Un cheval positif, un parieur mécontent, la Peta et une jurisprudence dangereuse

International / 16.08.2020

Un cheval positif, un parieur mécontent, la Peta et une jurisprudence dangereuse

Un cheval positif, un parieur mécontent, la Peta et une jurisprudence dangereuse

C’est une première et cette décision pourrait avoir des conséquences importantes aux États-Unis. Un parieur a obtenu une indemnisation de 20.000 $ après avoir traîné au tribunal un propriétaire et un entraîneur de trot, pour fraude et racket. Leur cheval, Tag Up and Go, a gagné une course dans le New Jersey en 2016, avant d’être contrôlé positif et disqualifié. Le parieur, se sentant lésé, a décidé de faire appel à la justice pour obtenir "gains de cause".

L’affaire a été déposée au tribunal en mars 2018. Un accord a été trouvé en juillet entre les deux parties, et rendu public ce mercredi 12 août. Aux États-Unis, un procès peut coûter extrêmement cher aux personnes concernées. Or, ce parieur avait un allié de poids. Son procès a été financé par la Peta, la plus puissante association de défense des animaux américaine, profondément anti-courses. Et le fait que la Peta soit derrière est inquiétant.

Une décision qui peut avoir des conséquences. On peut comprendre la frustration du parieur d’avoir perdu des paris à cause d’un cheval ne remplissant pas les critères anti-dopage. Mais cet accord signé entre les deux parties peut désormais faire jurisprudence dans le droit américain. C’est-à-dire que d’autres parieurs, dans cette même situation, pourront s’appuyer sur cet accord pour exiger des dommages et intérêts à l’entourage d’un cheval s’ils étaient battus par un équidé positif à des substances interdites. Sachant que les coûts engrangés par un procès peuvent mettre un entraîneur ou un propriétaire "sur la paille".

Jeffrey Tretter, le parieur en question, espère bien que cette victoire créera un précédent : « Nous avons fait face à beaucoup d’opposition car cela était sans précédent, mais j’espère que cela permettra à d’autres parieurs de se manifester et de faire payer ceux qui sont responsables de leurs tricheries flagrantes sur les hippodromes d’Amérique du Nord. Les parieurs doivent s’organiser et poursuivre les tricheurs pour chaque dollar qu’ils ont perdu et qu’ils peuvent justifier. Les paris en ligne nous permettent de faire cela et nous parlons de millions de dollars, voire de centaines de millions de dollars. J’espère que ma procédure va lancer un mouvement et donner confiance à d’autres pour faire de même. Il est perturbant que des personnes avec de l’intégrité dans le sport puissent être mises en faillite, mais c’est ce que ce sport est devenu. Je crois toujours qu’il y a plus de bien que de mal dans les courses, mais le mal détruit le sport pour tout le monde. Les personnes à responsabilité qui n’ont pas réussi à protéger les honnêtes parieurs, entraîneurs et propriétaires sont tout autant à blâmer que ceux qui tiennent la seringue. »

David contre Goliath. On peut se demander pourquoi l’entraîneur et le propriétaire du cheval, Robert Breshanan Jr et J. L. Sadowsky, ont accepté l’accord, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour le reste de la filière. Andrew Benedict, l’un des avocats de Robert Breshanan Jr, a expliqué que ce procès était "David contre Goliath", Goliath étant non pas le parieur Jeffrey Tretter, mais son financeur, la Peta : « Il était difficile de pouvoir être sur tous les fronts pour défendre ce dossier, étant donné le montant d’argent que la Peta a dépensé. Cela montre qu’elle n’avait aucune preuve sur des malversations criminelles, ou elle n’aurait pas accepté un accord aussi léger financièrement parlant. »

Officiellement, la Peta a financé ce projet afin de protéger les chevaux, pour décourager les socioprofessionnels de doper les animaux sous peine de poursuites… Officieusement, on a le droit de penser qu’une telle jurisprudence peut décourager entraîneurs ou propriétaires à se lancer dans le monde des courses, affaiblissant ainsi l’industrie, ce qui ne serait pas sans déplaire à l’association, même si le dopage est condamnable et doit être condamné. Où pourrait cependant se fixer la limite d’une telle jurisprudence ? À un cheval testé positif à une substance prohibée, ou aussi suite à une éventuelle erreur de délai de rémanence de médication – qui entraîne une disqualification du cheval –, qui pourrait désormais faire craindre un procès à son entourage ?