Gabriel l’acharné

Courses / 22.06.2020

Gabriel l’acharné

Par Adeline Gombaud

Il y a six ans, il s’installait entraîneur avec cinq chevaux. Aujourd’hui, Gabriel Leenders est à la tête d’une PME de 24 salariés, avec une centaine de chevaux sous ses ordres. Une ascension progressive, mais l’homme ne compte pas s’arrêter là !

C’était le 13 juin dernier. Gardons le Sourire (Fame and Glory) offrait un premier Gr1 à son entraîneur, Gabriel Leenders, en s’imposant dans le Prix Ferdinand Dufaure. On demande à ce géant de 33 ans ce que représente cette victoire. On attend une réponse comme : « Une consécration ». Gaby, comme le surnomme ses amis, ne la voit pas comme ça, cette victoire tant espérée. « Je parlerais plutôt d’une étape. La consécration, c’est le long terme. Quand on voit le palmarès d’un Guillaume Macaire, qui a été tête de liste quatorze années d’affilée, là oui, on peut parler de consécration. Mais ce premier Gr1, c’est une étape, et j’ai bien l’intention d’en gagner d’autres ! Je ne veux pas être qu’une étoile filante, comme le dit François Nicolle. Et pour durer, à ce niveau, il n’y a pas de secret : il faut travailler, travailler encore, en s’appuyant sur une équipe forte et des propriétaires fidèles. J’ai la chance d’avoir ces deux choses ! » Gaby est d’abord un travailleur acharné. Limite obsessionnel, comme il l’avoue lui-même : « J’ai toujours le cerveau branché sur mes chevaux. D’abord parce que c’est grâce à eux que je vis aujourd’hui confortablement. Et puis parce que je suis passionné. » Donc, même si en ce début de semaine, il s’est accordé un mini-break en famille à La Baule, Gabriel n’a pas déconnecté. « J’ai une vidéoconférence avec France Galop cet après-midi. Après, je pense, je vais éteindre un peu mon portable pour profiter de ma femme et de mon fils ! »

Nicolas de Lageneste, un mentor. En six ans à peine, le fils d’Étienne et Christine Leenders a connu une drôle d’ascension. « Je me suis installé le 1er avril 2014. Le jour-même où mes parents ont signé l’acte d’achat de la propriété où nous sommes installés ! Je m’appelais Leenders, je pensais m’être constitué un bon réseau… Et finalement, au début, j’étais seul avec cinq chevaux, dont un qui appartenait à ma mère, un à Éric de Saint-Pierre, deux amenés par Vincent Le Roy, et un autre sous les couleurs de Nicolas de Lageneste… » Les deux hommes se sont connus quand Gabriel Leenders était assistant chez Alain de Royer Dupré, à l’époque de Red Dubawi. « Nous nous sommes revus à Auteuil, et quand j’allais m’installer, il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi. Je lui ai répondu que je serai dans sa cour le lendemain à 9 h ! C’était plutôt une bonne idée… Nicolas est plus qu’un propriétaire. Je le vois plutôt comme un mentor. Il fait confiance aux jeunes, il s’implique dans les instances… Il fait du bien aux courses. Et grâce à lui, j’ai pu travailler avec des personnes comme Patrick Joubert ou Paul Couderc, avec lequel il est souvent associé dans les chevaux. »

Un leader naturel. Au fil des ans, l’écurie grandit. L’équipe s’étoffe… L’équipe, la clé selon Gaby. « Je ne suis que le maillon d’une chaîne. Sans mon équipe, je ne suis rien. Je n’ai jamais refusé de chevaux, mais je les ai acceptés quand je pouvais m’appuyer sur des gens compétents. J’ai embauché, puis j’ai rempli les boxes. Il n’y a qu’en procédant ainsi que l’on peut gagner des courses. Ensuite, quand l’effectif a vraiment grossi, il a fallu s’appuyer sur des responsables. J’ai un très bon assistant, des responsables des soins pour chaque barn. Chacun sait ce qu’il doit faire, et les cadres ont une obligation de résultats. Je crois beaucoup à cette notion de responsabilités, d’implication. Peut-être que si, en France, l’obligation de résultats était plus présente, le pays s’en porterait mieux ! » Malgré son jeune âge, Gaby est un meneur d’hommes. Manager, il a ça dans le sang. « J’ai beaucoup appris ce volet du métier chez Alain de Royer Dupré. J’essaie aussi de me souvenir des années où j’étais lad, et de la frustration que j’ai parfois pu ressentir quand je ne me sentais pas associé à une victoire. Je n’hésite pas à appeler le cavalier du matin après un succès de son cheval. J’aime organiser des barbecues quand on a gagné une belle course ! Ce sont de petites attentions, mais cela change tout. Les salaires et l’alimentation des chevaux, ce sont les deux postes sur lesquels je ne veux absolument pas économiser. »

