La semaine américaine : quand PC devient PiCi

Courses / 03.11.2020

La semaine américaine : quand PC devient PiCi

Par Adeline Gombaud

C’est un signe qui ne trompe pas. Pierre-Charles Boudot a trois montes lors du week-end de la Breeders’ Cup – sa quatrième partenaire, Snowfall, est réserviste –, et ce sont des entraîneurs anglais ou irlandais qui ont fait appel à ses services. "Notre" PC est devenu un jockey international, à l’image d’un Frankie Dettori. En direct de Keeneland, il nous raconte ce nouveau statut… Avec Hervé Naggar, depuis Chantilly, en superviseur !

Jour de Galop. – Vous retrouvez Mogul dans le Breeders’ Cup Turf, avec lequel vous avez remporté le Juddmonte Grand Prix de Paris. Encore une association avec un représentant d’Aidan O’Brien. Comment votre collaboration s’est-elle intensifiée cette année ?

Pierre-Charles Boudot. – J’ai commencé à monter pour Aidan O’Brien dans le Qatar Prix Royallieu l’an dernier, puis il a fait appel à moi pour aller en Australie monter le Golden Eagle, en novembre. Cette année, quand les jockeys étrangers n’étaient pas encore autorisés à se déplacer comme c’est le cas aujourd’hui, Coolmore m’a appelé pour le Diane, que j’ai remporté pour Donnacha avec Fancy Blue. Puis Aidan O’Brien m’a confié Mogul dans le Grand Prix de Paris… Comme il a aussi Magical dans le Breeders’ Cup Turf et que Ryan Moore avait choisi la jument, je pensais que j’aurais une bonne chance de retrouver le poulain à Keeneland… Enfin il y a eu Van Gogh dans le Critérium International, avec qui cela s’est encore bien passé.

Pensez-vous que le tracé particulier de Keeneland va convenir à un poulain comme Mogul ?

C’est un poulain maniable, qui a de la vitesse, et qui peut s’adapter à beaucoup de configurations de piste… Le seul doute que j’aurai, c’est dans le cas où la piste viendrait à être vraiment profonde. Je n’ai pas encore pu la marcher, restrictions sanitaires obligent, mais Frédéric Rossi m’a dit que c’était très souple. Il fait beau, mais les températures sont négatives la nuit, et il y a donc beaucoup d’humidité. Le tracé de l’hippodrome n’est pas si compliqué : j’avais monté Ésotérique dans le Breeders’ Cup Mile ici, et donc ce n’est pas une découverte pour moi. Cela tourne plus qu’en Europe, évidemment, mais Mogul devrait s’en sortir.

One Master, qui vous a offert trois Prix de la Forêt, sera au départ du Mile…

Notre numéro à la corde n’est pas super favorable mais en revanche, si la piste s’alourdit, elle va adorer. Je suis certain qu’elle peut faire le mile sur un parcours avec tournant. Elle est en super forme, elle donne toujours le meilleur d’elle-même. Pour moi, elle a une vraie chance.

Et enfin, vous allez découvrir Audarya, remarquable dans l’Opéra.

Elle a surpris beaucoup de monde quand elle a gagné le Romanet à Deauville et elle a confirmé le jour de l’Arc que c’était une vraie jument de Gr1. Elle a le droit d’être au départ d’une course comme le Filly & Mare Turf.

Vous en êtes à dix Grs1 cette année, soit un de plus que Frankie Dettori. Pensiez-vous en début d’année être si bien armé que cela pour les grandes courses ?

Je savais que je pouvais compter notamment sur Persian King, The Revenant et One Master, mais en début d’année, il n’y avait pas de supers 3ans pour rêver. Mais on sait qu’à cet âge-là, tout peut changer très vite ! J’ai été sollicité par Coolmore quand ils avaient besoin de jockeys en France en raison du Covid. Nous avons eu des opportunités et nous avons su les saisir. Et chez les chevaux d’âge, les trois que je vous ai cités – notamment – ont répondu présent !

