Dettori : « Quand j’avais 10, 20, 30, 40… et 50 ans ! »

International / 14.12.2020

Dettori : « Quand j’avais 10, 20, 30, 40… et 50 ans ! »

Pour son anniversaire, Lanfranco Dettori s’est confié à son ami Franco Raimondi. Et quand un Milanais parle à un Milanais, le résultat sort forcément de l’ordinaire !

Par Franco Raimondi (signature avec photo)

« À 10 ans, je ne rêvais plus d’être pompiste » 

« Je n’étais qu’un gosse qui commençait à penser, un jour peut-être, à devenir jockey… après avoir rêvé de travailler dans une station-essence ! J’ai fait mes débuts à San Siro sur une ponette nommée Silvia : ce jour-là, j’ai poussé comme un fou pour battre deux concurrents dans une course de quarante partants. C’est mon ami Raffaele Lai qui m’avait accompagné en piste. Il travaillait à la Scuderia Cieffedi, le patron de mon père. Raffaele nous a quittés il y a une dizaine de jours. C’était un grand ami. Il m’a appris beaucoup de choses. »

« À 20 ans, j’étais fou à lier »

« À cet âge, j’étais enfin devenu jockey. Et champion des apprentis. Je pensais avoir réinventé la roue… Bref, j’étais un garçon fou à lier. Les premières grandes victoires sont arrivées et j’ai même pensé m’installer à Hongkong. Mais John Gosden et le cheikh Mohammed Al Maktoum ont trouvé les arguments pour me convaincre. »

« À 30 ans, j’ai presque tout fait »

« Au cours de ma trentaine, j’ai presque tout fait : je me suis marié, j’ai eu cinq enfants, je suis passé proche de la mort dans un accident d’avion. Tout est allé très, très vite. C’était les années Godolphin. Les années ou ma popularité est arrivée, après le Magnificent Seven à Ascot. Ah ces sept victoires le même jour à Ascot... J’ai aussi été nommé Member of the British Empire [MBE : devenir membre de l'ordre de l'Empire britannique, c’est un peu comme avoir la Légion d’honneur en France, ndlr]. Lors de la cérémonie, Sa Majesté la reine Elizabeth II m’a présenté au président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi. Elle lui a dit : « C’est Lanfranco Dettori, le meilleur jockey du monde. » Alors le président m’a demandé si je travaillais dans la musique… Il a dû confondre avec disc-jockey ! Je lui ai simplement répondu : « Non, Monsieur le président, je m’occupe de chevaux… » »

« À 40 ans, tout n’a pas été simple »

« Après la fin de ma trentaine, j’ai connu une période pas simple à gérer. J’avais trop de choses à faire… Je jouais la vedette à la télé… Pas simple, vraiment. C’est un rugbyman français installé en Angleterre qui m’aidé à m’en sortir : Thomas Castaignède. On s’est retrouvé pour une soirée après une émission de télévision. Il m’a seulement demandé : « Es-tu encore jockey ? » ; c’était la bonne question ! Alors pendant l’hiver, à Dubaï, je me suis fixé un objectif : décrocher une nouvelle Cravache d’or. J’ai réussi en 2004 et ça m’a fait du bien. J’ai retrouvé l’envie et le cap des quarante ans est arrivé très vite. »

« À 50 ans, je suis comme à 25… la sagesse en plus »

« J’ai eu deux grandes périodes dans ma carrière : entre vingt-cinq et trente-trois ans… et maintenant ! Cette décennie avait pourtant mal commencé : j’avais perdu mon contrat avec Godolphin et j’avais été disqualifié pour stupéfiants. Je me suis retrouvé petit à petit. Et John Gosden m’a appris à gérer cette nouvelle phase de ma carrière. J’ai gardé le même esprit qu’à mes 25 ans, avec de la sagesse en plus. Samedi, j’ai découvert la liste des jockeys encore actifs à plus de 50 ans. Je suis en très bonne compagnie ! »

Cinq décennies… et cinq fois sept !

