Christian Leech : « Le fait qu’aussi peu d’Anglais viennent courir ici est pour moi un mystère »

Courses / 23.09.2020

Christian Leech : « Le fait qu’aussi peu d’Anglais viennent courir ici est pour moi un mystère »

Installés dans le Gloucestershire, Sophie et Christian Leech entraînent des sauteurs en famille. Face à la crise britannique, ils ont créé une base temporaire à Coye-la-Forêt. Avec un projet d’installation en France l’année prochaine…

Par Adrien Cugnasse

Mercredi, Christian Leech nous a expliqué : « Chez vous, les allocations distribuées sont sans aucune mesure avec ce que nous connaissons en Grande-Bretagne. Aussi, nous avons essayé de venir avec le plus grand nombre de chevaux possible… eu égard aux limites de la taille de notre équipe. Cette aventure n’est possible que grâce à l’accueil de Mickael Seror. Avec sa compagne, Marie Gabrielle, ils représentent un précieux soutien. Nous louons donc des boxes dans leur cour et jouissons d’excellentes conditions de travail à Coye-la-Forêt. Pour les sauteurs, c’est exceptionnel. C’est même probablement le meilleur site d’entraînement pour les chevaux d’obstacle au monde. Un des grands points forts de l’obstacle français, lorsque l’on engage, c’est la qualité des pistes l’après-midi. Elles sont vraiment bien arrosées et très sécurisées. L’été en Angleterre, les pistes sont souvent trop rapides et à ce titre, pour cette période de l’année, il est parfois plus sûr de courir un cheval en France. D’une manière générale, notre expérience est positive en ce qui concerne tous les hippodromes français où nous avons déjà couru… »

Au-delà des allocations. Christian Leech poursuit : « L’année dernière, nous avions eu neuf partant pour une victoire en France. En 2020, avec cinq victoires et 17 places pour 108.325 € [depuis le 18 juin, ndlr], nous sommes forcément très heureux de la manière dont les choses se déroulent. Comme vous le savez certainement, les gains de courses en Grande-Bretagne sont ridiculement faibles. C’est même catastrophique. Mais les allocations ne font pas tout. Nous apprécions énormément la manière dont le programme français est structuré.

Et nous apprenons à l’utiliser petit à petit, de manière empirique. Il y a bien plus de diversité d’engagements possibles pour chaque cheval ici, avec en particulier de nombreuses courses à conditions. Par exemple, Garo de Juilley (Ungaro) a gagné à Cholet sur les haies. C’était un engagement sur-mesure, la course s’adressant aux chevaux n’ayant pas reçu 6.000 € cette année. En Angleterre, à cause de ses performances passées, il est barré. Man of Plenty (Manduro) s’est classé deuxième à Nantes le 18 septembre, dans la Grande Course de Haies d'Automne. En Angleterre, il y a probablement 200 ou 300 chevaux qui pourraient gagner cette course ou terminer deuxième. C’est une épreuve dotée de 36.000 € et j’ai du mal à comprendre pourquoi nous étions les seuls Anglais au départ. Les 108.325 € que nos chevaux ont gagnés cette année en France représentent l’équivalent de ceux du deuxième ou du troisième au classement provisoire britannique. Le fait que nous soyons aussi peu nombreux à tenter l’aventure reste un mystère. Certains propriétaires regrettent de ne pas pouvoir voir leurs chevaux plus souvent. Mais les allocations et les opportunités du programme compensent ce sentiment. Et dès que la situation sanitaire sera plus calme, ils savent qu’ils pourront sans problème venir voir leurs représentants aux courses ou à l’entraînement : le trajet entre l’Angleterre et Chantilly est vraiment très facile. »

Le niveau de la France. La presse anglaise aime dire "tous les bons "FR" sont en Irlande ou en Angleterre". À ce sujet, Christian Leech précise : « Dans les réunions comme celle de mardi à Auteuil, on voit des chevaux de tout premier plan. Seraient-ils à leur aise dans un parcours anglais ou irlandais ? C’est difficile à dire. En tout cas, au niveau de la classe pure, une L’Autonomie (Blue Brésil) aurait bien sûr toute sa place et je suis persuadé qu’elle serait compétitive dans les meilleures courses. Il faut être clair à ce sujet : on ne gagne pas facilement en France et ce, dans toutes les catégories. Mais la différence, c’est qu’il y a aussi de l’argent pour les places et cela rend la défaite beaucoup moins amère… Nous sommes venus avec des chevaux d’âge. Six de nos 14 partants ont 10ans et plus. Ces derniers apprécient le fait qu’en France les courses partent dans une allure plus raisonnable. Cela permet à ces vieux chevaux de bien rentrer dans le rythme de l’épreuve, sans se dégouter, avant de terminer plaisamment. La plupart courent sur les haies, ce qui permet de bien faire sans temps d’adoption. D’autres ont été formés en France. »

S’installer en 2021. Christian Leech conclut : «  Nous travaillons en famille : mon épouse, ma fille et moi-même. La licence temporaire va expirer en octobre. Après cette date, nous enverrons des chevaux au cas par cas, pour courir, depuis l’Angleterre. Mon épouse, Sophie, a sa licence anglaise. Et on ne peut l’avoir dans deux pays à la fois. Je vais donc essayer de la passer en France l’année prochaine. L’idée est de venir nous installer définitivement à partir de l’été prochain. Mon fils aura terminé ses études à ce moment-là et nous pourrons bouger plus facilement. Enfin, l’accueil des Français, à l’entraînement comme aux courses, a beaucoup influé sur notre choix. »