À la Une : les défis que les courses doivent relever à l’international en 2021

International / 17.01.2021

À la Une : les défis que les courses doivent relever à l’international en 2021

Nous avons parlé dans notre précédente édition des défis pour les courses françaises en 2021. À l’international, plusieurs grands pays de courses auront aussi leurs propres challenges à relever cette année, parfois proches de nous, parfois très différents. Nous vous emmenons en Australie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis…

Par Anne-Louise Échevin

Six morts en huit éditions : la Melbourne Cup n’a plus le droit à l’erreur

La Melbourne Cup commence à être tristement célèbre pour sa mortalité importante : lors de ses huit dernières éditions, six chevaux sont morts. C’est beaucoup trop et c’est indéfendable.

- 2013 : la française Verema (Barathea) s’accidente mortellement.

- 2014 : le japonais Admire Rakti (Heart’s Cry) meurt d’une crise cardiaque après la course. Arrivé septième, Araldo (High Chaparral) sera euthanasié dans les heures qui suivent pour cause de fracture.

- 2015 : Red Cadeaux (Cadeaux Généreux) se fracture une jambe et sera euthanasié dans les jours qui suivent.

- 2017 : The Cliffs of Moher (Galileo) s’accidente mortellement dans la ligne droite.

- 2019 : Anthony van Dyck (Galileo) s’accidente mortellement dans la ligne droite.

En Australie, comme aux États-Unis, les lobbies animalistes sont extrêmement virulents, plus encore qu’en Grande-Bretagne et bien plus qu’en France où L214, par exemple, ferait figure de bisounours. La Melbourne Cup est la course qui arrête une nation. Mais les courses existent dans beaucoup de pays par une "licence sociale" : le jour où le public juge une pratique inacceptable, elle disparaît. Imaginez donc les conséquences désastreuses que peut potentiellement avoir une telle mortalité dans la Melbourne Cup. La course qui arrête une nation peut très bien être la course arrêtée par la nation… et impacter les courses hippiques australiennes en général ! Les courses restent populaires en Australie mais on sait que le vent peut tourner très rapidement.

Il faut trouver des solutions ! Des enquêtes sont en cours pour comprendre ce qu’il se passe à la Melbourne Cup mais, vu de l’extérieur, on a parfois l’impression que les différentes autorités australiennes cherchent plutôt à refiler la patate chaude à quelqu’un d’autre. On ne peut pas nier que ce sont principalement les concurrents étrangers, et européens, qui sont touchés par la forte mortalité, à laquelle il faut ajouter une accidentologie marquée à l’entraînement ou dans d’autres courses australiennes. Des professionnels australiens ont suggéré que les étrangers devaient passer plus de temps en Australie pour s’acclimater, après la quarantaine, et reprendre de la forme avant une course aussi exigeante. Mais, dans ce cas, les autorités australiennes peuvent aussi tenter de renégocier les conditions de quarantaine : on voit mal les européens faire une croix sur la fin de l’été chez eux, même pour un sacré paquet de dollars.

Auparavant basés à Sandown, les européens sont désormais installés sur le centre d’entraînement de Werribee. Différents professionnels des courses australiennes, qu’ils soient entraîneurs ou vétérinaires, ont appelé Racing Victoria à se pencher sur Werribee, voire carrément à fermer le centre. Après la Melbourne Cup 2020, le responsable de l’intégrité de Racing Victoria a estimé que les chiffres de l’accidentologie entre Sandown et Werribee étaient incomparables, étant donné que Werribee accueillait beaucoup plus de chevaux étrangers que Sandown à l’époque. Franchement, cela donne l’impression de botter en touche…

Les enquêtes sont en cours et nous devrions en savoir plus au mois de mars sur les différentes mesures qui seront prises. Honnêtement, nous avons peur d’être franchement déçus. Dans les jours suivants la Melbourne Cup, nous n’avons pas senti, de l’extérieur, une immense volonté de Racing Victoria de donner un grand coup de pied dans la fourmilière et de trouver des pistes pour assurer la sécurité des européens. Nous avons plutôt eu l’impression d’avoir un cours magistral sur des chevaux européens pas adaptés aux pistes australiennes et des entraîneurs renvoyés à leurs responsabilités – et peut-être doivent-ils repenser leurs méthodes en Australie, mais dans quelle mesure est-ce possible ?

Racing Victoria doit en tout cas faire un choix : veut-elle vraiment un rayonnement international pour la Melbourne Cup ? Dans ce cas, il lui faut trouver des solutions. C’est très bien de parler régulièrement du problème d’image posé par la cravache… Mais la mortalité élevée des chevaux est un sujet beaucoup plus important !

La Grande-Bretagne, entre Brexit et Covid

Les courses britanniques commencent l’année 2021 avec une multitude de défis et d’interrogations. Il y a tout d’abord de nombreux changements entraînés par le Brexit : retour des contrôles aux frontières et toute la paperasse et complications qui vont avec. La saison de monte va rapidement arriver et, pour le moment, c’est le grand flou pour les éleveurs anglais et irlandais souhaitant se rendre au Royaume-Uni, ou les éleveurs britanniques souhaitant envoyer des juments en Irlande et en France. Les camions de transport doivent être agréés. Et à cela se rajoute la question de la fiscalité !