5 objectifs à réaliser

« Le premier est de battre le record de Lester Piggott. C’est-à-dire de monter jusqu’à 58 ans. Je sais que c’est très difficile. Mais je ne me pose pas de limite d’âge pour ma carrière. Quand je ne serai plus compétitif, je raccrocherai mes bottes. Huit ans, c’est beaucoup. Mais cela reste jouable. Même si, après avoir passé le cap des 50ans, il est plus dur de revenir en cas d’accident. Les courses qui manquent à mon palmarès, c’est la Melbourne Cup et la July Cup (Grs1), un vrai événement pour les professionnels de Newmarket. J’aimerais beaucoup gagner un autre Derby. Je rêvais de monter en course avec mon fils Rocco, mais il a trop grandi. Il passe son temps à soulever des poids, il est arrivé à 130 kilos. Par contre, un jour, je monterai en course avec ma fille Ella qui est en train de prendre sa licence de cavalière. »

Cinq invités pour un dîner de rêve

« Je rêve d’un dîner entre gentlemen… John Gosden sera le premier invité sur la liste, car il est très intelligent et peut parler de tous les sujets. J’inviterai aussi Al Capone, qui pourra nous raconter comment c’était l’Amérique à son époque. Et aussi Silvio Berlusconi, qui ne peut manquer à l’appel parce que c’est le meilleur pour raconter des blagues. Je veux bien aussi un footballeur de la Juventus ; disons Paolo Rossi, qui vient de nous quitter. Ah oui, il nous manquera une présence féminine ! Pour ça, j’inviterai Hugh Hefner, l’homme qui a créé le magazine Playboy. »

Cinq personnes qui m’ont marqué

« Mon père, Gianfranco, car sans lui je n’aurais jamais monté à cheval. Luca Cumani est l’entraîneur qui m’a vraiment formé comme jockey professionnel. John Gosden a joué un rôle décisif dans ma carrière à deux reprises : quand j’étais jeune et quand il m’a repris. Le cheikh Mohammed a beaucoup investi sur moi et il possède un charisme exceptionnel. C’est LE vrai leader. En cinquième position, je garde une place pour Saeed bin Suroor. Nous avons travaillé ensemble pendant presque vingt ans, partageant victoires et défaites. »

Cinq personnes/choses que j’emmènerais sur une île déserte

« Du vin, un grand rouge italien comme le Sassicaia, car il faut bien passer le temps. Quelque chose à manger, bien sûr. Il faut aussi que j’emmène ma femme avec moi. Même s’il y a le risque qu’un jour, je décide de la noyer… Pour la baignade : des caleçons. Et ça suffit. Avec ma famille, nous serons quatre et c’est bien suffisant. Mais au fond, je n’ai pas vraiment envie d’aller sur une île déserte. »

Cinq chevaux de ma vie

« Enable arrive en tête. Je ne dis pas qu’elle a été la meilleure, mais c’est elle qui m’a le plus touché. Dans le tiercé de mes plus grands chevaux, il faut ajouter Dubai Millennium, un phénomène, et Golden Horn, un champion absolu. Je garde aussi une place pour Lammtarra. C’est lui qui a vraiment lancé le projet Godolphin. Le cinquième cheval de ma sélection sera Fujiyama Crest, mon septième gagnant à Ascot. Sans lui, pas de Frankie. Je l’ai d’ailleurs gardé dans un paddock à la maison. Il était devenu comme un membre de la famille. »

Cinq hippodromes de ma vie

« Ascot vient en premier. C’est l’hippodrome où j’ai écrit l’histoire. ParisLongchamp est aussi dans mon cœur, car j’y ai vécu le meilleur… et le pire de ma carrière. Newmarket, c’est là où j’ai grandi. Et San Siro, c’est l’endroit où tout a commencé. Le cinquième hippodrome qui m’est cher est Santa Anita. Pour l’ambiance des écuries, le paysage magnifique et la décontraction. J’ai passé des hivers inoubliables là-bas et j’adore y aller en simple turfiste. »

Cinq questions jamais posées

« Joker ! J’ai répondu à trop de questions tout au long de ma carrière. Des bonnes et des moins bonnes. Alors je préfère ne pas vous répondre, de peur de marquer un but contre mon camp… Les médias et les réseaux sociaux ont beaucoup trop envahi la vie quotidienne. Je cherche à jouer le jeu au maximum, mais il faut se poser des limites. Regardez ce qui arrive dans d’autres sports : on parle beaucoup et on s’occupe trop peu de ce qui se passe sur le terrain… »