Marie Velon, la tête et les jambes

Courses / 22.11.2020

Marie Velon, la tête et les jambes

Victorieuse de son premier Quinté mardi à Saint-Cloud, Marie Velon a profité d’une réunion à domicile, jeudi à Lyon, pour battre le record de victoires en une saison pour une femme jockey. Alors qu’elle parcourait les 250 km qui la séparaient de Nîmes où des montes l’attendaient dimanche après-midi, Marie Velon est revenue sur son parcours et ses aspirations.

Par Emmanuel Rivron

Jour de Galop. – Quel a été le parcours qui vous a amenée à battre le record de victoires en une saison pour une femme jockey ?

Marie Velon. – Mon oncle, Éric Antoinat, était jockey sur Lyon. Depuis toute jeune, j’avais envie de faire comme lui. J’ai commencé en centre équestre mais je ne trouvais plus assez de sensations. Il m’a donc emmenée avec lui à l’entraînement de chevaux de course. De là, j’ai accroché de suite et je n’avais plus que ce métier en tête.

Quand une jeune collégienne dit à ses parents non issus du sérail qu’elle veut devenir jockey, comment réagissent-ils ?

Cela n’a pas été facile (rires). J’avais eu assez facilement mon brevet des collèges et mes parents me disaient donc : « Continue tes études. Ce n’est pas un métier de filles. » Même mon oncle jockey essayait de m’en dissuader. Mais, comme je n’avais vraiment rien d’autre en tête à 15 ans, ils n’ont pas pu faire autrement que de me suivre. Maintenant, ce sont mes premiers fans. En période normale, ma mère m’accompagne tout le temps sur les hippodromes, alors que mon père suit ça à la télé. Avec ma grande sœur, ils sont à 100 % derrière moi. Malgré leurs réticences au départ, ils ont fait des sacrifices. Mon père, gérant d’entreprise dans la métallurgie, m’emmenait d’ailleurs tous les samedis matin pendant trois ans pour que je monte des lots à Chazey-sur-Ain, chez Bernard Goudot. Il restait les trois heures durant à faire des papiers administratifs dans le camion.

Une fois le brevet des collèges obtenu, vous avez bifurqué à l’Afasec…

Exactement. J’avais Alain de Royer Dupré comme maître d’apprentissage. J’étais allée à sa rencontre lors d’un meeting à Vichy et je lui avais donné mon C.V. Il m’avait alors prise comme apprentie. C’était une excellente école. J’ai appris toute la technique là-bas. J’y ai monté pas mal de courses-école. Mais à la fin de mon apprentissage, j’ai décidé de mettre le cap sur la province. Je trouvais le contexte provincial idéal pour me former. Avant que je rejoigne l’équipe de Jean-Pierre Gauvin, M. de Royer Dupré m’avait donné une monte à Lyon-Parilly comme cadeau d’au revoir.

Pourquoi avoir choisi l’écurie de Jean-Pierre Gauvin ?

La décharge des femmes venait de se mettre en place et Jean-Pierre Gauvin faisait déjà monter les filles avant cela. Je suis arrivée chez lui en juillet 2017, alors que je n’avais monté que deux fois en course officielle. J’ai mis un peu de temps à signer mon premier gagnant, mais ça s’est ensuite bien enchaîné fin 2017 ; 2018 a redémarré lentement, puis c’est reparti. Il a continué à me faire confiance jusqu’à aujourd’hui encore.

Vous avez alors adopté un tout autre rythme de travail en enchaînant les montes. Comment avez-vous abordé cela, physiquement parlant ?

Quand j’ai commencé à beaucoup monter, c’était compliqué au niveau du physique. J’ai alors fait appel à une coach sportive, Ingrid Giraud, professionnelle de basket qui m’a été d’une grande aide tant sur le côté physique que mental. Cette préparation m’a vraiment lancée.

Deux mille vingt est synonyme d’une année charnière pour vous. Comment l’avez-vous vécue dans ce contexte sanitaire difficile ?

J’avais perdu ma décharge en fin de saison 2019 et on ne sait jamais comment on va rebondir l’année suivante. Le confinement m’a fait un peu peur. On était tous "dans le même panier" mais, comme je venais de perdre la décharge, ce n'en était que plus délicat. À la sortie du confinement, Jean-Pierre m’a refait confiance comme d’habitude et les victoires se sont enchaînées. Ensuite, il y a eu Vichy et le début de ma collaboration avec Jules Susini. En tant qu’apprentie, je n’avais pas d’agent et cette collaboration a été vraiment le gros plus. C’était tellement un rêve d’enfant qu’on ne s’imagine pas une telle année. Je dois également cette réussite à Jean-Pierre Gauvin qui a été très compréhensif et à fond derrière moi pour la Cravache. Il nous a laissé carte blanche pour faire toute la France.

Aviez-vous des modèles féminins chez les femmes jockey ?

Pas spécialement mais j’admire le parcours de Delphine Santiago. Cela fait un moment qu’elle est dans les pelotons et qu’elle perdure, sans la décharge au départ. C’est un modèle de longévité. Le plus gros des objectifs c’est de durer. C’est vraiment le plus difficile dans cette profession. Pour cela, il faut beaucoup de sérieux, une hygiène de vie pour garder la confiance de nos clients. Il faut essayer de ne pas être qu'un effet de mode.