EN RÉGION  : la grande année de Senonnes-Pouancé

Courses / 09.12.2020

EN RÉGION : la grande année de Senonnes-Pouancé

Mis en avant notamment par Docteur de Ballon, le centre de Senonnes-Pouancé a réalisé une année 2020 de premier plan, en plat comme en obstacle. Cap à l’Ouest !

Par Emmanuel Rivron

Impossible de rater la stèle dédiée à Claude Rouget lorsque les visiteurs s’approchent des pistes d’entraînement de Senonnes-Pouancé. Le père de Jean-Claude Rouget est effectivement l’un des catalyseurs de l’émergence du Cergo (centre d’entraînement régional de galop de l’Ouest) dans cette petite commune mayennaise de 350 habitants qui compte donc plus d’équidés que de bipèdes. Arrivé dans les années 70, Claude Rouget a d’abord entraîné sur l’hippodrome vallonné de Senonnes puis a ardemment défendu un nouveau projet, en compagnie de deux figures politiques locales très investies, Jacques Béline et André Baslé, pour faire sortir de terre ce site de 35 hectares. L’affaire n’était pas gagnée d’avance, loin s’en faut, d’autant que le centre d’entraînement, tout comme l’hippodrome, tout juste séparés par la D72, sont situés sur deux départements différents, le Maine-et-Loire et la Mayenne. Quand les chevaux abordent le dernier tournant de l’hippodrome, ils se trouvent à Pouancé, en Maine-et-Loire, pour passer le poteau d’arrivée quelques mètres plus loin à Senonnes, en Mayenne. Quant aux professionnels situés autour du centre d’entraînement, certains sont basés dans le 53 tandis que d’autres le sont dans le 49.

Challenge relevé. Vingt ans après l’inauguration, le défi peut être qualifié de réussi puisque de 450 à 650 chevaux empruntent les différentes pistes du centre. Grâce au Cergo, 150 emplois directs sont occupés, sans oublier les nombreux emplois indirects. Tout est pensé cheval dans le petit bourg mayennais avec notamment le bar PMU le Fair Play, en honneur au champion de cross d'Éric Leray, tandis que l’école maternelle du village est située entre deux écuries de course.

Une saison hors-norme. La saison 2020 est plutôt digne d’un grand cru pour le centre, même si les entraîneurs locaux n’ont pas attendu ces derniers mois pour briller à un haut niveau. Ainsi Diyakalanie (Ashkalani) avait terminé troisième du Diane 2007, Tiberian (Tiberius Caesar) avait remporté le Grand Prix de Deauville 2017 (Gr2). Cette même année 2017, Bon Augure (My Risk) remportait le Prix des Drags (Gr2) tandis que Saint Pistol (Saint des Saints) avait montré la voie en prenant la troisième place dans le Grand Steeple-Chase de Paris 2015 (Gr1). Adulé Outre-Manche, Kauto Star (Village Star) a été formé sur ces pistes senonnaises. Et, durant toute cette année 2020, les motifs de satisfaction ont été nombreux, avec en tête d’affiche Docteur de Ballon (Doctor Dino), auteur du doublé Grand Steeple & La Haye Jousselin (Grs1). Directa (Anodin) a remporté cinq courses cette année, dont le Prix Fille de l’Air (Gr3) et a été vendue 470.000 € aux ventes d’élevage Arqana, Invaincu en deux courses, l’AQPS Goven (Poliglote) a quant à lui été vendu 175.000 € aux ventes d’automne Arqana. Go Fast Traou Land (George Vancouver), Ateem (Dark Angel), Diable d’Auteuil (Crillon) et le régulier Saint Anjou (Saint des Saints) ont également fait parler d’eux cette année.

Hippodrome et centre d’entraînement se sont rapprochés. Daniel Théard, le président du Cergo, association de loi 1901 qui gère le centre, a de quoi être satisfait : « Je viens tout juste d’écouter Louisa Carberry dans un récent podcast de JDG et c’est une fierté pour nous de voir Docteur de Ballon gagner à ce niveau. On a été tellement critiqués à une époque que cela fait du bien d’avoir de tels résultats en 2020 pour l’ensemble du centre. Les professionnels ont pu travailler normalement sans jamais s’arrêter pendant la période de confinement et étaient donc prêts pour pouvoir redémarrer. Je pense que cela a fait la différence. Je suis également président de la Société des courses de Senonnes. Cela a notamment permis de rapprocher les deux structures, qui ne s’entendaient pas forcément à une époque. Il existe désormais une convention d’utilisation de l’hippodrome par le centre d’entraînement et les deux sites sont très complémentaires. En plus de cela, nous avons entamé des travaux sur les pistes, notamment en termes de drainage, avec Geoffrey Gaucher, responsable des pistes, arrivé il y a deux ans. Ce n’est pas simple de trouver une personne compétente à ce poste clé. Geoffrey est à l’écoute et apprécié des entraîneurs. Il est proche du métier et capable de prendre du recul, ce qui n’est pas simple au quotidien. »

Une communication primordiale avec les professionnels. Responsable des pistes depuis octobre 2018, ce titulaire d’un BTS n’est âgé que de trente ans mais semble très à l’aise pour une première expérience à ce poste-clé, après avoir été cavalier d’entraînement dans le débourrage préentraînement. Geoffrey Gaucher nous a dit : « L’important est de communiquer au maximum avec les entraîneurs. Il est difficile de satisfaire tout le monde mais l’outil de travail doit être impeccable pour que les entraînements se passent en toute sécurité. Il faut améliorer le site en permanence, comme nous l’avons fait récemment avec la construction d’obstacles de cross. Nous n’avons pas de grandes surfaces en herbe, raison pour laquelle l’hippodrome est ouvert pour le plat et pour l’obstacle une fois par mois en général. »

Senonnes, le choix des Carberry. Sous le feu des projecteurs ces dernières semaines, Louisa Carberry et son mari Phil ont décidé de poser leurs valises dans ce petit bourg aux faux airs britanniques : « Pour nous, il était logique de débuter dans l’ouest de la France, avec beaucoup d’hippodromes à proximité. Un jour où Phil montait à Meslay-du-Maine (53), nous avions décidé de faire un détour à Senonnes pour y découvrir les installations. Le charme a opéré immédiatement. On peut vraiment y faire du bon travail. Tout en étant à la campagne, nous ne sommes qu’à 3 h 30 de Paris, avec une cinquantaine d’hippodromes de toutes catégories à moins d’une heure. Désormais, les pistes sont parfaites, alors que cela pouvait être compliqué certains hivers. Geoffrey est très à l’écoute, dynamique, et comprend vite les choses en tant que cavalier. Personnellement, j’utilise souvent la piste jaune, la plus profonde. Comme elle était en train d’être rechargée avant le Grand Steeple, Docteur a pu galoper sur le gazon de l’hippodrome. Chaque centre d’entraînement a ses spécificités. Nous ne sommes peut-être pas les meilleurs mais nous sommes aussi bien. »

Principales données techniques du Cergo

Inauguration du centre : juillet 2001

Superficie du site : 35 hectares

Entre 450 et 650 chevaux à l’année

Entraîneurs sur place : 38 au 1er décembre

Entraîneurs extérieurs à venir ponctuellement : près de 35

5 pistes en sable pour le plat plus la fibrée

1 piste en gazon

1 piste de steeple et une piste de haies, sur le sable

+ les pistes de l’hippodrome voisin