GRAND SHOW DE L’ANGLO : une édition placée sous le signe du volontarisme

Élevage / 16.09.2020

GRAND SHOW DE L’ANGLO : une édition placée sous le signe du volontarisme

Malgré le Covid-19, les anglo-arabes ont organisé mardi dernier leur grande manifestation annuelle à La Teste. Si les difficultés sont réelles, les éleveurs font face. Et les projets ne manquent pas.

Par Adrien Cugnasse

Comme tous les ans, l’ambiance est bonne au Grand Show, qui représente un mélange de toutes les composantes de notre filière. On pouvait par exemple y croiser Xavier Thomas-Demeaulte qui nous a donné de bonnes nouvelles d’Ambition (Dubawi) en vue du Prix de l’Opéra (Gr1). Ou encore Pierre Pilarski, dont les trotteurs sont toujours au sommet et qui vit un rêve éveillé avec La Jonction ** (Kingman), laquelle est attendue au départ du Prix Marcel Boussac (Gr1). Le tandem Pilarski & Guillemin, déjà réuni avec la championne Genmoss (Gentlewave), poursuit donc son odyssée hippique. Toby Jones est un courtier bien connu sur le marché de l’obstacle, mais il a aussi découvert Heartbreak City (Lando), deuxième de la Melbourne Cup (Gr1). Membre du jury, il est par ailleurs coéleveur, avec ses parents, de l’anglo à 50 % Galaxy Dream (Darike), deuxième du Prix du Ministère de l’Agriculture 2019 (le Derby de la race). Autre membre du jury, Anthony Baudouin, à la tête du haras du Hoguenet, est copropriétaire de l’anglo Hardy Croixnoire (Maiguri), lauréat de quatre courses en 2020.

On revient toujours à ses amours de jeunesse. Si vous regardez les vieux stud-books pur-sang arabe et anglo-arabe – deux races réunies dans le même livre par le passé –, vous verrez souvent apparaître le nom des ancêtres… de Mathieu Daguzan Garros ! L’homme du haras des Granges, bien qu’ayant fait carrière avec les pur-sang anglais, a donc généalogiquement parlant une prédisposition à élever des anglos. Ce retour aux sources remonte à 2006, année de naissance de Thera (Rashbag). Dans ce croisement, Mathieu Daguzan Garros apportait la saillie et Jean-François Sutra la jument. Cette Thera n’a pas gagné, mais elle a donné trois lauréats au haras des Granges, dont Thirassia (Walk in the Park), gagnante du Grand Steeple Chase des 4ans Anglo-Arabes, de 10 longueurs, sous l’entraînement d’Hector de Lageneste. Son frère de 2ans, Santo Rini (Ragtime Pontadour), était sans conteste le meilleur mâle de ce Grand Show. Il a ensuite été sacré champion suprême face à la meilleure femelle, mettant en exergue le savoir-faire en termes de préparation de l’équipe du haras des Granges. Puissant, présenté dans un superbe état, c’est un poulain presque noir et très expressif. Les deux premiers sont issus de la bonne souche Laborde de La Bidassoa (Badr Bedur)… laquelle est l’aïeule de Genmoss.

MÂLES & HONGRES DE 25 % À 37,5 %

1er      SANTO RINI

(Ragtime Pontadour & Thera, par Rasbhag)

Présenté par Mathieu Daguzan-Garros

2e        MARIENBAD LANLORE

(Ragtime Pontadour & Mossanne, par Freeland)

Présenté par Anne Dafflon

3e        D'YEU DE POMPADOUR

(Gnome & Diane de Pompadour, par Fairplay du Pecos)

