Guy <span class="highlightSearchResult">Pariente</span> : 2020, l’année de toutes les réussites

Élevage / 20.11.2020

Guy Pariente : 2020, l’année de toutes les réussites

Guy Pariente : 2020, l'année de toutes les réussites

Élevage, étalonnage et propriétariat… tout réussit à l'homme du haras de Colleville en 2020. Retour sur la grande année de Guy Pariente.

Par Adrien Cugnasse

Sa passion est née à dos de cheval pendant ses jeunes années. Plus tard, Guy Pariente est arrivé au galop, avec une réussite rapide en tant que propriétaire. Mais en 2013 - alors que les premiers Kendargent (Kendor) étaient âgés de 4ans - il annonçait déjà la couleur dans les colonnes du journal Week-End : « Je veux réussir dans les courses. Dans la colonne propriétaires, j'y suis parvenu. Maintenant, je veux m'imposer en tant qu'éleveur. » Pari réussi ! Il est actuellement tête de liste des éleveurs en France, avec 272.223 € de primes, contre 217.433 € pour la deuxième, Wertheimer & Frère. Il ne reste que quelques semaines à courir et l'homme du haras de Colleville galope donc sans trembler vers un premier titre. On le sait, les courses c'est (aussi) une question de nombre et pour parvenir à la première position, Guy Pariente a pu compter sur soixante-huit chevaux en plat lors de la saison française 2020. C'est un effectif de taille, certes, mais il reste moins important que celui de ses trois poursuivants… Récemment, il nous a confié : « L'élevage, c'est passionnant. C'est aussi une activité où l'on prend des coups. Mais quand ça marche, on a tellement de satisfaction. Les émotions sont très fortes. Quand votre cheval devient black type, ses collatéraux, son père, le haras… tout est valorisé. »

Kendargent… mais pas que. En 2020, Guy Pariente a sorti trois gagnants de Groupe. Sealiway (Galiway) s'est imposé dans le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1). Skalleti (Kendargent), double lauréat de Groupe cette saison s'est classé deuxième des Qipco Champion Stakes (Gr1). Batwan (Kendargent) a gagné le Prix de Saint-Georges (Gr3). Au total, douze sont black types en France, et c'est sans compter sur Shonan Ariana (Frankel) au Japon et Morando (Kendargent) en Angleterre. Cette semaine, l'éleveur nous a expliqué : « En 2020, notre réussite c'est celle des gens qui nous achètent des chevaux aux ventes. Colleville élève, présente et vend des bons. La base de la réussite du haras, c'est aussi celle de Kendargent (Kendor) : il nous a tant apporté ! Une de ses nombreuses qualités, c'est de bien croiser avec des juments issues de lignées très différentes. » Pour mesurer l'importance de Kendargent dans cette réussite, nous avons pris la liste des quinze meilleurs élèves de Colleville en France pour la saison 2020, ainsi que sept autres chevaux issus de ce haras qui sont montés sur le podium d'un Gr1 en plat par le passé. Dans cet échantillon de vingt-deux chevaux, quinze ont Kendargent dans leur papier. Parmi ceux qui en sont exempts, il faut citer Pagera (Gentlewave), deuxième des E.P. Taylor Stakes (Gr1), Style Vendôme (Anabaa), gagnant de la Poule d'Essai des Poulains (Gr1) et son frère Prestige Vendôme (Orpen), deuxième de la Poule.

Double tête de liste des pères de mères. Guy Pariente poursuit : « L'autre point important, c'est la réussite de ses filles au haras. Comme son père avant lui, Kendargent va tracer dans les pedigrees. Ses filles vont prendre de la valeur… » Parmi les étalons européens actifs, c'est le père de mère qui a le ratio de gains par partants le plus élevé en 2020 (selon les données disponibles vendredi matin). Mais il est aussi tête de liste des pères de mère selon le taux de black types par partants (25,81 %). Les poulinières les plus âgées issues de sa production ont 11ans en 2020, mais seulement quatre de cet âge sont actives en France. À travers le monde, il n'a eu que trente et un partants en tant que père de mère. Déjà huit black types avec des pères totalement différents : Sealiway (Galiway), gagnant du Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1), Pourville (Le Havre), lauréat du Hochi Hai Revue (Gr2), préparatoire classique au Japon, Brad the Brief (Dutch Art), gagnant du Prix de Seine-et-Oise (Gr3), Diamond Vendome (Style Vendome), lauréat du Grand Prix de Vichy (Gr3), Kenway (Galiway), lauréat du Prix La Rochette (Gr3), Restiany (Frankel), gagnant du Prix de Saint Patrick (L), Styledargent (Style Vendôme), lauréat du Grand Prix de Lyon (L), Super Hope (Kizuna), troisième du Daily Hai Nisai Stakes (Gr2), Samuna (Samum), deuxième du Grand Critérium de Bordeaux HK Jockey Club (L).

