LE TOUR DES HARAS - SEPTEMBRE 2020 : le Quesnay, ses grandes souches… et ses chevaux qui durent !

Élevage / 26.08.2020

LE TOUR DES HARAS - SEPTEMBRE 2020 : le Quesnay, ses grandes souches… et ses chevaux qui durent !

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en septembre chez Arqana. Vincent Rimaud nous a ouvert les portes du haras du Quesnay.

Par Adrien Cugnasse

Bien que cela puisse paraître contradictoire, l’élevage est une activité collective… animée par des individualistes. Et pour cause, la sélection est une affaire de population. Chaque fois qu’une personne importe une bonne jument ou un bon étalon en France, c’est toute la filière qui progresse un peu. Alec Head a fait partie de ceux qui ont acheté beaucoup de reproducteurs hors de France. Et l’impact de ces achats sur la production française est tenace, au haras du Quesnay bien sûr, mais aussi chez bien des éleveurs (petits ou grands) qui peuplent nos campagnes. Les exemples ne manquent pas. Très récemment, Speak of the Devil (Wootton Bassett) a offert à Hervé Viallon un premier podium classique. C’est une descendance de Sariegail (Hill Gail), importée au début des années 1960 par Alec Head.

Le destin d’un cheval tient à peu de chose. Ces souches solides, c’est la force du Quesnay. Parmi les achats inspirés du patriarche, on trouve notamment Timber Nymph (Woodman), pour laquelle il avait déboursé pas moins de 475.000 $ en 1996, à Keeneland. La jument était inédite, mais issue d’une sœur du champion (et chef de race) Northern Dancer (Nearctic). Au Quesnay, elle a tout d’abord donné la mère du bien nommé Blacktype (Dunkerque), lauréat de 12 courses aux États-Unis, dont trois Grs2. La sœur de ce dernier, Théoricienne (Kendor), avait gagné deux courses à 2ans en région parisienne, avant de donner deux bons chevaux dont le destin sort des sentiers battus. Vincent Rimaud explique : « C’est une souche que nous avons donc depuis trois générations et les grandes familles finissent toujours par ressortir ! Théoricienne a déjà produit quatre gagnants, dont Tour to Paris (Fuissé), lequel a un pedigree 100 % Quesnay sur plusieurs générations. Déniché par Chris Richner, il était intouchable dans les courses de vitesse en Hongrie, où il a remporté huit épreuves. Par chance, il a été envoyé en France où il a déjà remporté quatre courses, dont le Prix du Gros-Chêne (Gr2). Parfois, le destin d’un cheval tient à peu de chose : s’il était resté en Hongrie, nous l’aurions tous oublié. Et ce n’est pas fini, il va en gagner d’autres. Son entraîneur, Pia Brandt, ne s’y est pas trompée : elle nous a acheté son frère Sensible (Dunkerque) avant que Tour to Paris ne devienne black type. »

De la vitesse… française ! Théoricienne a ensuite été croisée à Dunkerque (Highest Honor) pour donner She’s my Type (Dunkerque) alors que son oncle Blacktype faisait parler de lui outre-Atlantique. Vincent Rimaud poursuit : « La famille Head a donc décidé de profiter de cette réussite pour essayer de vendre la pouliche à Keeneland en 2018. Mais son profil atypique pour une vente américaine n’a pas plu. Madame Head l’a rachetée, pour la faire courir sous ses couleurs aux États-Unis ! La famille Head est très liée à Christophe Clément et la pouliche a rejoint l’effectif de ce dernier, remportant trois courses dont deux Listeds, sur 1.100m et 1.500m. Et ce n’est pas fini ! En attendant d’autres updates grâce à Tour to Paris ou She’s my Type, nous présentons en septembre leur sœur par Anodin (Anabaa). Elle portera le lot 263. C’est une très jolie pouliche… » Elle est inbred 2 x 3 sur Anabaa (Danzig), ce qui n’est pas courant. Le grand étalon du Quesnay, disparu en 2009, était monté jusqu’à 45.000 € la saillie. Il n’a que quatre fils au haras en France, dont Anodin au Quesnay. Ce dernier, s’il n’a pas de stars en piste cette année, est malgré tout septième au palmarès des sires français. En Europe (au 10/08), il est troisième chez les sires de troisième génération (selon les gains), simplement devancé par Kingman (Invincible Spirit) et No Nay Never (Scat Daddy). Anodin a débuté à 7.500 €, les autres à 55.000 £ et 20.000 € ! Vincent Rimaud explique : « Anabaa est un grand père de mère. Nous pensons qu’il sera capable de s’affirmer en père de père. On juge un sire sur le long terme et Anodin a été pénalisé par l’exportation de certains de ses meilleurs produits, comme Insandi ou encore Neige Blanche. Anodor et Harmless ont eu des soucis. Avec des juments de toutes qualités, il sort des gagnants tous les jours, sur tous les hippodromes, sur tous les parcours… L’an dernier, il a sailli 140 juments, d’une qualité supérieure à celle de ses saisons précédentes. »

