Jean-Louis Bouchard, le philosophe

Courses / 03.10.2020

Jean-Louis Bouchard, le philosophe

Par Adeline Gombaud

L’Arc, Jean-Louis Bouchard connaît. Il y a goûté pour la première fois en 1994, avec deux partants, Sierra Madre et Celtic Arms. Vingt-six ans plus tard, l’homme, toujours passionné, attend, serein, la prestation de Gold Trip (Outstrip).

À deux jours du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, Jean-Louis Bouchard n’est pas inquiet. « Nous ne sommes pas favoris. Il n’y a pas de pression, et donc je vis cela de façon très confortable ! En prenant la troisième place du Juddmonte Grand Prix de Paris, Gold Trip a prouvé qu’il avait sa place au départ… J’ai déjà gagné des grandes courses alors que mes chevaux étaient à des cotes supérieures à 30/1 ! Je me souviens de Sierra Madre qui m’a offert mon premier Gr1, le Marcel Boussac à 37/1. »

De son passé de turfiste, Jean-Louis Bouchard a conservé ce goût de "faire le papier". Il analyse les chances de son poulain de façon très objective. « On parle beaucoup de deux chevaux qui ont fini devant Gold Trip dans le Grand Prix de Paris. Mogul, qui aurait pu aller en Australie, est finalement au départ, et en tant que représentant du grand entraîneur Aidan O’Brien, il faut lui voir une chance. On parle aussi beaucoup d’In Swoop, qui ne nous a devancés que d’une courte tête. Nous l’avons battu dans le Greffulhe. Peut-être que le poulain était alors moins prêt que le nôtre. Il a ensuite gagné le Derby allemand. Mais on a vu à ParisLongchamp que les valeurs des deux chevaux étaient très proches ! Ils sont d’ailleurs tous les deux en 52 de valeur. Nous ne partons pas battus ! »

Le terrain peut créer une surprise. Beaucoup d’entourages sont inquiets par rapport au terrain, qui sera lourd dimanche. Gold Trip a déjà couru dans des conditions extrêmes : à 2ans, il avait même pris part à la réunion du 15 novembre à Saint-Cloud, celle qui a été annulée au bout de deux courses. « Gold Trip a débuté en octobre à Deauville, sur un terrain mesuré à 5,3. Il est deuxième battu d’une tête. Fabrice Chappet savait que nous avions un bon poulain. Lors de sa sortie suivante, à Saint-Cloud, la piste a été mesurée à 6, et les courses ont été annulées juste après son épreuve. Il est cinquième, mais on parle vraiment d’un terrain extrême… Je sais que les terrains lourds changent la donne. Quand on part avec une chance d’outsider, c’est plutôt une bonne nouvelle ! Il peut y avoir des surprises. Rien ne dit que Gold Trip ne va pas se sortir d’une piste pénible. »

La seule vraie contre-performance – sur le papier – de Gold Trip a eu lieu dans le Prix du Jockey Club (Gr1). Mais quand on revoit la course, on comprend vite qu’il aurait fallu un extraterrestre pour faire l’arrivée après un tel parcours. Jean-Louis Bouchard commente : « Tout s’est mal passé dans le Jockey Club, mais j’ai quand même décidé de garder ma confiance en Stéphane Pasquier. Et cela s’est très bien passé dans le Grand Prix de Paris. Quand on est propriétaire, la seule chose que l’on peut décider, c’est quel jockey on met sur le cheval… »

Les entraîneurs influent sur leurs chevaux. Jean-Louis Bouchard est un propriétaire fidèle. Gérard Larrieu le conseille dans ses achats depuis 38 ans. Pascal Bary entraîne ses chevaux depuis la même durée, mais il a diversifié depuis quelques années l’éventail des entraîneurs avec lesquels il collabore. Stéphane Wattel, Jean-Claude Rouget, Freddy Head, Mario Baratti, Joséphine Soudan, et donc Fabrice Chappet, se sont ajoutés à la liste.  « J’ai découvert, au fil des ans, que le caractère de l’entraîneur déteint sur celui de ses chevaux ! Les entraîneurs avec lesquels je travaille sont très différents, et donc complémentaires. Fabrice Chappet est un homme audacieux, travailleur, qui a du talent et connaît parfaitement le programme, même à l’étranger. Il travaille dans un endroit de rêve, sur la piste des Lions, qui a l’énorme avantage de monter… J’ai vu les derniers travaux d’Enable à Newmarket, et j’ai été impressionné par la déclivité de la piste. Quand on fait du vélo ou de la course à pied, on sait que l’effort physique est bien plus important en montée ! Fabrice a un caractère bien trempé, mais il sait aussi accepter la défaite. Pour moi, il fait partie de cette nouvelle génération d’entraîneurs qui vont prendre la succession, d’ici quelques années, de leurs aînés. »

Jean-Louis Bouchard, lui, va aux courses depuis 66 ans, depuis que, gamin, il passait en vélo devant Longchamp pour se rendre au lycée Jean-Baptiste Say. Il est propriétaire depuis près de quarante ans, et a vu l’Arc de Triomphe évoluer. « Je me souviens que lorsque j’étais turfiste, je ne faisais pas forcément grand cas des cracks anglais, qui arrivaient souvent défraîchis au moment de l’Arc. Nijinsky avait été battu par Sassafras par exemple… Désormais, les entraîneurs britanniques bâtissent tout leur programme pour arriver au top au moment de l’Arc. C’est ce que John Gosden a fait pour Enable. L’Arc, c’est vraiment la meilleure course mondiale. Les Anglais ont cherché à l’éclipser avec la création de leur Champions Day par exemple. Mais ils n’ont pas réussi, et y envoient leurs champions. Oui, l’Arc, c’est vraiment le top-niveau international. »