André Brakha : « Avec Hurricane Dream, je vis un rêve ! »

Courses / 23.06.2020

André Brakha : « Avec Hurricane Dream, je vis un rêve ! »

Comptable de profession et propriétaire depuis 1983, André Brakha n’a qu’un cheval à l’entraînement. Mais quel cheval ! Il s’agit de l’invaincu en trois sorties Hurricane Dream (Hurricane Cat), qui pourrait bien être dans deux semaines au départ du Prix du Jockey Club (Gr1).

Par Alice Baudrelle

Une victoire dans un maiden en débutant à Angers, un deuxième succès dans une Classe 2 au Lion-d’Angers, et un troisième au niveau Classe 1 à Chantilly. De quoi rêver de remporter le classique tant convoité, le 5 juillet ! L’histoire de ce cheval entraîné à Savigné-L’Évêque par un professionnel de l’obstacle, Mikaël Mescam, a de quoi susciter la curiosité. Tout a commencé lorsqu’André Brakha a acheté la mère d’Hurricane Dream, Shalimara (Siyouni), en 2015 : « J’avais acheté Shalimara à l’amiable à un bon prix, lorsqu’elle était âgée de 2ans. C’était une très belle pouliche par Siyouni (Pivotal), et son propre frère, Shamal, était un bon cheval. Il avait gagné ses deux premières courses à 2ans, avant de conclure troisième l’année suivante du Prix Contessina (L). Malheureusement, Shalimara n’a jamais vu un centre d’entraînement, car elle s’est accidentée durant un transport. J’ai voulu en faire une poulinière, et elle a été saillie à 3ans par Hurricane Cat (Storm Cat). Je l’ai donnée à Marie-Laurence Oget, que je connais depuis longtemps, en échange du premier produit. C’était Hurricane Dream ! Il est né très tôt, le 14 janvier. Il me semble qu’Hurricane Dream a été le premier cheval à voir un hippodrome avec Siyouni comme père de mère. C’est le premier cheval que j’ai élevé, en association avec Marie-Laurence Oget. Je ne suis pas un professionnel ! Avant que Team Valor International achète 75 % du cheval, le mois dernier, Hurricane Dream était également le premier cheval que je détenais en pleine propriété. Par le passé, j’ai toujours été associé avec des amis sur mes chevaux. Mais arrivé à un certain âge, je voulais concrétiser quelque chose tout seul. »

Une histoire d’amitié avec la famille Mescam. Le choix de placer Hurricane Dream chez Mikaël Mescam est avant tout un choix d’amitié. André Brakha connaît bien la famille du jeune entraîneur : « Le père de Mikaël, Didier Mescam, a gagné le Grand Prix d’Automne (Gr1) sous ma casaque avec Bitwood (Touching Wood), en 1993, à l’époque où j’avais des chevaux chez Jean Lesbordes. J’ai connu Mikaël tout petit, lorsqu’il venait à l’écurie. Lorsque sa maman, Marie-Odile, m’a dit qu’il allait s’installer entraîneur, je lui ai promis que je ferai tout mon possible pour lui confier un cheval. Je suis un homme de parole, et j’ai donc tenu ma promesse. Je savais que Mikaël entraînait pour l’obstacle, et au début, j’étais un peu dubitatif par rapport à la qualité de sa piste de plat. Et pourtant, sa piste est très bonne ! Mikaël a de nombreux atouts : il est très adroit, il a de belles installations et il est également bien entouré, notamment avec Cyrille Gombeau, que j’ai connu apprenti. Ce sont de grands professionnels. À terme, j’aimerais acheter un cheval de plat et le placer chez Mikaël, dans l’optique de le former sur les obstacles. J’adore l’obstacle, même s’il y a beaucoup de casse. Pour en revenir à Hurricane Dream, c’est une très belle aventure. Avec lui, je vis un rêve. C’est d’ailleurs pour ça que je l’avais nommé ainsi, je suis un rêveur. Il faut l’être, pour posséder des chevaux de course ! Je suis très confiant, car Hurricane Dream nous a montré des progrès époustouflants de course en course. Il va dans tous les terrains, et peut être monté n’importe où dans un parcours. Je pense qu’il va aller sur le Jockey Club ; une occasion comme celle-là ne se représentera pas. Le confinement nous a un peu arrangés, car je ne sais pas s’il aurait été prêt début juin ! Nous avons eu beaucoup de propositions pour Hurricane Dream. Je ne voulais pas le vendre, mais il y a des offres qu’on ne peut refuser. Si j’étais millionnaire, je l’aurais gardé entièrement ! J’ai quand même conservé 25 % du cheval, et je ne souhaite pas vendre ma part. »