Les premiers Attendu. En 2020, Théoricienne, qui a donc donné deux sprinters black types, a été croisée avec Attendu (Acclamation), lauréat de deux Groupes sur 1.400m ! Vincent Rimaud détaille : « C’est un croisement auquel je crois beaucoup… vitesse sur vitesse ! Attendu, qui fait la monte au Quesnay, a ses premiers yearlings en 2020. Ils sont très beaux et cela nous a poussés à lui confier de bonnes juments à nouveau. » Le Quesnay présente d’ailleurs un produit d’Attendu dans la vente de sélection d’Arqana. Il s’agit du lot 479, lui aussi issu d’une jument de vitesse portant le sang d’Anabaa. Sa mère, Treasure (Anabaa), a en effet remporté le Prix de la Vallée d'Auge (L). Elle a déjà donné Trésorier (Dunkerque), deuxième du Prix Ronde de Nuit (L), Trésorerie (Intello), lauréate du Prix Urban Sea (L), et King Ottokar (Motivator), troisième des Hampton Court Stakes (Gr3). Vincent Rimaud nous a dit : « Leur sœur est à l’entraînement chez Charley Rossi et elle est très estimée. » La famille remonte à l’achat de Time Deposit (Halo) pour 250.000 $, sur le ring de Keeneland, en 1990.

Trêve et ses proches. Parmi les achats ultra-inspirés d’Alec Head, il y a celui de Trevilla (Lyphard) en 1986. Alors âgée de 5ans, cette inédite était (surtout) une fille de l’inoubliable Trillion (Hail to Reason) et une sœur de la tout aussi formidable Triptych (Riverman). On connaît la suite de l’histoire, avec en point d’orgue les sommets atteints par Trêve (Motivator). En septembre, le Quesnay propose une propre sœur de la double gagnante d’Arc – le lot 269 – et le premier produit de sa sœur par Intello (Galileo), le lot 261. Vincent Rimaud explique : « C’est une famille qui ressort toujours et, par bonheur, Motivator (Montjeu) s’affirme comme père de mère, notamment grâce à A’Ali (Society Rock) et Fleeting (Zoffany). Ballylinch Stud a acheté sa sœur Trophée (Mr Sydney) – encore placée black type à 5ans – qui, dès son premier produit, a donné un bon cheval avec Francesco Guardi (Frankel). Freddy entraîne une fille de Motivator et Toride (la sœur de Trêve) qu’il estime beaucoup. » Outre Trêve, Trévise (Anabaa) avait deux autres black types, dont Trois Rois (Hernando), un lauréat de Listed qui a couru jusqu’à l’âge de 8ans ! Le Quesnay "sort" souvent des chevaux qui "durent" et Vincent Rimaud réagit : « C’est probablement lié au fait que nous n’avons pas forcément cherché à produire de la pure précocité. Nos familles ont plutôt tendance à donner des 3ans, et ces dernières années, les propriétaires n’hésitent plus à laisser un peu plus longtemps les bons chevaux en course… pour le plus grand bonheur de leurs éleveurs ! Par ailleurs, nous essayons d’élever le plus sainement possible. »

Vincent Rimaud vous parle de son lot 2020 ! Pour retrouver l’interview vidéo de Vincent Rimaud, cliquez ici.

Un Wootton Bassett et deux Dabirsim. Certains se demandent si un grand stayer comme Stradivadius (Sea the Stars) peut gagner l’Arc. Sachez qu’Alec Head l’a fait ! C’était au début des années 1980, avec Gold River (Riverman), laquelle avait gagné les Prix Royal-Oak et du Cadran (Grs1) avant de s’imposer dans la grande épreuve. On connaît la qualité de sa descendance dans l’élevage Wertheimer (de Goldikova à Anodin…). En 2000, la famille Head a acheté une des descendantes de Gold River appelée Born Cross (Dubawi), pour 200.000 €, sur le ring d’Arqana. Sa fille née en 2018 (par Galileo) est à l’entraînement chez les Lerner. Son produit 2019 sera le lot 320 de la vente de sélection. Vincent Rimaud explique : « C’est un super poulain et c’est le bon moment pour présenter des produits de Wootton Bassett ! » Le Quesnay présente deux yearlings élevés au haras, par Dabirsim (Hat Trick) : « Le lot 9 est une très jolie pouliche d’Ajaxana (Rock of Gibraltar), lauréat des 2.000 Guinées allemandes (Gr1). Nous présentons aussi un mâle par la sœur d’Ajaxana, Bravo Girl (Lord of England), placée de Listed. » Sea the Stars (Cape Cross) connaît une grande réussite avec ses femelles – comme Sea of Class, Star Catcher, Taghrooda, Vazira… – et le lot 68, présenté par le Quesnay, est issu d’une famille Wertheimer avec de la vitesse, celle qui a récemment donné Duhail (Lope de Vega), par exemple. Le lot 450 est une fille de Nathaniel (Galileo) dont la mère, Rocaille (Anabaa), s’est classée deuxième du Prix Petite Étoile (L).

LES YEARLINGS DE LA VENTE DE SÉLECTION

Lot Sexe Père Mère
9 F. Dabirsim Ajaxana
68 F. Sea the Stars Dhuma
261 M. Intello Terre
263 F. Anodin Théoricienne
269 F. Motivator Trévise
320 M. Wootton Bassett Born Cross
321 M. Dabirsim Bravo Girl
450 F. Nathaniel Rocaille
479 M. Attendu Treasure

 

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