À LA UNE : Gérard Augustin-Normand, par 10 et 1.000

Courses / 16.12.2020

À LA UNE : Gérard Augustin-Normand, par 10 et 1.000

En remportant le Prix Tantième (L) le 17 novembre dernier, Lupo Nero a permis à son copropriétaire Gérard Augustin-Normand de décrocher une 1.000e victoire. Un succès fulgurant pour celui qui, avant tout, a été un grand joueur, avant de se lancer dans le propriétariat, puis l’élevage. Il a eu ses premiers partants en 2007 et a depuis gagné au niveau Gr1 en plat, en obstacle et au trot, rejoignant un club très fermé de propriétaires… Avec "GAN", c’est toute une page de l’histoire des courses françaises qui s’est écrite. Retour sur dix de ses chevaux marquants.

Le Havre, le signe du destin

Le Havre (Noverre) est le cheval le plus lié à Gérard Augustin-Normand. C’est l’histoire d’un coup de foudre aux ventes pour ce yearling bai brun foncé : mandaté par le propriétaire pour acheter quelques yearlings, son futur entraîneur, Jean-Claude Rouget, l’obtient pour 100.000 €. La belle aventure peut commencer. Il y a quelque chose de l’ordre de la destinée avec Le Havre : le nom, déjà. Gérard Augustin-Normand est attaché à la Normandie, ses chevaux portant le nom de villes ou lieux normands, et tout particulièrement au Havre. Le Havre a offert un premier succès classique à Gérard Augustin-Normand, en 2009, en remportant le Prix du Jockey Club (Gr1). C’est aussi un premier succès classique pour Jean-Claude Rouget qui, dans une année où il marchait sur l’eau, a ensuite enlevé le Prix de Diane avec Stacelita (Monsun).

C’est pour Le Havre que Gérard Augustin-Normand se lancera ensuite dans l’élevage, avec le haras de la Cauvinière. Il nous disait en 2011 : « Cela [l’élevage, ndlr] ne correspond pas à mon tempérament. Mais j’ai décidé de me lancer avec Le Havre et Jean-Claude Rouget ne m’a pas découragé... Ce cheval, c’est comme un signe du destin. Je me suis dit qu’il fallait que j’en "fasse quelque chose", que je poursuive pour lui et pour moi cette aventure extraordinaire. » Le Havre continue de rythmer la vie hippique de Gérard Augustin-Normand et a apporté beaucoup à l’élevage en France.

La Hoguette **, la victoire de l’année 2013

Le 12 juin 2013, Sylvain Vidal déclarait à l’issue d’une victoire cantilienne d’une représentante de Gérard Augustin-Normand : « C’est la plus belle victoire de l’année. » Le 12 juin à Chantilly ? Cela pourrait correspondre à un Prix de Diane… Mais non, la plus belle victoire de l’année pour la casaque et l’élevage Augustin-Normand était celle de La Hoguette ** (Le Havre) dans le Prix de la Reine Blanche (F). La plus belle victoire de l’année, vraiment ? Peut-être, car la 2ans offrait une première victoire à son père, Le Havre. La victoire de l’année ? Peut-être pas car, le 7 octobre 2013, la même La Hoguette remportait facilement le Prix Herod (L), offrant une première victoire black type à Le Havre… Et cela un jour seulement avant les débuts, à Bordeaux-Le Bouscat, d’une certaine Avenir Certain ** (Le Havre), qui écrira une grande page dans l’histoire de l’étalon.

Avenir Certain **, la bien nommée

Le 11 mai 2014, le suspense est insoutenable à Longchamp. Avenir Certain passe le poteau en tête avec de la marge dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), mais la course se joue dans le bureau des commissaires, qui examinent à quel point elle a pu gêner Bawina (Dubawi). Trente bonnes minutes d’attente où les scénarios défilent (nous sommes encore sous l’ancienne doctrine de rétrogradation pour gène !). Avenir Certain est finalement confirmée gagnante du Gr1. C’est une victoire importante : elle porte les couleurs d’Antonio Caro mais Gérard Augustin-Normand, qui croyait tellement en elle, en est le copropriétaire. Il la connaît bien : élevée par Élisabeth Ribard, Avenir Certain a grandi au haras de la Cauvinière. Elle est le tout premier gagnant de Groupe et gagnant classique de Le Havre, dont elle appartient à la première génération. Quelques semaines plus tard, c’est sans trembler qu’Avenir Certain remporte le Prix de Diane. La pouliche s’imposera ensuite dans le Shadwell Prix de la Nonette (Gr2), avant de trouver le temps long dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). La Nonette restera sa dernière victoire : en piste à 4ans, elle sera moins percutante, même si elle prendra la troisième place des Falmouth Stakes (Gr1). Avenir Certain s’envolera pour le Japon pour sa carrière de poulinière. Morte dans un accident au paddock, elle a laissé deux pouliches pour assurer sa succession.

