Hubert Honoré et les belles histoires d’Omméel

Élevage / 29.08.2020

Hubert Honoré et les belles histoires d’Omméel

Hubert Honoré et les belles histoires d’Omméel

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en septembre chez Arqana. Hubert Honoré nous a ouvert les portes de son haras, à Omméel.

Par Adrien Cugnasse

Hubert Honoré, c’est un peu la touche artistique de l’élevage français. Et qui se ressemble s’assemble, demandez à son client Christopher Wright ! Autre artiste passionné des courses, son ami Bartabas a dit un jour, en détournant une citation de Federico García Lorca : « Les chevaux appartiennent à ceux qui les travaillent. » Il s’agit d’une propriété intellectuelle bien sûr, et non pas matérielle ! Mais il est vrai qu’élever des chevaux pour les autres, c’est jour après jour leur insuffler un peu de sa culture hippique, en les façonnant selon sa propre expérience. Ainsi, il y a toujours une certaine injustice à ce que les personnes qui ont assuré le quotidien des produits d’éleveurs sans sol restent dans l’ombre lors des belles victoires.

La patience paye. Simona (Siyouni) a gagné le Prix Exbury (Gr3) sous la célèbre casaque tartan de la famille McAlpine, des couleurs pas vues à ce niveau depuis fort longtemps. En bonne jument d’éleveur-propriétaire, elle a gagné son Groupe à l’âge de 4ans… La patience est une vertu qui peut parfois se révéler payante dans les courses ! À son sujet, Hubert Honoré nous a confié : « C’est une très belle histoire, car Caroline et Nagel Elwes, sont des personnes très sympathiques que j’ai rencontrées grâce à Tim Richardson. Au début, leurs juments étaient stationnées chez Son Altesse Aga Kahn. Ils m’ont demandé si je voulais bien prendre Picayoun (Manduro) et Monava (El Prado). Et j’ai accepté. Pour eux, j’ai élevé quatre yearlings en tout. Simona a beaucoup évolué car au départ, elle n’était pas très différente des autres. Nous étions très contents de gagner le premier groupe de l’année 2020… juste avant le Covid ! Je pense qu’elle va recourir l’année prochaine et elle peut très bien faire. C’est une jument qui aime bien le terrain lourd. L’été n’est donc pas très propice pour elle. Ensuite, elle deviendra poulinière… »

Un client rock’ n’ roll. Hubert Honoré élève aussi pour Christopher Wright, propriétaire de Wonderful Tonight (Le Havre), récente lauréate du Prix Minerve (Gr3), Culture Vulture (Timeless Moment), lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches, du Prix Marcel Boussac et du Fillies' Mile (Grs1), mais aussi éleveur de l’étalon Bungle Inthejungle (Exceed and Excel), lauréat des Molecomb Stakes et des Cornwallis Stakes (Grs3). Outre-Manche, Christopher Wright est surtout très connu pour être le producteur de Ten Years After, Jethro Tull, Procol Harum, Blondie… Mais comme toujours outre-Manche, les divertissements sont pris très au sérieux lorsqu’ils prennent une dimension économique. Si bien que le cofondateur de Chrysalis Records a même été sacré commandeur de l’ordre de l’Empire britannique par la reine d’Angleterre ! Hubert Honoré nous a confié : « Christopher Wright est un client formidable, qui m’a été présenté par Crispin de Moubray. J’ai élevé des chevaux assez sympathiques pour lui, dont Ken colt (Kendargent), lauréat des Prix Hampton et du Cercle (Ls), ainsi que sa sœur Acapulco Gold (Bungle Inthejungle), qui a gagné le Prix des Rêves d’Or - Jacques Bouchara (L) avant se classer quatrième du Darley Prix Morny (Gr1). »

