Freddy Tett, le fun avant tout

Courses / 16.11.2020

Freddy Tett, le fun avant tout

Par Anne-Louise Échevin

Ses larmes ont touché beaucoup de gens après sa victoire dans le Prix de France, dimanche à Auteuil. Freddy Tett était ému et heureux. Mais l’Anglais est aussi bien connu en France pour être un bon vivant. Et il ne s’en cache pas : les courses, pour lui, c’est avant tout du fun !

Jour de Galop. – Vous aviez l’air très ému après votre victoire dans le Prix de France, dimanche. Pourquoi était-ce aussi important pour vous de gagner à Auteuil ?

Freddy Tett. – C’était spécial ! Cela faisait un bon moment que j’essayais de gagner une course à Auteuil et de finalement y arriver, et en plus pour monsieur Macaire… C’était vraiment un bon moment. J’avais été deuxième trois fois à Auteuil dans le passé, pour des entraîneurs différents. Je suis aussi tombé deux fois avec des chevaux qui avaient de bonnes chances, et les deux fois à la rivière des tribunes d’ailleurs ! J’ai eu la chance de monter un peu partout dans le monde puisque j’ai fait la Fegentri. Je suis allé beaucoup en Italie, j’ai été champion jockey dans les îles Jersey – c’était pas mal ! – et, selon moi, il me manquait une case à cocher : une victoire à Auteuil. C’est maintenant fait… Et je ne sais plus trop quoi faire maintenant (rires) !

Quand on regarde votre palmarès, on note beaucoup de victoires dans les cross-country : ils sont très différents en France par rapport à ceux d’Angleterre. Pourquoi pensez-vous avoir une telle réussite dans ce type de course ?

Ce sont mes courses préférées ! Ma première victoire en France a d’ailleurs eu lieu dans un cross-country au Lion-d’Angers. Je ne sais pas pourquoi j’ai de bons résultats dans les cross-country mais j’adore cela : il faut des chevaux qui sautent bien, cela me semble même plus naturel. J’ai du mal à l’expliquer mais c’est vraiment vous et votre cheval. J’ai eu beaucoup de chance avec les cross. En début d’année, j’ai gagné le Prix Guy Lefrant à Pau : c’était génial, inattendu, fantastique. J’ai aussi essayé le cross-country en Italie. J’en ai d’ailleurs gagné un cette année.

Comment vous êtes-vous passionné pour la France et Auteuil ?

C’était en 2012. J’ai un ami, Adam Jones, qui montait chez Guillaume Macaire et je lui ai demandé s’il pouvait me trouver un travail durant l’été. Il m’a dit "pas de problème". Il n’a pas pu me trouver une place chez Guillaume Macaire mais il m’en a trouvé une chez Arnaud Chaillé-Chaillé. Donc j’y suis allé et j’ai adoré. C’est à ce moment que je suis devenu ami avec Hugo Merienne. C’était en 2012, j’ai monté ma première course en France à Pompadour et après, je suis parti. Je suis allé travailler chez Tom George en Angleterre, pendant deux saisons. On m’a ensuite demandé si je voulais faire la Fegentri : c’est grâce à cela que je suis devenu ami avec Maxime Denuault et Gonzague Cottreau. Nous sommes désormais de très bons amis. Les courses pour amateurs en France sont très différentes de celles en Angleterre : vous avez un Club historique, le système marche très bien, vous avez de magnifiques courses. Et il y a les fêtes, les dîners, les week-ends à Deauville… C’est facile pour moi de sauter dans ma voiture et venir en France : vous savez que vous allez passer un bon moment, peu importe que vous gagniez ou non. En Angleterre, les amateurs doivent travailler à plein temps dans une écurie de course… J’aime les courses parce que c’est ma passion. Pas parce que je veux en faire mon travail.

Quel est donc votre travail ?

Ça, c’est une bonne question (rires) ! Je travaille avec mon père. Mais j’ai pas mal de temps libre ! Je ne monte pas tous les matins. J’y vais parfois, juste pour le fun. Je n’aime pas travailler trop dur (rires) !