Présenté par l'Ifce

Encore un retour aux sources. Ragtime Pontadour (Gnome) ne saillira plus en France, lui qui a été acheté par les Haras nationaux sardes en 2018. Ses produits ont toujours brillé en concours de modèles et allures. Outre le meilleur mâle du concours, il a aussi donné la meilleure femelle à 37,5 % avec Black Magic Woman, une pouliche pleine de classe, très éveillée et typée anglo-arabe. Comme dans le cas de Santo Rini, il s’agit d’un retour aux sources pour son éleveur. Jean-Claude Vedreine s’est lancé il y a trois décennies avec l’achat de Cachni (Nikita III), laquelle était une fille de Cachita (Sumeyr), bonne jument de cross-country qui avait terminé sa carrière à la chasse à courre pour la famille Watrigant. Bien que cet achat ait alors été vivement critiqué, notre éleveur avait "fait à son idée", selon un trait de caractère bien cantalien. Et Cachni lui a donné cinq bons chevaux de course, dont l’étalon Donald Duck (Fastueux), invaincu en quatre sorties et lauréat du Ministère, ou encore sa sœur Daisy Duck (Fastueux), lauréate de l’Omnium. Après quinze années de pause – pour indisponibilité professionnelle et départ à la retraite de Denis Etchebest –, Jean-Claude Vedreine a refait saillir ses juments (qu’il avait conservées) il y a trois ans. Et pour son premier déplacement au Grand Show, sa belle pouliche s’impose…

FEMELLES DE 25 % À 37,5 %

1re      BLACK MAGIC WOMAN

(Ragtime Pontadour & La Sombra, par Roseau d’Or)

Présentée par Jean-Claude Vedreine

2e        ROSE DE GANE

(Shrek & Marie de Gane, par Regality)

Présentée par l’élevage de Gane

3e        FÉE D'ARGENT

(Vertigineux & Falbala du Pecos, par Khanjer Joli)

Présentée par le haras d’Ayguemorte pour Alain Labuzan

Pecos-Stéphane-Richard Simon, une association qui fonctionne. Issu de l’une des meilleures branches de la famille des "F", Feng Shui du Pecos (Fairplay du Pecos) est bien dans le type des bons "Davezac" alezans. Il a été élevé par Patrick Davezac et Sophie de Courval. La deuxième mère, Foly du Pecos (Khanjer Joli), est très connue en anglo-arabie. Neuf de ses dix produits ont gagné, ils ont tous pris de l’argent et quatre sur dix ont dépassé la barre des 100.000 € de gains. Feng Shui du Pecos devrait rejoindre l’effectif de Stéphane-Richard Simon, pour le compte de Florence et Henri Barbi, déjà associés sur Framboise du Pécos (Zamouncho), lauréate du Grand Prix des Anglo-Arabes (A) en 2016, à Saint-Cloud. Ils seront rejoints dans cette association par Nassim Toumi. Stéphane-Richard Simon et Carole Botton ont par ailleurs lancé une deuxième écurie de Groupe, avec Felicia du Pecos (Shrek) et Fétiche du Pécos (Carghese des Landes). Le projet porte sur l’année de compétition à 3ans de ces deux pouliches. Déjà cinq des 20 parts à 2.000 € (qui couvrent tous les frais) ont été vendues. Comme lors de la version précédente de ce syndicat, les actionnaires seront conviés aux courses, à l'entraînement, à l'élevage et aux événements organisés par l'écurie.

MÂLES & HONGRES 37,5 % & PLUS

1er      FENG SHUI DU PECOS

(Fairplay du Pecos & Fêlée, par Hasa)

Présenté par le haras du Pecos

2e        FEU D'OR

(Carghese des Landes & Maeva du Lac, par Laverock)

Présenté par Jean-Charles Escalé pour Jean-Paul Brachet

3e        FRIZBLUE

(Frisson du Pecos & Maliblue du Tounut, par Blue Boy)

La Muse de Patrick Mirabalon. En 2018, Patrick Mirablon a été sacré grâce à Petite Robe Noire (Last Train), laquelle avait remporté le titre chez les femelles de 25 % à 37,5 %. Il a depuis obtenu de bons résultats en piste, en tant qu’éleveur avec Airdelia (Regality) ou encore en tant que copropriétaire avec Perlissima du Lac (Regality). En 2020, sa Muse Aredienne (Hasawood de Bordes) lui a offert le titre chez les femelles à 37,5 % et plus, ainsi que celui de meilleure femelle du concours. Elles appartiennent à la fameuse famille de la baronne de La Bastide, celle de Perle de Pressac (Thalian)…

