Le Magazine : des Breeders’ Cups à l’accent français

International / 10.11.2020

Le Magazine : des Breeders’ Cups à l’accent français

Si les chevaux entraînés dans notre pays, Go Athletico (Goken) et le malchanceux Sealiway ** (Galiway), n’ont pu monter sur le podium, la France des courses a pourtant bel et bien brillé durant les deux jours de Breeders’ Cup.

Par Emmanuel Rivron

Les jockeys français s’exportent bien. Et ce week-end américain en a encore été la preuve ! Comme souvent, la future Cravache d’or, Pierre-Charles Boudot, a été excellent durant ces deux réunions de prestige. Il a en effet remporté le Breeders’ Cup Filly and Mare Turf (Gr1) en selle sur Audarya (Wooton Bassett), ainsi que le Breeders’ Cup Mile avec Order of Australia (Australia). "Pici" Boudot a su faire preuve de maestria et d’une vraie dose de confiance pour prendre les bonnes décisions à des moments décisifs durant le parcours. Ainsi, il a pris l’option de la corde dans la ligne d’en face avec Audarya. Avec le réserviste Order of Australia, il avait en revanche choisi un départ ultra-rapide afin d’effacer son numéro de stalle tout à l’extérieur. Un coup de deux ne suffisant pas à "l’école française" de l’équitation de course, l’expatrié Florent Géroux a également fait le doublé en emmenant au succès la revenante Monomoy Girl (Tapizar) dans le Breeders’ Cup Distaff (Gr1) ainsi que l’invaincue Aunt Pearl (Lope de Vega) dans le Juvenile Fillies Turf (Gr1). Aunt Pearl a été notamment très impressionnante dans sa façon de faire. Très vite sortie des stalles de départ, cette pouliche de 2ans n’a pas fait dans la dentelle en imprimant un rythme très sélectif pour l’emporter très facilement, écœurant notamment la lauréate du Darley Prix Morny (Gr1), Campanelle (Kodiac).

Les éleveurs et étalons français à l’honneur. L’élevage tricolore n’a pas été en reste. Associée à Pierre-Charles Boudot, Audarya (Wootton Bassett) puise ses origines en France puisqu’élevée par François Doumen et son épouse, lesquels cultivent la souche depuis des décennies. La mère de cette double lauréate de Gr1, Green Bananas (Green Tune), avait été vendue 2.000  € en Tunisie… mais elle est revenue en France pour repasser sur le ring d’Arqana en décembre prochain ! Audarya est une fille de Wootton Bassett (Iffraaj) qui officie désormais à Coolmore après avoir débuté au haras d’Étreham. Avec une victoire de Breeders’ Cup, il étoffe encore son remarquable C.V. de reproducteur. Son année 2020 est exceptionnelle. Jugez plutôt : il a donné un autre gagnant de Gr1 cet automne avec Wooded, lauréat de l’Abbaye. Son taux de black types par partant (11,6 %) est stratosphérique pour un sire officiant (alors) à 4.000 € !

Audarya avait elle-même été vendue 125.000 € en octobre 2017 chez Arqana. Elle y était présentée par le haras des Capucines.

Le haras de Grandcamp a aussi eu l’occasion de sabrer le champagne au cours de ce week-end, à l’occasion du Breeders’ Cup Turf Sprint (Gr1) remporté par Glass Slipper (Dream Ahead). Cet étalon enregistre ainsi une troisième victoire de Gr1 pour la saison 2020 !

Lucien Urano sur tous les fronts. Il aura vraiment marqué l’histoire du sport hippique en France. Mais pas que. Et ses succès vont bien au-delà de sa réussite au trot. Chacun sait que Lucien Urano a été à l’origine du leader actuel en France, l’écurie des Monceaux, un haras où Sistercharlie (Myboycharlie), lauréate de Breeders’ Cup Filly and Mare Turf (Gr1), a vu le jour. Mais l’entité pilotée par Henri Bozo a également produit (pour le compte de S.F. Bloodstock) Lope y Fernandez (Lope de Vega), troisième du Breeders’ Cup Mile remporté par Order of Australia (Australia).

En outre, Lucien Urano peut aussi se prévaloir (avec son écurie des Charmes) de la paternité d’Aunt Pearl (Lope de Vega), en association Ballylinch Stud (où elle a été élevée). Représenté par Ghislain Bozo au Kentucky, il a assisté à distance à l’impressionnante victoire de son élève dans le Breeders’ Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1). Elle est issue d’une souche allemande – celle de Monsun (Königsstuhl) – mais qui est établie en France de longue date, comme en témoigne la réussite de Molly Malone (Lomitas), Morgan le Faye (Shamardal) et de Brametot (Rajsaman).

Lope y Fernandez s’était placé des Prix Jean Prat et Maurice de Gheest à Deauville cet été, mais d’autres compétiteurs ayant brillé en France cette saison ont encore fait mieux.

La force des lignes françaises. Lauréates sur notre sol ces derniers mois, Tarnawa (Shamardal) et Audarya se sont illustrées ce week-end, mettant en avant les lignes des courses françaises. Tarnawa, invaincue en deux sorties sur notre sol cet automne, a fait sien le Breeders’ Cup Turf, confirmant ainsi le savoir-faire des européens lorsqu’il s’agit de rendez-vous sur gazon. Élevée en Irlande par Son Altesse l'Aga Khan, elle avait remporté les Prix Vermeille et de l’Opéra (Grs1) ces dernières semaines à ParisLongchamp. Elle a prouvé ces derniers mois que les 2.400m ne lui posaient pas de problème. La laisser à l’entraînement pour qu’elle dispute l’Arc 2021 reste une option ouverte et des plus intéressantes sportivement. De son côté, avant d’inscrire à son palmarès le Breeders’ Cup Filly and Mare Turf ce samedi, Audarya avait remporté le Prix Jean Romanet (Gr1) cet été, sous la selle de Ioritz Mendizabal, avant de finir troisième de l’Opéra justement remporté par Tarnawa ! Enfin on remarquera que Glass Slippers venait de se classer deuxième du Prix de l'Abbaye de Longchamp Longines de Wooded… Un Gr1 que cette anglaise avait remporté en 2019 après avoir gagné le Qatar Prix du Petit Couvert (Gr3) !