De petites pouliches au grand cœur. Deuxième du Premio Lydia Tesio (Gr2), Moonoon (Sea the Moon) est entrée au haras au printemps 2020. Élevée par Hubert Honore et Tomas Schweizer, elle a été achetée 16.000 € à la vente d’octobre. Elle a fait ses débuts en avril dernier à Tarbes avant de gagner une Classe 1 à ParisLongchamp avec style. Espoir classique, elle s’est ensuite classée cinquième du Prix de Malleret (Gr2). Son co-éleveur, Hubert Honoré nous a confié : « Moonoon était une pouliche qui ne payait pas de mine… mais qui s’est révélée très bonne. Elle a perdu sa mère bien trop tôt et nous lui avons trouvé une deuxième mère qui s’est occupée d’elle. Ensuite, je ne l’ai pas vraiment considérée. Elle était si petite ! Il fallait qu’elle se débrouille toute seule. Nous l’avons élevée très naturellement, en passant beaucoup de temps dehors. Par la suite, nous avons découvert qu’elle avait un grand cœur et c’est pour cela qu’elle a si bien couru. Entre temps, j’avais une autre pouliche qui s’appelait Jolie (Power). Je l’ai élevée pour Enrico Ciampi. Elle avait couru à réclamer sa première course et par la suite, elle a été battue du minimum dans le Prix du Bois (Gr3) et troisième du Prix Robert Papin (Gr2). »

Laisser faire la nature. Parmi les bons chevaux élevés et/ou vendus par Hubert Honoré, il faut citer Reshabar (Iffraaj), lauréat de sa Classe 1 de trois longueurs avant de courir les classiques, mais aussi Waldersee (Olympic Glory), gagnant de maiden avec la manière pour sa deuxième sortie. Estimé par Andreas Wöhler, ce 2ans est un poulain très courageux. Hubert Honoré, qui l’a élevé en association avec Nicolas Clément, nous a dit : « Lorsqu’il est né, Waldersee n’était vraiment pas très correct. Je me demandais s’il allait survivre ou non. En plus, il buvait énormément dans l’abreuvoir de sa mère, Winshine (Chineur), et avait donc des diarrhées en permanence. Il ne faisait que des bêtises, il n’était pas beau, il était malade… au point que j’ai vraiment pris mon temps avant de déclarer sa naissance. Même avec trois bons repas par jour, il n’y avait aucune évolution chez lui. Au mois de mars avril, nous l’avons laissé dehors le plus longtemps possible et il a bien changé pendant l’été. Après, nous l’avons vendu. Je ne me faisais pas trop d’illusion sur son avenir, comme il avait souffert dans sa jeunesse. Je ne pensais pas qu’il deviendrait un bon cheval de course. Comme quoi ! »

Son lot 2020. Parmi les chevaux qu’il présente à la vente de sélection 2020, Hubert Honoré cite spontanément : « Le premier produit de Kuna Yala (Manduro) par Lope de Vega (Shamardal). Un poulain qui est vraiment magnifique. Je n’ai vraiment pas beaucoup de reproches à lui faire ! La mère a un bon pedigree allemand – huit black types sous la deuxième mère – donc je pense qu’avec son beau physique, il va plaire aux ventes. » La concentration de haras qui sortent de très bons gagnants est impressionnante autour de chez Hubert Honoré. Il nous a dit : « C’est une région propice à l’élevage de bons chevaux. Le haras du Cadran élève aussi énormément de gagnants. Ce sont de bonnes terres et le travail est vraiment bien fait. Il faut aussi beaucoup d’espace et nous en avons. » Concernant les vacations à venir, il conclut : « Pour les ventes de septembre, nous sommes un peu dans l’expectative avec le Covid. Il y aura certainement une baisse. Mais je me dis toujours que si les chevaux plaisent, ils seront vendus. Nous verrons bien à quel prix ! Pour les ventes d’octobre, je pense que cela sera plus compliqué pour les chevaux qui n’ont pas le profil pour intéresser les acheteurs les plus fortunés. Les mouvements sociaux, en France en Angleterre et aux États-Unis, ne sont pas bénéfiques pour le marché. Les gens n’aiment pas l’incertitude... »

LES YEARLINGS DE LA VENTE DE SÉLECTION

Lot Sexe Père Mère

82 F. Aclaim Encore Merci

120 M. Ribchester Jawlaat

130 M. Lope de Vega Kuna Yala

314 M. Fast Company Balance

369 F. Olympic Glory Ideechic

440 F. Shalaa Porza