Pierre Patrac : « Être récompensé l’année où Marseille a brillé, c’est quelque chose ! »

Courses / 19.12.2020

Pierre Patrac : « Être récompensé l’année où Marseille a brillé, c’est quelque chose ! »

TROPHÉE DU PERSONNEL DES COURSES ET DE L’ÉLEVAGE

C’est confiné dans sa chambre d’hôtel à Hongkong, deux jours après la prestation de Skalleti, que Pierre Patrac, vainqueur de la catégorie Dévouement pour les courses, a répondu à nos questions.

Jour de Galop. - Que représente cette victoire pour vous ?

Pierre Patrac. - C’est une grande fierté pour moi. D’abord pour mon écurie, mon patron et aussi ma région, car, lorsque j’ai commencé dans le métier, il y a 22 ans, nous, les Marseillais, étions vraiment considérés comme de tout petits provinciaux. J’ai vu l’évolution : désormais nous sommes craints et, cette année, quelle apothéose ! Franchement, être récompensé l’année où Marseille a tant brillé, c’est quelque chose ! C’est aussi une très grande fierté à titre personnel. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Je suis euphorique depuis que j’ai appris que j’avais gagné. Pour moi cela compte énormément. Et puis là, j’ai le temps d’y penser et de savourer, car je ne peux rien faire d’autre que de rester dans ma chambre d’hôtel. J’ai même deux vigiles devant ma porte ! (rires)

Comment est née votre passion ?

Je la dois à mon père. C’était un grand turfiste. Je l’accompagnais tous les week-ends sur les hippodromes de la région, à Salon-de Provence, Cavaillon… J’adorais vraiment aller aux courses. Mais je n’avais jamais approché un cheval de ma vie avant d’entrer à l’Afasec. J’ai voulu tenter l’expérience et cela m’a plu tout de suite.

Quel a été votre parcours ?

À 14 ans, j’ai quitté mes parents pour aller à l’Afasec. Vu mon gabarit – je mesure 1,80m et je suis plutôt carré d’épaules –, j’ai rapidement compris que ce serait cuit pour devenir jockey. On m’a donc orienté vers le trot mais ça ne m’a pas plu du tout. Arrivé fin avril, je n’avais pas de contrat et j’ai bien failli devoir quitter l’Afasec. Mais un entraîneur de galop cherchait un apprenti et on m’a fait comprendre que, si je ne faisais pas l’affaire, il faudrait que je change sous doute de voie. Je suis donc arrivé chez Louis et Dominique Boulard en avril 1999. Ils entraînaient les chevaux de monsieur Seroul à l’époque et, au bout de deux jours, ils m’ont gardé. Je suis passé employé à la fin de mes années d’apprenti, au moment où monsieur Boulard partait à la retraite. Depuis, j’ai travaillé avec tous les entraîneurs de monsieur Seroul qui se sont succédé : de Jean-Marc Capitte à Jérôme Reynier. C’est quand monsieur Capitte est parti que je me suis rapproché du premier garçon de voyage. Je voulais apprendre ce métier, car je voulais aller aux courses par-dessus tout. On m’a appris le protocole et, quand Frédéric Rossi est arrivé, je me suis retrouvé premier garçon par intérim pendant six mois. Cela m’a tellement plu que j’ai demandé à garder le poste, et monsieur Seroul, en concertation avec monsieur Rossi, m’a offert le poste.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le métier ?

C’est l’absence de routine que j’adore. Aucune journée ne ressemble à une autre. J’adore voyager, partir avec mon camion et aller aux courses. Ce qui est appréciable aussi, c’est que, lorsqu’on est garçon de voyage, on est souvent son propre chef. Quand on fait bien le job, on peut avoir beaucoup d’autonomie. Avant de partir, on reçoit les ordres du patron, mais après on est souvent seul car l’entraîneur a beaucoup d’autres choses à gérer.

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

Je me suis posé des centaines de fois la question et je me vois toujours dans le milieu, à la même place. Cela me fendrait le cœur de devoir de quitter mon poste. Tant que j’ai la force, je continue. Cela m’embêterait de voir mon camion partir sans moi ! Et puis, on voit de super hippodromes. Là, c’est Sha Tin, mais j’ai fait Ascot, il y a quelques mois. Une vraie claque. Et ça, je veux continuer à le vivre.

Vous avez 37 ans. Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer ?

Se demander si on est vraiment passionné ou non. On ne fait pas ce métier pour l’argent. C’est la passion qui nous fait tenir, car c’est un métier très fatigant.