Plus généralement, vos montes vendredi et samedi témoignent que vous avez acquis une nouvelle dimension, plus internationale, cette année…

Hervé Naggar. – Je vais répondre pour PC : c’est le week-end de l’Arc l’an dernier qui a tout changé [PC avait gagné six courses, dont deux Grs1, l’Arc et la Forêt, ndlr]. Je l’ai vu dans mon travail : il est devenu l’un des premiers choix pour les entraîneurs étrangers quand ils venaient courir en France. Il y a eu une vraie reconnaissance de son talent…

Deux mille vingt, ce sera aussi l’année d’une nouvelle Cravache d’or. Était-ce un objectif ?

Pierre-Charles Boudot. – Je dirais que la Cravache d’or est la récompense d’une belle année. Elle ne doit pas être un objectif. Je suis évidemment très content de la récupérer après trois années sur la deuxième marche. Mais ce que je veux, maintenant, c’est monter les grandes courses internationales avec une chance. C’est ce que je vis en ce moment ! C’est de cette façon que je vois ma carrière. Courir partout en quête d’un nombre de succès ou d’un record, c’est énormément de fatigue… Pour un plaisir incomparable à celui que l’on prend en montant un Arc, une Breeders’ Cup, un Gr1 à Ascot…

Envisagez-vous de monter à Hongkong les courses internationales de fin d’année ?

Hervé Naggar. – Nous gardons un œil sur les montes potentielles… mais aussi sur les règles sanitaires. Pour le moment, une quarantaine de 14 jours, isolé dans un appartement, est requise après un déplacement à Hongkong. Cela serait un sacrifice énorme pour Pierre-Charles, et assez peu compatible avec le fait de rester en forme.

On a pourtant l’impression que Pierre-Charles a désormais trouvé le "mode d’emploi" de son corps, pour rester dans une forme optimale ?

Pierre-Charles Boudot. – Au fil des années, on apprend à mieux se connaître. Je sais que monter quotidiennement est quasi-indispensable pour que je reste à mon poids de forme. Je fais aussi pas mal de sport. J’ai besoin de rester concentré, sous pression, pour être à ma forme optimale. Mais ces efforts, ils sont évidemment plus faciles à faire quand vous montez de bons chevaux l’après-midi, que vous gagnez de belles courses… C’est un cercle vertueux.

Quelle est pour vous votre plus belle victoire de l’année ?

Persian King dans le Moulin de Longchamp ! Persian King est sans doute l’un des meilleurs, sinon le meilleur cheval que j’aie monté jusqu’à présent. Déjà à 2ans, il avait réalisé des choses remarquables. Il a gagné son classique à 3ans et il est revenu au top à 4ans. Il a réalisé une performance incroyable dans le Moulin de Longchamp. Le cheval était au top. C’est un cheval magnifique, avec un très bon tempérament, une force de la nature… Oui, vraiment, c’est un cheval qui marque.

Sa troisième place dans l’Arc, était-ce une déception ?

Dans un sens oui, car j’ai longtemps cru à la victoire. Mais à froid, j’ai réalisé qu’il avait fourni une performance de premier plan. Il a levé les doutes concernant sa tenue. Le cheval avait vraiment été amené au top pour la course. J’ai pu aller devant. C’est un cheval qui a une grande vitesse de base, et il ne faut surtout pas aller contre lui. Mais quand on le laisse dans son action, il se met dans sa bulle et se pose sur la main. Il a vraiment été parfait de ce point de vue dans l’Arc.

Equidia vous a consacré un grand reportage, réalisé par Fabien Duflos, habitué aux documentaires sur les grands sportifs via l’émission Intérieur Sport. Quand nous l’avions interrogé, il nous avait confié avoir été assez impressionné par votre quotidien…

Je voudrais déjà saluer son travail, Fabien a vraiment bossé comme un fou pour ce reportage ! Et en effet, il m’a dit qu’il n’imaginait pas une telle intensité dans les efforts que nous livrons. Je pense que ce genre de reportages, multidiffusés sur des chaînes plus grand public qu’Equidia, est nécessaire pour faire comprendre au plus grand nombre notre vie, notre amour pour le cheval, notre goût pour la compétition. Il faut s’ouvrir au grand public et j’étais ravi d’apporter en ce sens ma contribution.