Le partage avant tout. Gabriel Leenders ne mégote pas non plus pour la communication. Il s’est adjoint les services de Marine Thévenet pour que ses propriétaires soient informés de chaque étape de la vie de leur cheval. « Le propriétaire, on ne peut pas juste lui envoyer une facture à la fin du mois. Il faut lui faire partager le quotidien de l’écurie, la progression de son cheval. Une vidéo de son premier saut par exemple… Marine m’aide dans ce sens, ce qui me permet de me concentrer sur ma tâche première, qui reste l’entraînement des chevaux ! Et puis il est aussi important que le propriétaire passe un bon moment aux courses. Oui, je suis ce que l’on peut appeler un bon vivant. Cela plaît ou ne plaît pas, mais pour moi, une victoire, c’est boire une coupe ensuite avec le propriétaire, passer un moment de partage, de convivialité. » L’entraîneur est aussi très actif sur les réseaux sociaux, où il n’hésite jamais à évoquer ses chances. « Si nous avons des courses solides avec de bonnes allocations, c’est grâce aux parieurs. Il ne faut pas les oublier. C’est pour cela qu’il est important de communiquer, à la presse ou sur les réseaux sociaux. Les pros devraient même être obligés de communiquer ! Si j’ai eu envie de faire ce métier, c’est notamment en écoutant une interview d’Alain de Royer Dupré… Les fers de lance de la profession ont une responsabilité énorme de ce point de vue-là, autant au niveau des parieurs que dans la création de vocations. Quant aux réseaux sociaux, il faut vivre dans son époque… Mais il est vrai que les réactions suite au succès d’Héros d’Ainay, alors que j’avais dit avant la course que j’avais un doute sur la forme globale de mon écurie, ont été violentes. J’ai voulu être transparent et j’en ai pris plein la figure. Depuis, j’essaie de me protéger un peu… »

En famille, dans un petit paradis. Gabriel n’occupait qu’une petite écurie de huit boxes quand il s’est installé, sur la propriété familiale, à Jarzé, où travaillent également son père Étienne, associé avec son autre fils, Grégoire. Désormais, une petite centaine de chevaux constitue l’effectif de Gaby, mais la place ne manquait pas dans ce havre de paix qu’est le château des Landes. « Jean-Michel Lefebvre, qui louait une quarantaine de boxes chez nous, est parti quand j’ai commencé à me développer. J’ai donc pu reprendre son barn. Ensuite j’ai fait construire, petit à petit, en faisant des stabulations car c’est plus sain pour les chevaux selon moi. Concernant les pistes, on s’arrange entre nous. Mon père et mon frère commencent à 5 h 30, nous à 6 h. On herse à tour de rôle. La cohabitation se passe sans aucun problème. Nous sommes une famille, nous sommes soudés, et nous avons la chance d’être installés dans un petit paradis, que mes parents rêvaient d’acheter ! Je ne me verrais pas entraîner ailleurs. Notamment parce que la méthode d’entraînement doit s’adapter à la piste. Si je devais bouger, il faudrait que je change ma méthode. Aucun intérêt, je suis bien là où je suis ! »

S’impliquer pour le bien commun. Gabriel a ajouté une corde à son arc en s’impliquant au sein des instances dirigeantes. Il faisait déjà partie du comité de réaction des jeunes professionnels de la filière, au moment de la manifestation pour la suspension du live betting. Mais il a franchi un cap en devenant vice-président de l’Association des entraîneurs de galop et, à ce titre, il siège au Comité de France Galop. « Je ne supporte pas les Yakafaucon… Oui, je me plaignais, mais j’ai estimé que pour avoir le droit de me plaindre, il fallait que je m’implique ! Je suis arrivé à France Galop avec pas mal d’a priori et j’ai découvert des gens qui travaillaient beaucoup… mais qui ne savaient pas le faire savoir ! Pour moi, le problème de France Galop, c’est surtout de la communication. Si on faisait mieux savoir ce qu’on y fait, beaucoup de gens changeraient d’avis. »