L’histoire d’amour entre la France et Hongkong

International / 10.12.2020

L’histoire d’amour entre la France et Hongkong

L’histoire d’amour entre la France et Hongkong

L’histoire des courses internationales de Hongkong sous leur format actuel date de 1999 et pour les journalistes, le premier aperçu fut un formulaire distribué par Alastair Donald de l’International Racing Bureau. La formule a marché et les drôles de courses à l’autre bout du monde sont devenues le rendez-vous incontournable de fin de saison.

Jim and Tonic et les précurseurs. La France avait frappé d’entrée avec le coup de deux Jim and Tonic (Double Bed) et Borgia (Acatenango) dans la Cup et le Vase, alors que Field of Hope (Selkirk) avait trouvé sur son chemin Docksider (Diesis) dans le Mile, monté par Olivier Peslier. Il y avait du tricolore dans trois des quatre courses. Jim and Tonic était cent pour cent français : élevage Elizabeth et entraînement de François Doumen, Gérald Mossé en selle – qui avait déjà remporté la Cup  associé au légendaire champion River Verdon (Be my Native) en 1991, huit ans avant la création de la réunion de décembre. Borgia avait quitté la cour du regretté Bruno Schutz et de son fils Andreas après avoir remporté le Derby Allemand (Gr1), le Grosser Preis von Baden (Gr1) et deux places, troisième dans l’Arc de Peintre Célèbre (Nureyev) et deuxième dans la Breeders’ Cup Turf (Gr1) de Chief Bearhart (Chief’s Crown). Lors de sa campagne de 4ans chez André Fabre, elle avait souvent bien couru, mais sans trop de chance. À 24/1, avec Olivier Peslier en selle, elle fut un cadeau de Noël inoubliable, même si mon ami et confrère Bernard de Croix avait fait mieux en touchant le jumelé avec l’autre française Bimbola (Bikala) qui avait affiché 2.290/1. La Cup était le seul Gr1, le Mile et le Vase étaient alors des Grs2 et le Sprint n’était qu’une listed. Les allocations des quatre courses étaient de 29,3 millions de dollars hongkongais, soit à peine plus que les 28 millions offerts par la Cup cette année. L’enveloppe 2020 est de 95 millions (10,12 M€).

La Marseillaise a résonné onze fois. Les chevaux entraînés dans l’Hexagone ont remporté 11 victoires en 84 courses. C’est le deuxième meilleur score des étrangers après le Japon, qui a aligné 13 victoires. Les Français ont remporté le même nombre de succès que le cumul Angleterre et Irlande, même s’il faut avouer que 4 victoires Godolphin sont enregistrées par les statistiques officielles sous les couleurs émiraties. La course des français est le Vase, avec 8 victoires. Après Borgia, se sont ajoutés Ange Gabriel (Kaldounevees), Vallée Enchantée (Peintre Célèbre), deux fois Doctor Dino (Muhtathir), la pouliche Daryakana (Selkirk), Dunaden (Nicobar) et Flintshire (Dansili). Les trois autres succès sont arrivés dans la Cup remportée par Jim and Tonic, Pride (Peintre Célèbre) et Vision d’État (Chichicastenango). Une belle réussite mais il faut noter que la dernière victoire remonte à 2014 avec Flintshire. Depuis, dans le Vase, nous avons pris deux deuxièmes places avec Talismanic (Medaglia d’Oro) et Flintshire, alors que Dariyan (Shamardal) et One Foot in Heaven (Fastnet Rock) se sont classés troisièmes dans la course sur 2.400m.

Courses internationales de Hongkong : quels sont les pays forts ?

Pays Sprint Mile Vase Cup Total des victoires

Hongkong 16 14 2 8 40

Japon 2 4 3 4 13

France 8 3 11

Angleterre 1 5 2 8

UAE 1 1 2 4

Irlande 2 1 3

Australie 2 2

Afrique du Sud 1 1 2

Nouvelle-Zélande 1 1

Le rendez-vous préféré d’Alain de Royer Dupré 

Lauréat de la Hong Kong Cup avec Pride (Peinte Célèbre) en 2006, puis du Vase avec Daryakana en 2009, Alain de Royer Dupré est un grand fan des courses internationales de Sha Tin.

