Hugo Lebouc : « Gagner une course à Meydan, ce serait le Graal »

16.12.2020

Hugo Lebouc : « Gagner une course à Meydan, ce serait le Graal »

Titulaire d’une dizaine de victoires en France, l’apprenti Hugo Lebouc est une des valeurs montantes de la jeune génération de jockeys. Il a fait le choix de vivre une nouvelle expérience à l’étranger cet hiver et de se confronter à un nouvel environnement. C’est au sein de la puissante écurie d’Al Asayl, à Abu Dhabi, que le jeune jockey a notamment découvert les pur-sang arabes.

JDG Arabians. – Comment êtes-vous arrivé à Abu Dhabi ?

Hugo Lebouc. – En fait, l’entraîneur Éric Lemartinel m’a contacté pour savoir si une saison aux Émirats m’intéressait. Il était à la recherche d’un apprenti avec une décharge. Comme je connaissais Fabrice Véron, le premier jockey d’Éric à l’écurie Al Asayl, le lien a pu se faire. Avec l’accord de mon patron, Adrien Fouassier, je suis parti. C’est ma première expérience à l’étranger.

Ce sont souvent des jockeys plus expérimentés qui partent à l’étranger. Pourquoi ce choix ?

J’avais envie de voir autre chose, d’accumuler de l’expérience. De voir d’autres façons d’entraîner aussi, et ce notamment avec la présence de pur-sang anglais et arabes. Enfin, cela peut m’ouvrir des portes. La présence de Fabrice m’a conforté dans cette décision, sur le fait que je ne serai pas tout seul, perdu dans un pays étranger. Il m’aide vraiment beaucoup. C’est une bonne expérience pour moi.

Quel est votre avis sur les courses ici aux Émirats ?

Les courses aux Émirats sont très différentes de la France. Cela part très vite, sur des hippodromes où on refait rarement beaucoup de terrain. Il faut faire partie tout de suite des chevaux de tête et ne pas rater son départ. Cela ressemble un peu aux courses américaines.

Comment avez-vous appréhendé les différents hippodromes ?

Il y a beaucoup d’hippodromes avec du dirt. Seule la piste d’Abu Dhabi offre régulièrement des courses sur le gazon. Par contre, sur le dirt, il y a beaucoup de projections et c’est très exigeant pour les jockeys comme pour les chevaux. Ces derniers ont tendance à ne pas trop aimer cela, surtout quand on se trouve au sein du peloton. C’est très pénible. Le dirt est profond, surtout à Sharjah et Al Ain. À Jebel Ali, la piste est plus grasse car mélangée avec du pétrole. Sur les 200 derniers mètres, cela monte et c’est dur de refaire du terrain. Sur le plan physique, c’est un autre sport. Comparé à la France, j’ai rallongé de deux trous sur ma selle tellement c’est physique et pour avoir les chevaux dans les jambes.

Il y a beaucoup de Français cette année aux Émirats, comment est l’ambiance ?

Cela se passe très bien et j’ai vite trouvé mes marques. D’autres jockeys français sont arrivés, comme Clément Lecœuvre et Ryan Curatolo.

Comment travaillez-vous, sachant que la plupart des écuries ici ont des premiers jockeys ?

Je travaille avec Claude Piccioni comme agent. C’est vrai que la plupart des écuries ici ont un premier jockey, mais j’avoue que ma décharge est un atout pour trouver des montes à l’extérieur, notamment pour de bons entraîneurs comme Erwan Charpy, Ernst Œrtel, etc. Sans cette décharge, ce serait très compliqué et mine de rien, trois kilos, cela aide beaucoup les chevaux sur des pistes profondes et pénibles. 

Au sein de l’écurie d’Éric Lemartinel, vous avez découvert les pur-sang arabes, n’est-ce pas ?

Oui, je n’avais jamais monté de pur-sang arabes, que ce soit le matin à l’entraînement ou l’après-midi en course. L’écurie d’Éric fait partie du top-trois dans cette catégorie de chevaux. J’ai pu découvrir des chevaux différents, avec plus de caractère. Ils sont aussi un peu plus compacts et nerveux. Le matin, le travail est similaire avec les pur-sang anglais, tout comme la position en course. Par contre, il faut les monter au moral. En effet, dès qu’ils sont dans le combat, ils auraient tendance à se reprendre. Même si c’est différent et plus dur pour un jockey, j’en ai débuté quelques-uns de sympas.

Vous avez d’ailleurs enregistré votre premier gagnant aux Émirats avec un pur-sang arabe ?

Oui, c’était à Abu Dhabi, début novembre. Je montais pour l’extérieur. J’ai gagné avec Al Ajeeb W’rsan (Dilijans), le poulain de Jaci Wickham qui est installée à Jebel Ali.

Pour revoir la victoire d’Hugo, cliquez ici https://youtu.be/DSiuUu1yVAk

Vous avez également disputé le Bani Yas, un Gr2 pour chevaux arabes qui s’est couru sur l’hippodrome de Meydan.

Oui, c’est grâce à mon agent que j’ai pu monter Assuan (Dahess) dans le Bani Yas (Gr2 PA). C’était à la fois une première dans un Groupe ainsi qu’à Meydan. C’est un hippodrome vraiment impressionnant. On sent qu’on évolue dans le top-niveau. Mais on vient ici pour cela, monter dans les plus belles épreuves.

Vous êtes-vous fixé des objectifs ?

J’aimerais bien avoir une dizaine de gagnants et participer à de belles courses comme les Groupes. Surtout, je voudrais essayer de gagner une course à Meydan. Ce serait le Graal et cela me ferait vraiment plaisir.

Quels sont les chevaux de l’écurie à suivre ?

Fabrice a débuté et gagné avec Mujeeb (Dahess), un poulain très estimé à l’écurie. Foah (Nieshan) a également débuté victorieusement. Enfin, j’aime bien Qassim (Zefiro de Nulvi) avec lequel j’ai pris la troisième place.

Pensez-vous rester toute la saison ?

Tout va dépendre de la façon dont cela se passe ici, car mon patron en France a aussi des chevaux à préparer. Mais je me suis bien adapté et la vie est très facile ici. Je suis installé à Abu Dhabi, au sein même de l’écurie.

Votre patron en France est l’ancien jockey Adrien Fouassier. Vous comptez 11 victoires cette année (14 au total). Êtes-vous satisfait ?

Oui, je suis content de mon année en France, et puis Adrien a reçu beaucoup de 2ans, donc cela devrait être une belle année pour l’écurie l’an prochain.

Fait original, vous avez connu votre première victoire hors de la métropole.

Oui, c’était en Guadeloupe, associé à Breakular (Sunday Break). J’ai eu l’opportunité d’y aller l’année dernière. C’était quelque chose de remporter sa première victoire là-bas et j’en garde un bon souvenir. De plus, c’était la première fois que je m’y rendais. En gagnant d’entrée de jeu et avec le bouche à oreille, j’ai pu y retourner, et aussi en Martinique [où il a gagné, ndlr]. Les deux îles sont très liées au niveau des courses.

Comment avez-vous eu cette opportunité ?

En fait, j’ai reçu un appel de l’entraîneur de Breakular, Jean-François Taret, qui avait lu un article sur moi. Sans doute dans Jour de Galop (rires). Il a vu mon nom et a décidé de m’appeler ensuite.