À LA UNE  : ventes de yearlings : c’est parti !

International / 31.08.2020

À LA UNE : ventes de yearlings : c’est parti !

Les ventes de yearlings débutent aujourd’hui (mardi) à Doncaster. Franco Raimondi analyse cette année vraiment pas comme les autres à travers sept points-clés.

Franco Raimondi

Un petit marathon européen

Le temps est court : onze jours, entre ce mardi et vendredi prochain, pour vendre 1.429 yearlings, l’offre globale avant les forfaits (ç'a un peu baissé depuis). On se croirait presque à Keeneland. Bon, pas tout à fait non plus… Cela dit, contrairement à ce qu'il se passe dans le Kentucky, où la vente a évidemment lieu dans un espace unique, là on parle de ventes dans trois pays différents – France, Angleterre et Allemagne (l’Irlande a cédé ses ventes aux Anglais) – où, pour ne rien arranger, les déplacements ne sont pas aussi faciles que dans une année normale.

Ce petit marathon européen va commencer en Angleterre mardi et mercredi. Eh oui ! Covid oblige, ce n’est pas Arqana qui ouvre le bal cette année… Doncaster offre, après les scratchings déjà enregistrés lundi après-midi, 407 lots. C’est un chiffre à la baisse par rapport à 2019, quand 448 sujets passés sur le ring, dont 397 avaient trouvé preneur pour un C.A. de 18,48 millions de livres (- 3 %). Vendredi, ce sera au tour de Baden-Baden, avec un catalogue de 257 yearlings – le hasard voulant que la vente de Tattersalls Ascot, qui aura exceptionnellement lieu à Newmarket lundi, ait le même nombre de lots. Enfin, à partir de mercredi prochain, Deauville organise trois journées dont le dernier lot porte le numéro 492.

En ligne et par téléphone

Pour deviner la réponse du marché, il faut s’adresser à une voyante. Les ventes qui se sont déroulées dans les différents pays, en pleine urgence Covid, ont donné de bons retours, mais avant d’analyser les chiffres, toutes les maisons de vente ont utilisé la phrase « compte tenu de la situation ». Au Japon, la vente-boutique d’Hokkaido a bien tenu sa partie et, la semaine dernière, une vente que l’on peut rapprocher de celle d’octobre en France a même affiché une réussite record. C’est le Japon… En Australie, la grande vente d’Inglis a enregistré une baisse d’environ 20 % du prix moyen, par effet de l’absence de quelques grandes griffes comme Arrowfield, qui a choisi de vendre à l’amiable avec des résultats jugés satisfaisants par son patron, John Messara. En Europe, on a eu des ventes de chevaux à l’entraînement et des breeze ups qui se sont bien passées, mais ces deux segments du marché sont plus faciles à gérer dans des conditions très spéciales. La semaine dernière, Tattersalls a lancé sa nouvelle August Sale et les trois lots les plus chers ont été adjugés en ligne.

Une ambiance bien différente

L’ambiance qui nous attend dans les prochaines semaines ne sera pas la normale. Il faudra oublier les courtiers se promenant par les boxes, catalogue à la main et stylo autour du cou, qui faisaient partie du scénario autour des rings. Le système de ventes en ligne et par téléphone a démontré qu’il fonctionnait plutôt bien. Il n’est peut-être pas l’avenir mais pour penser à l’avenir, on est obligé d’avaler cette pilule. La semaine dernière, de grands opérateurs comme M.V. Magnier et Paul Shanahan ont inspecté les yearlings en France et beaucoup d’autres en ont fait de même. C’est un gros bout du travail fait à l’avance, très important, et les courtiers ont déjà démontré savoir s’adapter à ces règles.

Le charme des ventes

Il y a, et il faut le prendre en compte, le charme des ventes qui changera cette année. Le produit yearling a toujours son marché. La raison pour laquelle, un jour de 1766, Tattersalls a eu l’idée de réunir yearlings, vendeurs et acheteurs autour d’un même ring est très simple et impondérable à la fois… C’est tout ce qui peut faire monter les prix sans raison initiale. La rivalité entre deux acheteurs. Une pouliche que l’on avait rayée sur sa page du catalogue mais dont le travers vous impressionne. Un poulain qui se déplace comme un futur Frankel.