Comment êtes-vous venu à travailler avec Guillaume Macaire ?

Je suis ami avec Barbara Guenet, donc je connaissais un peu Guillaume Macaire. J’avais monté pour lui à Bordeaux il y a quelques années, en remplacement d’un autre amateur. Nous nous sommes croisés à Merano en 2019, lors du grand meeting de courses, et j’avais gagné la course d’amateurs sur les haies. Nous profitions du moment après les courses et il est venu me voir et m’a dit : "Bravo, c’était une belle monte !" Donc je lui ai dit : "Merci beaucoup… mais il est temps que vous me fassiez monter maintenant alors !" Et il m’a donné des montes cette année : d’abord à Pompadour, où je n’ai pas gagné, puis à Clairefontaine, où je me suis imposé. C’est quelqu’un de très intelligent : même si ses chevaux sont des premières chances, il va toujours leur trouver le jockey qui leur convient le mieux.

Et quel type de cheval vous correspond le mieux alors ?

Ceux un peu fainéants je crois (rires) ! Il dit que comme je suis anglais, on appuie plus sur la pédale…

Pourquoi préférez-vous les courses d’amateurs en France à celles en Angleterre ?

Il existe une différence principale qui fait que je préfère monter en France : en Angleterre, la seule raison pour laquelle des gens alignent des chevaux dans des courses d’amateurs est qu’ils ont une personne dans leur écurie qui travaille pour eux et ils veulent qu’elle reste. Et, quand on parle des courses d’amateurs à Cheltenham, on fait appel aux amateurs irlandais. Être amateur, en Irlande, est finalement un travail, c’est beaucoup d’argent : ce n’est pas officiel, mais cela l’est ! On le voit avec les point to point. Le monde des amateurs en Angleterre est assez fermé.

De plus, en France, quand je monte dans les courses d’amateurs, je monte des courses avec des allocations décentes : quand j’ai bien monté, je descends de cheval avec le sentiment d’avoir fait du bon travail pour le propriétaire et l’entraîneur. En Angleterre, il n’y a pas d’argent ! Vous achetez des chevaux pour minimum 50.000 € ou 60.000 € ou livres… Et vous courez des courses d’amateur pour gagner 1.500 £ ? Mais quel est le but ? Je ne vois pas l’intérêt de monter pour que moi seul prenne du plaisir à courir… Ceci dit, j’ai la chance de pouvoir monter aussi pour des Anglais en France : par exemple, pour Richard Hobson qui a une antenne en France. Je crois que les Britanniques commencent à comprendre que cela vaut le coup de tenter sa chance en France et que c’est un endroit où il fait bon vivre.

Dans quelle mesure les courses d’amateurs ont-elles été impactées par les restrictions autour du Covid cette année ?

Par exemple, je monte beaucoup à Jersey mais, en raison du Covid-19 et des courses à huis-clos, toutes les courses de l’année ont été annulées. Cela me permet de passer plus de temps en France… Après, les courses pour amateurs ont été transformées avec la pandémie : elles sont désormais ouvertes aux amateurs et aux jeunes jockeys. Quelles sont les chances que l’on fasse appel à un amateur quand on a le droit de faire appel à un jeune jockey ? C’est impossible !

Vous n’avez donc pas prévu de monter en Angleterre, alors que la saison d’obstacle est repartie ?

Dans l’immédiat, avec le Covid, je suis coincé en France pour le moment. J’ai des chevaux à l’entraînement en France, deux chez Pierre Fertillet et un chez Hugo Merienne. Donc j’aime bien venir les monter. Et comme un a couru à Strasbourg la semaine dernière, je suis venu en France et je ne pouvais pas vraiment rentrer avec la quarantaine en place en Angleterre. Donc j’ai loué un appartement pour trois semaines et je suis toujours là. Mais j’aime la France, j’y ai beaucoup d’amis ! Et votre nourriture est excellente : c’est important !