La vitesse et la précocité. Dans notre petit échantillon de vingt-deux chevaux élevés par Guy Pariente, dix-sept ont réalisé cette performance sur 1.600m ou moins. Et dix-huit ont couru à 2ans ! À ce sujet, Guy Pariente nous a dit : « J'ai toujours été attiré par les courses de vitesse. C'est une montée d'adrénaline fantastique. J'ai arrêté l'obstacle car c'est trop long et il y a aussi l'appréhension de l'accident. » Si on regarde du côté du classement des pères de 2ans en France, on remarque que les sires de Colleville occupent trois des quatre premières places ! Goken (Kendargent) fait la course en tête devant Siyouni (Pivotal), Galiway (Galileo) et Kendargent. Leader du classement des first crop sires en Europe, Mehmas (Acclamation) a "cassé" le record du nombre de gagnants. Mais Goken - avec trois fois moins de partants - est deuxième. Il le devance même selon le pourcentage de chevaux de Groupe. À son sujet, Guy Pariente explique : « Goken réalise des débuts exceptionnels au haras. Mais comme son père, je pense qu'il va aussi être capable de donner des chevaux de 1.600m/2.000m. Ce qui est d'autant plus remarquable, c'est que la réussite avec sa première production a été obtenue à partir de juments de qualité très modeste. » Il poursuit : « La France des courses doit avoir de l'ambition. Mais pour y parvenir, il faut que nous réussissions à travailler ensemble. » Ou encore : « Un sujet parmi tant d'autres : dans les différents classements européens des étalons, les primes françaises aux propriétaires ne sont pas prises en compte. Or de fait, elles font partie de l'allocation. En faisant cela, nous dévalorisons nos chevaux et nos étalons. C'est un mauvais choix. »

Soutenir et vendre. Tout le monde connaît l'histoire des débuts de Kendargent, porté à bout de bras par Guy Pariente qui avait pris le risque (payant) de lui confier beaucoup de ses juments. Mais la réussite de l'éleveur-propriétaire est d'autant plus méritoire qu'il est propriétaire en totalité ou en association de seize des vingt-deux chevaux de notre échantillon, même si les cinq meilleurs de ses élèves en 2020 sont tous passés en vente publique. Le fait de faire courir autant, c'est bien sûr une autre prise de risque. Mais c'est aussi le moyen de s'assurer de la bonne valorisation des produits de l'élevage. Cela étant dit, notre homme est tout sauf un propriétaire passif. Il consacre énormément de temps à son écurie et au programme de course de ses représentants. Récemment, il nous a confié : « Avec les entraîneurs, c'est une question de feeling. Ils m'apportent leur expérience et des informations. Mais en tant que propriétaire, c'est à moi de donner le feu vert pour les engagements. »

Sortir des sentiers battus. On a parfois l'impression que Guy Pariente ne fait rien comme les autres. Et cela passe aussi par le fait qu'il n'hésite pas à confier des chevaux à des entraîneurs qui sortent du schéma classique. C'est le cas par exemple de Cédric Boutin, lequel nous a expliqué : « Il croit vraiment en son projet. Et cette confiance en lui permet de rester fidèle à ses idées, sans avoir à copier ce que font les autres. Par ailleurs, il se donne les moyens de réussir. Son haras est sorti de terre à partir de zéro. Un jour ou l'autre, un peu tout le monde voit la chance passer devant soi, mais la question est de savoir la saisir. Et c'est ce qu'il a fait. Je pense par exemple à ses étalons. Bien sûr, il y a une part de chance dans le fait que ces derniers se révèlent améliorateurs : statistiquement, on sait que beaucoup échouent. Mais on voit bien qu'il a consacré de l'énergie et des moyens pour les faire réussir. Notamment en ce qui concerne la valorisation de leurs produits. Il suit cela de très près et très assidûment. Guy Pariente attend de ses entraîneurs qu'ils ne se trompent pas dans leurs engagements. En particulier lors des débuts. Pour lui, les chevaux sont là pour courir et il est exigeant. Ce qu'il fait, il le fait à fond. En entrepreneur. Tout est rationnel. Et notamment dans ses achats de juments qui sont dans une fourchette raisonnable. »

