King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) : Enable se promène dans l’histoire

International / 25.07.2020

King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) : Enable se promène dans l’histoire

Ascot (GB), samedi

La glorieuse incertitude du turf… Pour une fois, on peut parler de la stricte logique du turf et de l’histoire : Enable (Nathaniel) a remporté son troisième succès dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1), son onzième Gr1, et a soulagé un entourage très tendu, au point que des hommes d’expérience comme John Gosden et Lanfranco Dettori, même après la course, ont eu du mal à trouver les mots.

Le forfait d’Anthony Van Dyck (Galileo) avait changé le scénario, la championne étant opposée à deux rivaux (record négatif) avec une option tactique de moins pour Ballydoyle. Mais la tactique n’est pas entrée en ligne de compte et la course s’est déroulée de façon élémentaire sous une pluie battante : Sovereign (Galileo) en tête avec six longueurs d’avance sur Enable, marquée de près par Japan (Galileo). Lanfranco Dettori a gardé Enable bien en équilibre et la grande jument a refait son retard en progression. Elle a déposé Sovereign sans sortir du canter et Dettori, après un coup d’œil à Japan, qui galopait sur place, a donné un coup de cravache à Enable, juste pour lui faire comprendre qu’il s’agissait d’une vraie course, pas d’une mise en scène. Elle a gagné par cinq longueurs et demie, une de plus que lors de son premier succès dans les King George, quand elle avait devancé Ulysses (Galileo), un rival beaucoup plus fort que Sovereign. Enable a égalé sa marge record, celle du succès dans les Irish Oaks (Gr1).

Imbattable pour les O’Brien. Pour les amoureux des chiffres, on peut ajouter qu’Aidan O’Brien a aligné face à Enable vingt chevaux différents, dont douze gagnants de Gr1 et tous ont terminé derrière la championne. Autre chiffre sympa : elle a devancé dans sa carrière 55 lauréats de Gr1. Côté rating, dans une course difficile à juger, le Racing Post lui a attribué 124, c’est-à-dire un 122 traduit sur l’échelle internationale mais il faudra attendre mardi pour en savoir plus. Tout a été trop facile pour comprendre si, après la rentrée dans les Eclipse (Gr1), on a retrouvé la grande Enable ou, comme ce serait logique, elle a perdu à 6ans un brin d’efficacité. Sa cote dans l’Arc de Triomphe a baissé à 3/1.

Lester Dettori, un autre sept. Lanfranco Dettori, qui a égalé les sept victoires de Lester Piggott, était presque en larmes après le poteau. Il a déclaré : « Elle est my favourite girl… C’est incroyable, elle a 6ans mais John Gosden a fait un superbe travail. Trois King George, c’est du jamais vu, maintenant on va tenter l’impossible et gagner trois Arc. La course n’a pas été compliquée, ce matin on avait discuté avec John et le plan était de ne lui pas casser son action et de la monter très simplement. »

Les sept King George de Dettori…

Année

Gagnant

Entraîneur

1995

Lammtarra

Saeed bin Suroor

1998

Swain

Saeed bin Suroor

1999

Daylami

Saeed bin Suroor

2004

Doyen

Saeed bin Suroor

2017

Enable

John Gosden

2019

Enable

John Gosden

2020

Enable

John Gosden

… Et ceux de Lester Piggott

Année

Gagnant

Entraîneur

1965

Meadow Court

Paddy Prendergast

1966

Aunt Edith

Noel Murless

1969

Park Top

Bernard van Cutsem

1970

Nijinsky

Vincent O'Brien

1974

Dahlia

Maurice Zilber

1977

The Minstrel

Vincent O'Brien

1984

Teenoso

Geoff Wragg

Gosden, les soucis et la joie tranquille. John Gosden, très tendu, a expliqué tout de suite après la course : « Elle avait vraiment bien travaillé pour cette course, elle était au top et nous étions vraiment excités. On s’attendait à gagner de cette façon mais parfois la vie nous donne beaucoup de déceptions. J’ai le souvenir de champions comme Swain (Nashwan) et Dahlia (Vaguely Noble), qui ont gagné cette course deux fois. Trois succès, avec un retour après une blessure, à 3, 5 et 6ans, c’est vraiment quelque chose. » L’entraîneur, après avoir retrouvé ses esprits, a analysé son cinquième succès dans les King George : « J’étais inquiet car, quand il pleut sur un terrain léger, les chevaux peuvent perdre leur action, surtout derrière. L’année dernière, Crystal Ocean (Sea the Stars) fut un rival très dur et à la troisième place, il y avait Waldgeist (Galileo), qui nous a fait mal à ParisLongchamp. D’autre côté, si elle avait gagné un troisième Arc, elle ne serait pas ici… Enable est une jument très intelligente, elle est capable d’arriver au top tout seule. Elle s’entraîne d’elle-même, Dettori veut aussi l’entraîner et parfois il y a peu de place pour moi. »

York, mais dans quelle course ? Le programme d’Enable prévoit un passage à York mais la course pour préparer l’Arc de Triomphe est encore à décider. John Gosden a dit : « On a le temps pour faire le choix entre les Juddmonte International (Gr1) et les Yorkshire Oaks (Gr1). J’avais eu la même approche l’année dernière. York sera très excitant car une gagnante des Oaks exceptionnelle comme Love (Galileo) sera en piste. »

Une course de famille. Enable a donné un quatrième succès dans les King George à son propriétaire et éleveur, le prince Abdullah, après les succès de Dancing Brave (Lyphard) en 1985. Son père, Nathaniel, et son grand-père paternel, Galileo, ont aussi gagné cette course. Sur treize étalons qui figurent dans les quatre premières générations du pedigree d’Enable, deux autres ont remporté les King George : Mill Reef (Never Bend) en 1971 et Ile de Bourbon (Nijinsky) en 1978. La mère d’Enable, Concentric (Sadler’s Wells), a donné deux autres sujets black types. Après la championne, elle a produit Centroid (Dansili), qui a gagné une course entraîné par Dermot Weld, la placée de Gr3 Entitle (Dansili) et la pouliche de 3ans Portrush (Frankel), qui a ouvert son palmarès il y a dix jours.

Concentric a un 2ans par Sea the Stars (Cape Cross) et un yearling par Nathaniel.