions pas avoir, et que nous n’aurons pas, sont les allocations qui ont été programmées pour les plus belles courses du programme. Elles ne seront tout simplement pas disponibles. Les hippodromes subissent de gros soucis financiers, ce qui veut dire que les ressources devront être réparties de façon sensible et juste. Si, pour une année, un Gr1 d’un million de livres doit être réduit à 100.000 £, alors qu’il en soit ainsi. »

Less is more, disent nos amis Anglais…