Comment tout a commencé. Avec Guillaume Vitse, Hervé Bunel fait partie des personnes qui ont compté dans le parcours de Guy Pariente. Il travaillait alors pour l'agence FIPS et il se souvient : « Dans un premier temps, je lui ai acheté des chevaux de course, comme Lina Drop (Trempolino), lauréate du Prix Alain du Breil (Gr1). Dans un deuxième temps, il m'a demandé de lui trouver des juments, au moment où il construisait son haras avec l'aide de Guillaume Vitse, lequel a depuis fondé sa propre structure. Cette terre d'élevage n'avait accueilli que des bovins auparavant et les résultats sont au rendez-vous. Guy Pariente s'est donné les moyens, en termes d'effectifs et de personnel de réussir. Tout en restant raisonnable dans ses prix d'achat. J'ai acheté beaucoup de filles de Montjeu (Sadler's Wells) qui a bien fonctionné avec Kendargent. Pour ce dernier, j'avais signé le bon à 45.000 €. Je me souviens avoir été très impressionné par le poulain au haras des Granges. Et il avait aussi beaucoup plu à Guy Pariente et il l'a donc acheté. Il a toujours été très attiré par les chevaux ayant de la vitesse. »

Ses juments clés. Dans notre échantillon de vingt-deux chevaux évoqués précédemment, il est intéressant de remonter à la jument de base lors de son arrivée dans l'élevage Pariente. Au sein de cette liste, huit juments apparaissent avec deux chevaux (ou plus) et aujourd'hui un peu moins de la moitié de ces bons sujets sont issus de mères black types.

Damdam Freeze (Indian Rocket) fut acquise 26.000 € sur le ring d'Arqana en tant que yearling. Il y avait vitesse et précocité dans son pedigree de par son père, mais aussi avec sa mère, cette dernière ayant déjà donné Grand Reporter (Critérium du Béquet, Listed) et

Damdam (deuxième du Prix Zeddaan, Listed). Damdam Freeze a elle-même couru huit fois à 2ans. Dans sa descendance, on trouve Kendam (Prix Eclipse, Gr3), Kenway (Prix La Rochette, Gr3), Kenfreeze (Prix Roland de Chambure, Listed).

Issue du même vecteur de vitesse - Indian Rocket (Indian Ridge) - Gooseley Chope fut acquise 34.000 € chez Osarus. Elle a couru douze fois à 2ans. On lui doit Goken (Prix du Bois, Gr3, troisième des King's Stand Stakes, Gr1), mais aussi Hurricane Cloud (Frankel), deuxième du Prix de Guiche (Gr3).

Matwan - encore une Indian Rocket - fut acquise 26.499 € à réclamer. Elle a couru quatorze fois à 2ans, âge auquel elle est devenue black type. La jument a donné quatre black types avec Batwan (Prix de Saint-Georges, Gr3), Wanaway (Prix Ronde de Nuit, Listed), Revedargent (placée du Prix Contessina, Listed) et Matorio (placé du Prix du Muguet, Gr2).

Place Vendôme (Dr Fong), triple lauréate à 2ans, est montée sur le podium du Prix Ronde de Nuit et du Prix Sigy (Ls). Avec Prestige Vendome et Style Vendome, deux de ses produits sont montés sur le podium de la Poule d'Essai des Poulains.

Restia (Kendargent), acquise 10.000 € sur le ring d'Arqana, a produit Restiadargent (Critérium de Maisons-Laffitte, Gr2 & Prix d'Arenberg, Gr3) et Restiana (Prix de Suresnes, L). Son petit-fils Restiany (Frankel) a gagné le Prix de Saint Patrick (L).

Skallet (Muhaymin), un achat à réclamer, a gagné cinq courses à 2ans. Ses trois partants sont black types : Skalleti (cinq victoires de Groupe), Skazino (Grand Prix de Marseille, L) et Skalleto (troisième du Prix du Ranelagh, L).

Achetée chez Arqana, Xaarienne (Xaar) a gagné deux courses à 2ans. Elle est montée sur le podium du Critérium du Languedoc et du Critérium de l'Ouest (L). On lui doit Mont Kiara (Kendargent), troisième du Prix Cabourg (Gr3) et Xaarino (Kendargent), gagnant du Prix François Boutin (L).