Le Bahreïn, force montante des courses internationales

16.12.2020

Le Bahreïn, force montante des courses internationales

Le 20 novembre l’hippodrome de Sakhir accueillait la deuxième édition du Bahrain International Trophy. Le royaume du Bahreïn a aussi fait l’actualité autour des rings de vente, en Europe, en 2020, en signant plusieurs top prices. Salman bin Rashed Al Khalifa, directeur exécutif du Rashid Equestrian & Horseracing Club, a répondu à nos questions.

JDG Arabians. – Quelle est la place des courses de pur-sang arabes dans le calendrier hippique du Royaume de Bahreïn ?

Salman bin Rashed Al Khalifa. – Du premier week-end de novembre jusqu’à la fin du mois d’avril, nous proposons vingt-six jours de courses, avec sept épreuves, parfois huit. Parmi elles, trois sont réservées aux pur-sang élevés à Bahreïn, trois autres aux pur-sang importés et enfin une est l'apanage des pur-sang arabes. Les courses de pur-sang arabes sont très importantes pour nous. Cela fait de nombreuses années que nous proposons des épreuves pour cette race : comme vous le savez, ce sont des courses populaires sur la scène internationale. En France, vous en proposez beaucoup, de même qu’en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, à Dubaï... Nous soutenons beaucoup les pur-sang arabes et faisons tout ce que nous pouvons en ce sens.

Vous proposez, avec le Bahrein International Trophy, une épreuve internationale pour les pur-sang anglais. Peut-on imaginer la création d’un Bahrein International Trophy pour pur-sang arabes ?

C’est une possibilité ! Je pense que tous les officiels ici sont très attachés aux pur-sang arabes. Je suis certain que c’est quelque chose que nous pourrions mettre en place dans le futur, mais nous avançons étape par étape sur le développement de nos courses internationales autour du Bahrein International Trophy. Nous espérons pouvoir proposer une grande journée de courses dans le futur, selon les retours et les attentes des différents professionnels autour du calendrier international.

Nous auriez-vous cru si nous vous avions dit, tout de suite après la première édition du Bahrain International Trophy en 2019, que l’édition 2020 attirerait cinq gagnants individuels de Gr1 ?

Pour être honnête, nous avions eu beaucoup de retours positifs après la première édition du Bahrain International Trophy. Tout le monde a passé un bon moment. Les professionnels ont aimé les infrastructures, ce fut une belle course. Nous espérions donc avoir un bon lot pour la deuxième édition. Mais, évidemment, nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit aussi fort ! Avoir un gagnant d’Irish Derby (Gr1) avec Sovereign (Galileo), Deirdre (Harbinger), une star japonaise gagnante des Nassau Stakes, Lord Glitters (Whipper) qui est un lauréat de Queen Anne, Desert Encounter (Halling), un double lauréat des Canadian International… C’est vraiment un beau lot et je n’oublie pas qu’il y a d’autres chevaux qui ne sont pas gagnants de Gr1 mais qui seront, je le pense, compétitifs. Ce sont des moments enthousiasmants pour tous et nous sommes reconnaissants du soutien que nous recevons des entraîneurs européens. Malheureusement, cette année, nous n’avons pas de chevaux entraînés en France. L’année prochaine, j’espère que nous en aurons : ce fut un excellent moment l’an dernier lorsque Royal Julius a gagné. Je crois que cela avait été une bonne expérience pour tout le monde. Nous avions des chevaux français engagés : je pense que tout le monde a été un peu surpris par la qualité du lot et pensait que ce serait équivalent à l’an dernier. Mais il y a des chevaux avec un rating très élevé : tous ceux qui arrivent d’Europe ont des ratings entre 109 et 116. Personnellement, j’adore les courses françaises : vous avez de splendides courses, des hippodromes et des infrastructures magnifiques, tout est bien organisé avec des courses de haut niveau.

L’idée est de faire s’affronter chevaux internationaux et locaux. Ces derniers ont-ils une chance ?

Nous avons quatre chevaux entraînés au Bahreïn et, au total, cinq chevaux qui représentent les couleurs du Bahreïn : Global Giant (Shamardal) est entraîné en Angleterre par John Gosden pour un propriétaire du Royaume. Il s’annonce très compétitif. Du côté des chevaux entraînés dans le pays, Port Lions (Kodiac) a gagné en Arabie Saoudite au mois de février, lors de la Saudi Cup.

L’idée est-elle, dans le futur, d’avoir plus de courses internationales autour du Bahrain International Trophy ? De créer un Champions Day de Bahreïn ?

Nous avons dans l’idée de développer cette journée, de l’entourer de nouvelles courses. Nous avions notamment l’envie de proposer une course pour les sprinters mais, étant donné la situation dans le monde, cette proposition a été repoussée à l’an prochain. Nous espérons donc avoir deux courses en 2021. Concernant la mise en place d’une grande journée, un peu à l’image de la Dubai World Cup avec des courses pour toutes catégories de chevaux, ce n’est pas une impossibilité. Mais nous souhaitons y aller étape par étape, selon les besoins et les attentes des entraîneurs et propriétaires européens aussi. Si nous pouvons apporter une petite pierre au calendrier des courses internationales, alors il pourrait être possible de développer une magnifique journée de courses.