La Cressonnière **, dans les traces d’Avenir Certain

On dit que la foudre ne frappe jamais au même endroit mais, a priori, c’est le cas du côté de la Cauvinière ! Le 5 avril 2014, Avenir Certain est invaincue dans les courses à conditions mais pas encore classique et, ce jour-là, est née une pouliche qui sera nommée La Cressonnière **. Comme Avenir Certain, elle est une fille de Le Havre. Comme Avenir Certain, elle est entraînée par Jean-Claude Rouget. Comme Avenir Certain, elle appartient à Gérard Augustin-Normand (son éleveur) et à Antonio Caro. Et, comme Avenir Certain, elle signera le doublé Poule d’Essai des Pouliches & Prix de Diane. Et remportera le Prix de la Nonette ! La Cressonnière a malgré tout un profil différent de sa camarade : pouliche plus précoce, elle a engrangé de l’expérience à 2ans : quatre courses pour quatre succès dont le Prix Isonomy et le Prix Herod (Ls) et elle est arrivée sur la Poule forte de son succès dans la Camargo. La Cressonnière aurait eu une belle chance à jouer dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, mais une blessure est venue mettre fin au rêve. Comme Avenir Certain, La Cressonnière a attiré l’œil de Teruya Yoshida et s’est envolée vers le Japon.

Ectot, le déménageur

En août 2021, Sylvain Vidal achète à Arqana un yearling par Hurricane Run et Tonnara, présenté par l’écurie des Monceaux, moyennant 75.000 €. Entraîné par Élie Lellouche, il est nommé Ectot. Pour ses débuts, au mois de juillet de ses 2ans à Compiègne, il est battu d’une longueur et demie par un représentant de la famille Niarchos, Karakontie (Bernstein). C’est durant l’été à Clairefontaine qu’Ectot ouvre son palmarès, en sifflotant. Il y a quelque chose chez lui : un modèle pas commun… et un drôle de moteur. Ectot remporte ensuite le Prix des Chênes (Gr3) avant de s’imposer dans le Critérium International (Gr1). Son meilleur ennemi, Karakontie, avait quant à lui suivi la route du Prix La Rochette (Gr3) et du Jean-Luc Lagardère (Gr1). Les deux se retrouvent à 3ans, dans le Prix de Fontainebleau (Gr3). Et Ectot prend sa revanche sur son rival ! On attend la belle, dans la Poule d’Essai des Poulains, mais Ectot se blesse et ne sera pas au départ. Il est vrai qu’avec des si, on peut mettre Paris en bouteille, mais Gérard Augustin-Normand aurait pu remporter les deux Poules d’Essai en 2014, année d’Avenir Certain chez les pouliches… Au début du mois de septembre 2014, Ectot prépare son retour dans le Qatar Prix Niel (Gr2) et Al Shaqab Racing en achète la moitié. Il remporte le Gr2 avant d’échouer dans l’Arc. C’est aux États-Unis, sous l’entraînement de Todd Pletcher, qu’il décroche son deuxième Gr1 dans le Joe Hirsch Turf Classic.

Brametot **, quand tout ne tient qu’à un fil

Pour la saison de monte 2013, un nouvel étalon a rejoint Le Havre au haras de la Cauvinière. Il s’agit de Rajsaman (Linamix). Ses premiers foals naissent donc en 2014 et passent sur les rings à la fin de l’année : c’est lors de la vente d’élevage Arqana que Sylvain Vidal achète, pour 26.000 €, un foal par le sire gris, qui sera nommé Brametot **.

Le 17 juin 2016, la France a les yeux tournés vers Royal Ascot, où une certaine Qemah ** (Danehill Dancer) remporte les Coronation Stakes (Gr1), tout en pensant déjà au Diane, dans lequel on attend une certaine La Cressonnière. Mais il y a des courses à Deauville aussi, dont le Prix Duplex (F). Et Brametot, entraîné par Jean-Claude Rouget – en haut de forme à Royal Ascot – laisse une belle impression. Tout va bien en 2016 : l’écurie Rouget marche sur l’eau, Almanzor (Wootton Bassett) fait vibrer ses propriétaires Antonio Caro et Gérard Augustin-Normand, et Brametot s’impose comme un super 2ans, concluant sa saison par un succès dans le Grand Critérium de Bordeaux - Hong Kong Jockey Club (L). Tout s’annonce sous les meilleurs auspices pour 2017, mais tout s’effondre. L’un des barns de Jean-Claude Rouget, celui avec les meilleurs poulains, est frappé par la rhinopneumonie à forme nerveuse. Brametot aurait pu être dans ce barn. Il n’y est pas. Après avoir remporté le Prix de Fontainebleau (Gr3), il enlève, après une lutte dantesque, la Poule d’Essai des Poulains, sous les couleurs d’Al Shaqab Racing, copropriétaire à 50 %. Jean-Claude Rouget dira : « Ce qui est tout de même incroyable, c’est que Brametot n’ait pas été dans le barn contaminé… Tout simplement parce que depuis qu’il est yearling, il était dans un autre barn et qu’on ne change pas les chevaux de barn. Cela ne tient à rien… » Le poulain décroche ensuite le Prix du Jockey Club (Gr1) et, après une mauvaise rentrée à Deauville, se classe cinquième de l’Arc de Triomphe.