FEMELLES À 37,5 % & PLUS

1re      MUSE AREDIENNE

(Hasawood de Bordes & Jolie Music du Lac, par Dan Music)

Présentée par Jean-Charles Escalé pour Patrick Mirablon

2e        IANSKA

(Carghese des Landes & Vareska, par Zamouncho)

Présentée par Laure et Didier Giethlen

3e        BANJERADA

(Mister Ful & Banjer Girl, par Blue Boy)

100 % Masounave. Joël Masounave est notamment l’éleveur de l’étalon Therus (Racinger), lauréat du Prix du Ministère de l’Agriculture dès sa deuxième sortie. Ce dernier n’a pas encore eu de partants. Parmi ses premiers 2ans, on trouve Rumpelstinsking, lequel fait très cheval de course. Ce bon marcheur semble déjà assez mature. Il été élevé par Mathieu Masounave et sa précocité lui vient certainement de sa mère, Zuma Beach (Showcasing), une jument dotée d’un profil peu commun pour produire en croisement. Lauréate de son maiden au mois d’août de ses 2ans, elle est issue du vecteur de vitesse et précocité Showcasing (Oasis Dream). Zuma Beach est une fille de Bandanna (Bandmaster), troisième des Princess Margaret Stakes (Gr3, 2ans, 1.200m) puis mère de cinq sprinters dont Slope (Acclamation), troisième des Grangecon Stud Stakes (Gr3, 2ans, 1.200m).

MÂLES & HONGRES DE 12,5 % À 25 %

1er      RUMPELSTINSKING

(Therus & Zuma Beach, par Showcasing)

Présenté par Mathieu Masounave

2e        I LOVE BLUE

(Shrek & Apple Blue, par Dom Alco)

Présentée par Laure et Didier Giethlen

3e        HAWAÏ DE POMPADOUR

(Maresca Sorrento & Hestampe Japonaise, par Kadalko)

La seule anglo par Vision d'État. Ilusion de Lagarde (Vision d'État), belle pouliche avec du modèle, a remporté sa catégorie, mais elle n’est aussi pas passée loin du titre suprême chez les femelles. Elle fait partie de l’avant-dernière génération de Vision d'État (Chichicastenango), disparu en 2018. Mais cette élève de l’écurie Couderc est aussi son unique produit dans la race anglo-arabe. Sa mère, Reine Lauteix (Jebeland Pontadour), gagnante de cinq courses en plat, dont le Grand Prix des Pouliches, s’est aussi classée deuxième du Grand Prix des Anglos de Zanetta (Robin des Champs). Elle a notamment donné Farnese de Lagarde (Benevolo de Paban), bonne troisième du Prix Rivoli (steeple-chase) à Auteuil. Deuxième du Grand Prix des Pouliches à 3ans - le "Diane" de la race - derrière la championne Genmoss (Gentlewave), Farnese de Lagarde s'est imposée en plat à deux reprises et sur les haies, mais aussi sur le steeple de Pau.

La deuxième mère, Perle Claire du Lac (Air de Cour), a gagné quatre courses en plat et en haies, dont le Grand National des Anglos et l'Omnium des Anglos.

FEMELLES DE 12,5 % À 25 %

1re      ILUSION DE LAGARDE

(Vision d'État & Reine Lauteix, par Jebeland Pontadour)

Présentée par l’écurie Couderc

2e        VERTUEUSE

(Nombre Premier & Elle Triomphe, par Roseau d’Or)

Présentée par le haras de Beaulieu

3e        BAMBALA

(Shrek & Bamileke, par Feu Ardent)

