Claudio Marzocco, un cœur gros comme ça !

International / 17.08.2020

Claudio Marzocco, un cœur gros comme ça !

Claudio Marzocco, un cœur gros comme ça !

L’année dernière, il avait payé 120.000 €, soit plus d’un quart des gains de l’écurie, pour courir Soft Light ** (Authorized), un outsider à 85/1 dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Cette année, le rêve lui a coûté moins cher car Port Guillaume ** (Le Havre) a été engagé le mercredi 17 juin au tarif de 5.000 €. Voici l’histoire de Claudio Marzocco.

Premier partant, premier gagnant. Il n’y a pas un meilleur départ. Sur le terrain, Claudio Marzocco apprend le rôle du propriétaire et attrape vite le virus des courses et des chevaux : « Le succès dans le Jockey Club fut une fête en famille, avec les amis. Il s’agit d’un souvenir inoubliable et la passion m’a pris. J’avais mon travail d’ingénieur dans l’immobilier et deux plaisirs : les tableaux et les horloges. Maintenant, je peux parler de bâtiments pendant trois heures, de tableaux et d’horloges pendant une journée et de chevaux pendant une semaine ! Mon JDG, c’est le premier journal que je lis ; le reste vient après. Je cherche à apprendre le plus possible sur ce sport qui est le plus beau et le plus compliqué du monde. Sa beauté vient d’ailleurs de sa complication. Je suis un apprenti par rapport à de vrais professionnels comme mes entraîneurs et Paul Nataf qui s’occupe de mon portefeuille chevaux. Mais je m’applique pour apprendre le plus possible. »

D’un kidnapping à Monaco. Claudio Marzocco a connu le bon et le très mauvais dans les courses et dans sa vie. En 1988, il a été kidnappé et séquestré dans les montagnes calabraises. Cette histoire fera objet d’un livre qu’il résume en quelques lignes : « Je suis fumeur et ça m’a sauvé la vie. Les kidnappeurs m’ont laissé une pierre pour craquer les allumettes. Je l’ai utilisée pour couper la chaîne et les menottes. Un petit travail qui a duré quinze jours… J’ai eu de la chance : j’avais alors le bon âge, 29 ans, c’était le mix parfait de courage, de patience et de force physique. Plus jeune, j’aurais sans doute fait quelques conneries en me faisant tuer ; plus vieux, je me serais découragé très tôt. » C’est après ce kidnapping que la famille Marzocco et son entreprise ont quitté l’Italie pour s’installer à Monaco. Depuis, le Groupe Marzocco y a par exemple construit, pour ne citer qu’une œuvre, la Tour Odéon, un double gratte-ciel de quarante-neuf étages.

Un vrai mordu des courses. Dans les chevaux, il a eu de mauvaises saisons, comme ça peut arriver quand on se donne à fond dans une passion. Claudio Marzocco n’est pas un propriétaire moderne : « Tout ce que je prends avec les chevaux, je le remets dans les chevaux, ce n’est pas un business. Je gagne ma vie avec l’entreprise de construction de famille, avec mon frère et mes fils. De plus en plus, je laisse travailler les jeunes et je me fais plaisir avec les chevaux. Tout le monde a pensé que c’était fou de supplémenter Soft Light dans l’Arc de Triomphe avec une toute petite chance, mais je n’ai pas de regrets, ma famille s’est rendue à ParisLongchamp, on a passé des bons moments, le cheval a bien couru en se classant sixième, dans la première moitié du peloton. Le sport, c’est aussi ça. »

Un portefeuille de quarante-cinq chevaux. Le sens de la famille est très fort, comme ses racines frioulanes l’indiquent. Il y a un moment dans la vie, quand on a réussi et que l’on franchit le cap de 60 ans, où l’argent n’est plus très important. Il faut avoir le courage de rêver et aussi les moyens. Claudio Marzocco est passé en quinze ans d’un seul à quarante-cinq pur-sang : « La dernière mise à jour est de huit poulinières, huit yearlings, dix foals et dix-neuf chevaux à l’entraînement, avec des associés, ou en solitaire. C’est logique qu’un seul bon cheval comme Port Guillaume ne suffise pas à faire tourner tout ça. Le commerce n’est jamais la dimension qui m’a le plus intéressé : même dans mon travail, je préfère construire des bâtiments plutôt que les vendre. Ce que l’on peut gagner avec les chevaux, c’est d’abord du plaisir, des émotions à partager, arriver à accomplir un travail et aboutir un rêve. Je viens d’apprendre l’histoire du Cavalier Ginistrelli, l’Italien qui a élevé et entraîné la championne Signorinetta (Chaleureux), gagnante du Derby et des Oaks le même week-end. C’est une histoire exceptionnelle. » (à découvrir ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Signorinetta )

Le rêve, produire un grand étalon. Le rêve de Claudio Marzocco est énorme comme il nous le confie : « J’aimerais un jour dénicher un grand étalon, un Northern Dancer ou un Galileo. C’est peut-être ma tête d’ingénieur qui me pousse à ça… Quand on produit un grand étalon, la mission est accomplie. On a fait quelque chose qui dure, et je ne pense pas aux revenus qu’il peut engendrer. Pour y arriver il faut gagner les grandes courses, disons que l’Arc de Triomphe est la première et ensuite il y a le Derby. Pour faire ça, il faut oublier l’argent. Cette année, je suis tombé avec Bernard Benaych et Jean-Claude Rouget sur un très bon cheval comme Port Guillaume. Il serait invaincu sans le Jockey Club et il a encore deux courses à courir cette année : le Grand Prix de Paris et l’Arc de Triomphe. Il possède déjà une valeur commerciale et des offres sont arrivées. On verra bien. »

Croisements, ventes et achats. En bon étudiant, Claudio Marzocco a appris l’élevage et le jeu des ventes. Il reste humble mais il a ses idées : « L’élevage, c’est très difficile : personne ne croira qu’il suffit de croiser Andre Agassi et Steffi Graf et de bien nourrir leur fils pour avoir un champion de tennis ! Tout le monde sait que c’est beaucoup plus compliqué que ça. Choisir le bon yearling n’est pas plus simple. Vous voyez plusieurs centaines de sujets qui sont comme des enfants et des filles de 12 ans et il faut dénicher celui ou celle qui deviendra un champion ou une championne. Le gosse qui toise déjà 1,60m et se déplace comme un athlète peut arrêter sa croissance et ne jamais devenir un grand sportif ; tout comme le plus petit cheval, pour prendre l’exemple inverse, peut devenir un crack. Quand je réfléchis à ce sujet, je pense de plus en plus que la chose la plus sage est d’acheter de jeunes chevaux qui ont déjà démontré un peu de talent et possèdent de la marge. C’est plus cher mais logique car, plus on s’approche du produit fini, plus il faut le payer. »

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