« J’ai toujours beaucoup aimé aller à Hongkong en fin d’année. L’organisation est excellente, à la fois pour les hommes et les chevaux. Ces derniers sont bien logés, ils ont la possibilité de s’acclimater à l’hippodrome pendant une semaine. Tout est très cadré, très surveillé sur le plan sanitaire. Je me souviens d’avoir couru un cheval comme The Bogberry dans le Vase, en 2008. Sur le papier, il n’avait pas le rating suffisant pour être invité, mais j’avais expliqué aux officiels qu’il était en grande forme, et allait bien se comporter. Ils m’ont fait confiance et le cheval a pris la quatrième place. Globalement, il n’y a pas de surprise : les très bons chevaux font leur valeur. Pride avait conclu deuxième de la Cup en 2005 avant de s’imposer l’année suivante, Daryakana avait gagné le Vase alors qu’elle était dernière à l’entrée de la ligne droite, Giofra s’était classée du champion local California Memory dans la Cup en 2012… Le parcours est régulier, les virages sont très bien tracés si bien que l’on peut revenir de l’arrière, surtout que les courses sont souvent rythmées. La piste est bonne mais roulante. Il faut, je pense, un cheval assez vite et réactif. Comme ce rendez-vous arrive tard dans l’année, il ne faut pas venir avec des chevaux qui ont trop donné durant l’été. Le mieux, ce sont ceux qui ont performé à l’automne et qui restent sur leur pic de forme. La différence de climat n’est pas un problème : il est plus facile de venir d’un pays froid à un pays chaud que l’inverse. Personnellement, c’est un rendez-vous que j’adore. On a le temps le matin de voir les chevaux des confrères s’entraîner, de découvrir d’autres méthodes, notamment celles des Japonais, qui ont pour habitude de demander beaucoup le matin. C’est l’un des seuls meetings où les chevaux des deux hémisphères se rencontrent. »

Le Grand Chelem de Mossé. Le bon feeling français avec les Hong Kong International Races va au-delà des victoires de chevaux entraînés chez nous. À vingt-cinq reprises, on trouve la France soit dans la colonne des jockeys, des éleveurs ou de la provenance des gagnants. C’est-à-dire presque 30 % de réussite. Gérald Mossé compte huit victoires, dont deux avant la création de la formule actuelle, et il est avec Zac Purton le seul qui a décroché le Grand Chelem des quatre courses. Olivier Peslier est à sept, dont une avec la formule à trois courses, Olivier Doleuze a reporté trois fois le Mile, Christophe Soumillon deux, alors que Christophe Lemaire, Dominique Bœuf, Maxime Guyon et Thierry Jarnet comptent un succès.

Du ring de Deauville à Sha Tin. De plus, la France a gagné la Cup en 2002 avec Precision (Anabaa), acheté sur le ring de Deauville en 1999 pour 750.000 F. L’élève de la famille Devin était tombé sur Olympic Express (Bishop of Cashel) dans le Hong Kong Derby au printemps. Ils ont offert le premier coup de trois aux locaux : Precision a gagné la Cup, Olympic Express le Mile et All Thrills Too (St Covet) le Vase. Un résultat historique, car le niveau des chevaux de Hongkong n’était pas le même qu’aujourd’hui. Il reste à citer le doublé, également historique, de California Memory (Highest Honor). Il a été conçu en France au haras du Buff et sa mère, Kalpita (Spinning World), est partie pleine pour les États-Unis. Il est revenu en France après ses débuts en Espagne sous l’identité Portus Blendium. Pour l’entraînement de Carlos Laffon-Parias, il a décroché deux places black types et le rating suffisant pour être acheté à Hongkong. Il a remporté deux fois la Cup, en 2011 et 2021, associé à Matt Chadwick, le premier jockey local gagnant d’une des courses internationales.

Des courses qui fabriquent des étalons au pays des hongres. Le niveau des courses à Hongkong est monté en flèche ces dernières années. Winfried Engelbrecht-Bresges, le patron, avait fixé un nouvel objectif pour la grande réunion internationale : offrir, en plus des allocations, une valorisation sur le marché des étalons. C’est dingue pour des courses qui s’adressent surtout aux chevaux d’âge et avec beaucoup de hongres au départ. Et pourtant de futurs étalons sont passés par Hongkong. Pour la France, il faut noter que Vision d’État nous a donné la majestueuse De Bon Cœur et le double lauréat du Vase Doctor Dino élevé par mon ami Osvaldo Pedroni, il figure parmi les meilleurs étalons d’obstacle. Sans le succès dans le Vase 2001, Stay Gold (Sunday Silence) aurait eu du mal à trouver une vraie place d’étalon sur le marché japonais. Il s’est classé troisième à plusieurs reprises derrière Deep Impact (Sunday Silence) et King Kamehameha (Kingmambo) et il est à son tour père d’étalons comme Orfèvre et Gold Ship. Hat Trick (Sunday Silence) nous a donné Dabirsim. Lord Kanaloa (Kingmambo), deux fois lauréat du Sprint, a décroché son rating de 128 à Sha Tin. Il est le père de la championne Almond Eye et candidat au titre de tête de liste au Japon quand l’influence du regretté Deep Impact faiblira. Maurice (Screen Hero) a réussi le doublé Mile – Cup avec à la clé un rating de 127. Il est tête de liste des First Crop Sires au Japon et dimanche, il aura trois partantes dans le Hanshin Juvenile Fillies (Gr1), le Boussac japonais, dont Geraldina, issue de la championne Gentildonna (Sunday Silence). Une course qui fabrique des étalons aux pays des hongres, c’est dingue. Mais à Hongkong tout est possible !