Royale Flag, des réclamers au Gillois

Tout a commencé le 17 novembre 2013. Philippe Lorain dépose un bulletin à 27.778 € pour le compte de Gérard-Augustin Normand, dans l’urne des réclamers à Auteuil, pour Royale Flag (Nickname). La 3ans, jugée digne de débuter dans le Prix Champoreau, est mise à réclamer à 15.000 €. Philippe Lorain a eu l’œil avisé, sur la piste comme du côté des balances : c’est en réalité le second bulletin car, avant cela, il avait rédigé un premier bulletin d’environ 18.000 €. C’était avant de voir qu’il y avait un peu de monde qui se pressait autour des urnes !

Presque un an pile après cet achat à réclamer, Royale Flag fait un numéro dans le Prix Maurice Gillois (Gr1), qu’elle remporte sur une belle accélération, bien qu’ayant un peu consommé en début de parcours. Au printemps, elle avait déjà montré quelque chose, prenant la troisième place du Ferdinand Dufaure (Gr1). Jument un peu tendue, avec des problèmes respiratoires, Royale Flag n’a jamais confirmé ce succès de Gr1. Qu’importe : elle a permis à son propriétaire de réaliser le Grand Chelem dans les Grs1 : plat, trot et obstacle.

Le Quif à Vincennes

Vincennes est aussi le théâtre de jeu de Gérard Augustin-Normand… Le trotteur le plus marquant de la casaque est Quif de Villeneuve (Coktail Jet). Le 22 janvier 2012, son entourage tente un pari avec le lauréat du Grand National du Trot : un premier essai au trot monté et dans l’épreuve reine de la spécialité, le Prix de Cornulier (Gr1) s’il vous plaît ! Le pari a été gagnant : Quif de Villeneuve a remporté la course, signant un nouveau record de l’épreuve en 1’12 (record qui a depuis été battu par Traders et Bilibili). C’était tout simplement le premier essai au niveau Gr1 de Quif de Villeneuve, qui tentera ensuite sa chance dans l’Amérique (disqualifié). Quif de Villeneuve prendra aussi, en 2021, la deuxième place du Prix de l’Île-de- France (Gr1), la revanche du Cornulier sur la courte distance de 2.175m. Quif de Villeneuve n'est pas le premier gagnant de Gr1 au trot de Gérard Augustin-Normand. Le propriétaire a aussi gagné un Gr1 au trot attelé, en septembre 2011, avec la victoire d’Union d’Urzy (Coktail Jet) dans le Prix de l’Étoile (Gr1).

Saldenarie, le commencement…

Gérard Augustin-Normand est joueur et voit les courses… Le 18 août 2007, le comportement de Saldenarie (Areion), une 4ans allemande, dans le Prix de la Corniche (réclamer) à Deauville attire son attention. Elle a fait un truc ce jour-là. Mise à réclamer à 12.000 €, elle est achetée par Gérard Augustin-Normand pour 17.500 € et elle rejoint les boxes d’Alexandre Fracas. Le 13 septembre 2007, dans un handicap à Chantilly, elle devient le premier partant de la casaque. Le 4 décembre 2007, toujours dans un handicap à Chantilly, elle est devenue son premier gagnant ! C’est ainsi que l’aventure de propriétaire a commencé…

… Lupo Nero, le millième

Le 16 novembre 2020, Lupo Nero (American Devil) est à Deauville, mais de l’autre côté de la route par rapport à l’hippodrome. Le cheval passe sur le ring d’Arqana mais est racheté 150.000 € par son entourage : Gérard Augustin-Normand, son entraîneur Mickaël Seror et Marie-Gabrielle Boudot. Le lendemain, Lupo Nero était présent à Saint-Cloud et a remporté le Prix Tantième, offrant une 1.000e victoire à Gérard Augustin-Normand et une première Listed en plat à Mickaël Seror. Une 1.000e victoire obtenue grâce à un peu de culot ! Tout un symbole…