Le Sud-Ouest en difficulté. Le grand Sud-Ouest – de l’Occitanie à l’Aquitaine – représente environ 650 naissances de pur-sang anglais par an, soit un peu plus de 10 % de la production nationale. Or cette année, dans le top 100 des chevaux de plat en France, on ne trouve que deux chevaux élevés (en nom propre) par des éleveurs du Sud-Ouest : Simply Striking (Kheleyf), par Patrick de Watrigant, et Livachope (Goken), par Alain Chopard. L’élevage local n’a pas bénéficié de la montée en puissance de l’entraînement régional, lequel connaît lui aussi des difficultés. En effet, dans le même temps, on sait qu’avant le Covid-19, notre pays enregistrait une baisse de 150 sujets de 2ans à l’entraînement… Une décroissance principalement concentrée dans le Sud-Ouest. À ces deux données préoccupantes vient s’ajouter l’incertitude quant à l’organisation de vente aux enchères au sud de la Loire en 2021. Le tissu local traditionnel des éleveurs, dont la production ne répond pas forcément aux critères pour passer en vente, et qui travaillait en direct avec des professionnels locaux, se trouve pile dans la catégorie la plus touchée par la crise. Dans ce contexte peu évident, ce sont les éleveurs de pur-sang arabes (avec l’Afac) et d’anglo-arabes (Fédération Anglo Course) qui sont les plus dynamiques. Deux associations dont le volontarisme est exemplaire, en matière de prospection, de création de vocations d’éleveurs, de propriétaires et même de syndicats.

Des projets en anglo-arabie. Paul Couderc, le président de la Fédération Anglo Course, nous a expliqué : « La qualité des chevaux et leur homogénéité ont encore progressé. Ce concours d’élevage permet de voir les meilleurs 2ans de la race. Une telle manifestation a aussi un rôle éducatif pour les éleveurs. Monsieur Pilarski est un véritable sporstman et nous apprécions à sa juste valeur le temps qu’il nous a accordé. Samedi, il s’est déplacé à Chantilly pour voir Genmoss (Gentlewave) gagner le Grand Prix des Anglo-Arabes, alors qu’il aurait pu passer la journée à Vincennes pour suivre l’avant-course de son champion Face Time Bourbon (Ready Cash). Nous le vivons comme un grand signe de reconnaissance. Il était présent au Grand Show, faisant preuve de beaucoup de disponibilité. Avec Didier Guillemin, il a choisi de jeunes anglo-arabes pour la saison à venir. »

Concernant les conséquences du Covid sur le programme des anglo-arabes, il poursuit : « Durant le confinement, aucune allocation n’a pu être distribuée. Les entraîneurs ont parfois hésité dans la préparation en vue de la reprise, par manque de visibilité. Certains chevaux ont été ralentis. Le cursus de chaque cheval a été modifié. Certaines courses ont rassemblé un surplus de partants, avec des chevaux intermédiaires se retrouvant face à aux bons en retard de gains. Ce différentiel a été rectifié depuis. »

Plusieurs anglo-arabes nés en France ont gagné en Italie cette année. À ce sujet, Paul Couderc conclut : « C’est la septième édition du Grand Show et elle était placée sous le signe de l’Italie. Nos amis italiens avaient fait le déplacement, notamment Luigi Carli, président de l’équivalent transalpin de la Fédération Anglo Course. Nous avons un projet de course internationale pour 3ans et plus (à 12,5 % et 25 % de sang arabe) à Pise, le 25 novembre. »

Les membres du Jury 2020

Isabelle Gallorini, Patrice Détré, François Rohaut, Christophe Ferland, Jean-Claude Daguet, Anthony Baudouin, Toby Jones et Jean-Pierre Deroubaix.

Les haras donateurs de saillies

Gemini Stud, haras d’Ayguemorte, haras de Beaulieu, haras de Cercy, haras de Gelos, haras de l’Abbaye, haras de la Haie Neuve, haras de la Hêtraie, haras de Lassos, haras de Vanx, haras des Faunes, haras des Fontaines, haras des Granges, haras de Rocs, haras du Hoguenet, haras du Lion, haras du Mazet, haras du Val des Merles et Hubert Harivel.

 

× Votre téléchargement est bien en cours. S’il ne se complète pas, cliquez ici.