Combien de chevaux sont-ils entraînés à Bahreïn actuellement ?

Environ 350 chevaux sont à l’entraînement à Bahreïn. Ils sont tous basés sur l’hippodrome où se trouvent les écuries, ce qui est très pratique pour les entraîneurs. Il y a quelques jours, l’entraîneur britannique George Baker a annoncé qu’il allait installer une antenne à Bahreïn, ce qui nous a fait très plaisir. Il y a beaucoup de gens qui, je crois, s’intéressent à nous : Bahreïn permet de se déplacer facilement à Dubaï, en Arabie Saoudite… Nous essayons d’attirer plus de propriétaires et d’entraîneurs chez nous, sachant qu’il y a beaucoup de festivals dans la région à cette période de l’année.

Ce serait donc une nouvelle étape pour le Bahreïn, qui attire déjà les top-jockeys internationaux ?

Depuis plusieurs années, des jockeys internationaux reconnus sont en effet venus monter à Bahreïn. Cela montre qu’ils aiment nos courses et qu’ils sont heureux de revenir. Cette année, nous sommes ravis de voir que les top-jockeys ont fait le déplacement pour le Bahrain International Trophy : Frankie Dettori, Ryan Moore, William Buick, Silvestre de Sousa, Adrie de Vries, Andrea Atzeni, etc… Tous ces top-jockeys pour notre grande course, c’est enthousiasmant.

Pouvez-vous nous décrire l’hippodrome de Sakhir ?

Nous avons trois pistes : deux en gazon et une de dirt à l’intérieur. Nous avons aussi une piste de dirt pour l’entraînement. C’est confortable pour tous les chevaux et les entraîneurs. Nous ouvrons l’une des deux pistes sur gazon à deux reprises dans la semaine pour les entraînements. Pendant longtemps, nous n’avions qu’une seule piste en gazon mais, cette année, nous avons ouvert la seconde piste en gazon, intérieure à l’autre, ce qui permet d’alterner. Les jockeys nous ont complimentés sur cette piste.

Il y a donc 350 chevaux actuellement à l’entraînement à Bahreïn. Espérez-vous pouvoir encore augmenter l’activité ?

Nous réfléchissons constamment à améliorer et agrandir les infrastructures. Nous sommes actuellement en train de construire de nouvelles écuries : nous finalisons actuellement tous les plans architecturaux pour cela et nous espérons entamer le processus de construction tout prochainement. Nous avons aussi construit de nouvelles infrastructures pour créer un club à destination des entraîneurs, une piscine pour les chevaux, de nouveaux marcheurs… De plus, je suis ravi de dire que nous sommes en train de monter une académie pour les jockeys : ce sera la première école de formation des jockeys dans la région. Nous avons signé un accord avec Horse Racing Irlande et nous allons pouvoir former des jockeys dès la fin du mois de janvier. C’est un projet qui nous apporte beaucoup de bonheur et nous sommes ravis d’investir pour nos jockeys, nos entraîneurs.

Le Bahreïn propose désormais une course internationale. Les propriétaires locaux sont actifs aux ventes européennes depuis plusieurs années mais, en 2020, les top prices de la vente de sélection d’Arqana et du book 1 de Tattersalls ont été réalisés par un propriétaire du Bahreïn [le cheikh Nasser Al Khalifa en association avec KHK Racing, ndlr]. Le Bahreïn lance-t-il en 2020 un message ? Son ambition est-elle de prendre une place majeure sur la scène hippique internationale ?

Pour être honnête, je constate depuis quelques années dans les ventes européennes que les propriétaires achètent plus de chevaux, et des éléments de qualité. Je crois que cela montre la volonté des propriétaires de Bahreïn de prendre une place encore plus importante dans le monde des courses, d’avoir une présence encore plus forte. Il est clair qu’un certain nombre de propriétaires investissent des sommes importantes et montrent leur envie d’être actifs dans les courses partout dans le monde.

Le royaume de Bahreïn, dans le blue book, apparaît dans la partie 3, ce qui veut dire que vous ne proposez pas de black type. Avec une première étape comme le Bahrain International Trophy, espérez-vous pouvoir devenir prochainement un pays offrant du black type ?

J’aime penser que nous pouvons y parvenir ! Évidemment, il y a des procédures en place pour y arriver, des critères auxquels il faut répondre. Pour faire cette demande auprès de la Fédération internationale des autorités hippiques, il nous faut passer par l’Asian Racing Committee et demander à obtenir du black type. Nos courses seront évaluées, la qualité de nos chevaux… C’est un processus que nous souhaitons mettre en place : ce n’est pas simple, mais nous aimons travailler en ce sens, avoir ce but. Nous avons eu notre première édition du Bahrain International Trophy l’an dernier, ce sera la deuxième édition vendredi [le 20 novembre] et je pense que, tout de suite après, nous allons déposer notre demande auprès de l’Asian Racing Committee pour demander à être qualifié black type. Quel sera le statut de la course si cela est accepté ? Je l’ignore mais nous allons travailler dur pour développer le statut de la course et qu’elle soit reconnue.