Les étalons américains vont être limités à 140 poulinières par an

International / 08.05.2020

Les étalons américains vont être limités à 140 poulinières par an

Les étalons américains vont être limités à 140 poulinières par an

Le Jockey Club américain parle de longue date d’une possible limitation du nombre de saillies. Mais cette nouvelle réglementation a officiellement été adoptée. Après avoir longuement préparé le terrain, la maison mère américaine a annoncé la nouvelle jeudi soir.

Le marché des saillies aux États-Unis va donc être bouleversé d’ici quatre ans, lorsque les meilleurs des poulains nés en 2020 partiront au haras. La nouvelle règle du Jockey Club américain est la suivante : les étalons nés à partir de 2020 n’auront pas le droit de saillir plus de 140 poulinières par an. D’après les données du Jockey Club, en 2019, 7.415 poulinières ont été saillies par 42 étalons qui ont atteint ou dépassé 140 saillies. C’est 27 % du total. Il y a douze ans, elles étaient 5.894, c’est-à-dire 9,5 %.

Combien cela va-t-il coûter ? La règle est très stricte : même si une poulinière meurt après avoir été saillie par l’étalon en début de saison, le nombre des saillies reste bloqué à 140. Les effets de la décision du Jockey Club seront visibles dans une dizaine d’années, car les futurs étalons nés en 2019 n’auront pas de limites. L’année dernière, huit étalons ont sailli plus de 200 juments aux États-Unis. Les plus actifs sont les deux Scat Daddy (Johannesburg) de Coolmore. Justify (Scat Daddy) et Mendelssohn (Scat Daddy) ont eu accès à 252 poulinières, respectivement à 150.000 et 35.000 $. On peut dire que 75 % de leurs saillies donneront un nouveau-né. Justify aura donc 189 foals pour 28,35 millions (26,23 M€) de revenus. Alors que les produits de Mendelssohn devraient générer un chiffre d’affaires théorique (hors remises, droit de saillies…) de 6,61 millions (6,11 M€). Avec le nombre de saillies limité à 140, on peut tabler sur 105 foals. Les revenus baissent respectivement à 19,84 et 3,67 millions. En euro, cela donne un total de 21,75 millions. Alors que sans limites on est à 32,34 millions.

Ceux qui sont pour. Et ceux qui sont contre. La décision du Jockey Club est tout à fait soutenable du point de vue hippique et moral. Les avantages sont faciles à comprendre : plus d’étalons auront droit à leur chance, avec de meilleurs books. Et la concentration des éleveurs sur très peu de lignées va s’atténuer. L’impact sur le marché reste un gros point d’interrogation. L’investissement sur les yearlings avec un pedigree d’étalons risque de baisser. Ce sera donc aussi le cas de la valeur d’un champion que l’on achète avec l’idée d’en faire un reproducteur. Les étalonniers les plus traditionnels, comme Walker Hancock le président de Claiborne, ont commenté de façon favorable le book limité à 140 poulinières : « C’est un choix dont on verra les bénéfices d’ici dix ans. C’est un plan de longue durée et la pérennité du secteur est la chose la plus importante. » D’autres, plus orientés sur le commerce, comme le manager de Spendthrift Ned Toffey, avaient déjà des doutes au mois de septembre, quand le Jockey Club avait annoncé plancher sur ce projet. L’étalon de Spendthrift Into Mischief (Harlan’s Holiday) a sailli 241 poulinières à 150.000 $ (138.800 €). Le manque à gagner avec un book de 140 juments serait proche de 10,5 millions de dollars par an.

Qu’est-ce que cela donnerait en France ? La limitation des books en France aurait un impact beaucoup moins fort qu’aux États-Unis. Ici (seulement) cinq étalons de plat ont sailli plus de 140 poulinières en 2019 : Shalaa (Invincible Spirit) en a eu 170, Olympic Glory (Choisir) 163, Siyouni (Pivotal) 150, Le Havre (Noverre) 149 et Anodin (Anabaa) 141. Cela représente un total de 83 juments.

En France, trois étalons d’obstacle ont atteint ce cap des 140 juments en 2019 : il s’agit de Doctor Dino (Muhtathir) avec 155 saillies, Cokoriko (Robin des Champs) avec 211 et Nicaron (Acatenango) à 160.

En 2018, cinq sires français de plat ont eu plus de 140 poulinières. Les Dabirsim (Hat Trick), Siyouni, Recorder (Galileo), Shalaa et Almanzor (Wootton Bassett) ont servi 960 poulinières. La différence des revenus avec ou sans limites se situe autour de deux millions d’euros.

Cinquante millions de moins en Irlande et Angleterre… Le scénario serait très différent sur le marché des étalons en Irlande et Angleterre. Outre-Manche, on trouve 32 étalons de plat qui ont sailli plus de 140 juments, soit un total de 5.659 poulinières, alors qu’avec la limitation cet indicateur baisserait à 3.360. Il y en a à tous les prix, de Galileo (Sadler’s Wells) à Elusive Pimpernel (Elusive Quality) qui a rencontré 188 fiancées à 1.000 €. Un rapide calcul, toujours avec un pourcentage de naissances proche de 75 %, donne un résultat assez surprenant ! Le manque à gagner pour les propriétaires des étalons se situe, dans le cas d’un book limité à 140 poulinières, à une somme proche de 48 millions d’euros. Sans compter Galileo qui en a sailli 161 et dont le tarif n’est pas officiel. C’est énorme. La difficulté, en Europe, réside dans le fait que si on limite les books des étalons en France, les prospects sires les plus attractifs vont tous s’envoler vers l’Irlande. Et inversement. Sauf si l’on établit une même réglementation dans tous les pays européens. Mais on imagine mal l’Irlande, le pays de Coolmore, accepter une telle évolution…