Oui oui oui : voilà exactement pourquoi les ventes de chevaux aux enchères ont été inventées. Combien peut peser ce manque d’ambiance ? Il n’y a pas un système scientifique pour le calculer. Le feeling, comme l’amour, ne se juge pas avec les statistiques. Disons que la formule des ventes aux enchères génère un 20 % de plus sur la valeur des chevaux à vendre, mais il s’agit d’une estimation faite par un charlatan caché dans une ruelle sombre de la banlieue milanaise…

L’Irlande et ses problèmes

Le calendrier des ventes est bouleversé mais les opérateurs s’adaptent, eux aussi. Pour l’Irlande, les restrictions sont un coup très dur à encaisser, surtout pour les petits élevages, entreprises gérées en famille. Imaginez-vous pour Mister O’Kelly, qui fait grandir dans ses paddocks deux ou trois yearlings chaque année, ce que sont les difficultés pour organiser le déplacement de ses produits en Angleterre où auront lieu les deux sessions de Goffs (Orby et Sportsman’s) et la vente de Tattersalls Ireland. Surtout si, dans le pire des cas (un rachat), il lui faudra assumer des coûts afin de ramener les yearlings à la maison… Les petits vendeurs sont les plus inquiets et ils ont raison. Une saison un peu terne est jouable pour les grands haras ; mais pour eux, c’est autre chose.

Doncaster, un test très important

D’un point de vue strictement économique, même les grands ont des soucis. Les croisements ont été choisis au cours de l’hiver 2017 - 2018, quand le marché était euphorique et les prix de saillie conséquents. Les produits nés en 2019 sont proposés sur les rings à partir de mardi. Mais entretemps, le monde n’a-t-il pas changé vite, très vite, trop vite ?

L’année dernière, les pinhookers ont acheté les foals et, même s’ils savent mieux que quiconque à quel point un petit poulain peut évoluer, aucun ne pouvait prévoir la crise sanitaire, économique et sociale actuelle. La vente de Doncaster est un marché très professionnel et plus d’un tiers des lots du catalogue en seront à leur deuxième passage sur un ring.

Mercredi soir, on pourra faire un premier point sur la réaction des opérateurs. C’est un test très important car, plus que dans les autres ventes, c’est le cheval et pas sa page du catalogue qui fait la différence.

Les jeunes étalons

Dans une année normale, j’aurais présenté mon article sous l'angle d'un sujet tel que les étalons de première production. Mais avec le Covid, si vous avez eu la gentillesse de me lire, le contexte particulier de 2020 est passé en premier… Malgré tout, cette année n’échappe pas à la règle : les ventes de yearlings serviront une fois de plus de premier baromètre pour les jeunes étalons. Dans les semaines qui viennent, on saura comment sont les premiers yearlings de l’un ou de l’autre et comment le marché les a accueillis. Plus encore que les ventes de foals, les ventes de yearlings sont un vrai juge de paix pour les reproducteurs.

Grâce à un premier pointage, j’ai trouvé une trentaine de jeunes étalons dans les catalogues des ventes-boutiques. Ils représentent à eux seuls un peu plus d’un tiers de l’offre et, parmi eux, il y en a des très attendus. Les premiers Almanzor (Wootton Bassett) sont au nombre de quarante-neuf, dont trente-deux chez Arqana, et il aura au moins un sujet dans chaque vente. Il partage cet honneur avec Churchill (Galileo), qui a cinquante-neuf yearlings, dont treize en France… et donc un cheval au moins dans chaque vente !

Parmi les jeunes papas, le plus représenté est Caravaggio (Scat Daddy) : soixante-neuf yearlings, dont vingt-huit pour Orby, mais il n’a pas de yearling à Baden-Baden.

La vente avec le plus de yearlings issu d’étalons de première production est Doncaster (125), alors qu’Arqana et Orby sont sur la même ligne, à 110. Il faut noter que les trois étalons avec le plus de yearlings sur le marché ont tous affiché un prix moyen à six chiffres aux ventes de foals. Quatorze produits de Churchill ont affiché un prix moyen de 115.953 €, les trente et un Caravaggio ont généré 113.800 € et les quatorze Almanzor 105.132 € en moyenne.