Nononito, le cheval d’une vie. Avant Hurricane Dream, André Brakha avait déjà possédé de bons chevaux comme Bitwood par exemple, mais surtout Nononito (Nikos). L’histoire de son acquisition est d’ailleurs plutôt amusante : « Je voulais acheter un cheval avec deux amis totalement novices, qui souhaitaient découvrir le monde des courses. À l’époque, Jean Lesbordes avait 40 pensionnaires à l’écurie, et il m’a proposé le seul qui était à vendre. C’était Nononito. Il n’était pas très beau, mais Jean Lesbordes m’a convaincu de l’acheter, et je me suis associé avec mes amis sur le cheval. La suite n’a été que du bonheur ; Nononito a gagné d’entrée de jeu à Évry devant un certain Vadlawys (Always Fair), futur favori du Jockey Club. Puis il n’a fait que monter les échelons, s’imposant dans le Prix Le Fabuleux (L), puis dans le Prix de Barbeville (Gr3), et enfin dans le Prix du Cadran (Gr1). Il a même conclu troisième de la Gold Cup (Gr1) à Ascot, ce qui est quelque chose ! Ensuite, ce fut plus compliqué, et j’ai eu une opportunité pour le vendre, mais la personne s’est désistée. Jean Lesbordes m’a dit : "Ne t’inquiète pas, nous allons le faire courir en obstacle, ça va aller." Et il avait raison, puisque que Nononito a gagné le Prix Léon Rambaud (Gr2) avant de terminer troisième de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), malgré un blocage au niveau du dos. Ce fut sa dernière course. J’ai eu une offre pour le vendre comme étalon en Irlande, mais j’ai préféré le céder à un prix inférieur aux Haras nationaux, car je voulais voir les produits de Nononito courir en France. Son prix de saillie était dérisoire et il a pourtant très bien produit, en donnant notamment Princesse d’Anjou, double gagnante du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). J’ai aussi eu un trois quarts frère de Nononito, Nolt (Nikos), qui s’est classé deuxième du Prix Greffulhe (Gr2) en 2001. Il devait courir le Jockey Club, mais il a saigné. »

Jean Lesbordes, le génie visionnaire. André Brakha aura vécu de grands moments avec Jean Lesbordes, de Bitwood à Nolt en passant par Nononito. Après toutes ces années, il est toujours en contact avec lui : « Jean Lesbordes est mon ami. Dès que j’ai besoin d’un conseil, ou que je me pose une question, je l’appelle. C’est quelqu’un qui est au-dessus de beaucoup de gens, d’après moi. C’est un Monsieur, tout simplement ! Son entraînement était formidable ; il n’avait quasiment que des chevaux de Groupe, et il ne s’est jamais trompé. Deux ans avant la victoire d’Urban Sea (Miswaki) dans l’Arc de Triomphe (Gr1), il m’avait annoncé qu’elle le gagnerait. En 1992, Bitwood est tombé à Auteuil et s’est accidenté. Jean a refusé qu’on l’abatte, et deux ans plus tard, le cheval a gagné un Gr1. Bitwood a d’ailleurs été le premier cheval que je lui ai confié. Nous avons vécu des moments inoubliables ensemble. Lorsque Nononito a été élu meilleur stayer européen, j’ai donné le trophée à Jean, car je ne voulais pas le couper en trois ! »

Mais alors, après avoir eu autant de succès, pourquoi ne pas avoir de nouveau des chevaux à Paris ? Pour André Brakha, la réponse est simple : « Je ne peux plus me permettre d’avoir des chevaux à l’entraînement à Chantilly comme avant, le prix des pensions est trop élevé pour moi. Auparavant, les entraîneurs percevaient comme seule rémunération le pourcentage des gains qu’ils récoltaient en course ; désormais, j’ai l’impression que ce n’est plus le cas, probablement à cause des mauvais payeurs. Et puis, je n’ai pas besoin d’avoir beaucoup de chevaux pour apprécier ce qui est pour moi une passion : avant tout, je suis un grand passionné ! »