C’est Willie Mullins qui a souligné le problème de la T.V.A. : a priori, cela concerne le déplacement des chevaux pour le sport, donc la situation pourrait ne pas être la même concernant l’élevage. L’entraîneur s’est vu demander de payer 19 % de la valeur d’un de ses partants – comment quantifier cela ? – en T.V.A., faisant craindre un coût astronomique pour les Irlandais souhaitant faire le déplacement à Cheltenham au mois de mars. Willie Mullins n’a finalement pas eu à payer la taxe, celle-ci ayant pour le moment été ajournée à la fin de l’année, mais les autorités britanniques et irlandaises sont en plein travail pour éclaircir la situation et trouver des solutions. On peut supposer, même si le flou règne, que cette T.V.A. pourrait toucher les chevaux britanniques allant courir en Irlande ou en France, ainsi que les chevaux français souhaitant se rendre en Grande-Bretagne.

Si l’on en croit le Racing Post, la législation indique que le Royaume-Uni est considéré par un pays tiers pour l’Europe et la T.V.A. doit donc être payée au pays dans lequel le cheval se déplace et elle est remboursable si l’équidé quitte le pays dans les 24 mois. Un cheval se déplaçant pour une course ou une jument pour la saillie pourrait donc échapper à la taxe, mais un cheval importé ou exporté "définitivement" de Grande-Bretagne pourrait donc être assujetti à une T.V.A. importante. Les autorités hippiques sont en train de chercher des réponses et des solutions. Pour le moment, tout le monde est donc dans le flou artistique, dans l’espoir d’en savoir plus dans les jours à venir… Ça urge !

Le Covid touche durement les courses britanniques. Pendant les fêtes de fin d’année, il y a eu des rumeurs sur un possible arrêt des courses en Grande-Bretagne en raison de la deuxième vague de Covid-19. Le gouvernement britannique a affirmé que ce n’était pas dans les plans et c’est une bonne nouvelle.

Le premier confinement britannique a entraîné l’arrêt des courses du 18 mars au 1er juin, pour soulager la N.H.S., les services de santé britanniques (ce sont leurs ambulances sur les hippodromes). Les allocations ont été drastiquement baissées, comme dans d’autres pays européens, à la reprise des courses. Le public n’est quasiment pas revenu sur les hippodromes : deux réunions pilotes ont eu lieu en septembre, puis les hippodromes ont rouvert leurs portes le jeudi 3 décembre (dans certaines régions seulement, en fonction de la zone dans lequel se trouve l’hippodrome). Les portes de tous les hippodromes ont ensuite été refermées début janvier. Pas de public pour les grands rendez-vous représente une lourde perte pour les hippodromes britanniques qui participent au financement de leurs allocations. Et au financement des hippodromes tout court : sans revenus générés par les droits TV ou le public, un certain nombre d’hippodromes craignent tout simplement la faillite.

Les différents confinements et restrictions de déplacement ont aussi durement impacté les bookmakers, avec des betting shops obligées de fermer leurs portes. Un peu comme en France avec la fermeture des cafés et bars PMU, mais il y a une différence majeure entre la France et le Royaume-Uni : les bookmakers financent les courses en reversant une partie de leur bénéfice au Levy Board, mais ils payent aussi des droits télévisuels pour diffuser les courses dans leurs betting shops, droits qui sont notamment reversés aux hippodromes concernés et qui financent donc les allocations. Et financent les hippodromes tout court : sans revenus générés par les droits TV ou le public, un certain nombre d’hippodromes craignent tout simplement la faillite.

La situation financière des courses britanniques est pour le moins délicate : si l’on enlève les grandes épreuves richement dotées grâce notamment aux sponsors, les allocations en Angleterre sont déjà faibles en temps normal et, avec les impacts de la Covid, on ne voit pas encore le bout du tunnel… La British Horseracing Authority avait demandé au gouvernement britannique de se pencher en urgence sur une nouvelle réforme du Levy Board (réformé en 2017) dans l’espoir de trouver des fonds supplémentaires : le gouvernement a annoncé cette semaine à la B.H.A. qu’il ne jugeait pas utile de réformer le Levy Board dès cette année. C’est un coup dur.

Les États-Unis rentrent dans une nouvelle ère

Non, nous ne parlons pas de l’ère post-Trump ! Juste avant Noël, le Horseracing Integrity and Safety Act (Hisa) a été validé par le Congrès américain (Chambre des représentants plus Sénat). Le 27 décembre, le président des États-Unis Donald Trump a signé cet acte, le faisant ainsi passer dans la loi. Pour les États-Unis, c’est un moment historique !

L’État prend les choses en main. Le fonctionnement des États-Unis est très différent de celui de la France : traditionnellement, on préfère que l’État fédéral reste le plus loin possible des affaires ! Chaque État possède une marge dans ses décisions et les courses n’échappaient pas au phénomène : les règles de médications n’étaient pas uniformes, celles de dopage non plus, les tests n’étaient pas bien encadrés, etc. Trouver les règles concernant le Lasix (furosémide), la Bute (phénylbutazone) ou le clenbutérol d’un État à l’autre, voire d’un hippodrome à l’autre, a de quoi filer une sacrée migraine. Avec le Hisa, c’est un nouveau temps qui commence : mise en place d’une autorité indépendante chargée du contrôle anti-dopage et de la médication (à et hors de l’entraînement) – ainsi que d’un programme de sécurité sur les hippodromes –, qui sera reliée à l’Agence américaine de lutte contre le dopage et donc uniformisation des standards de sécurité et de contrôle sur l’ensemble du territoire des États-Unis !

Le Hisa ne fait pas l’unanimité auprès de tous les acteurs des courses : il a de fervents supporters, qui estiment qu’il est temps de passer à autre chose face, notamment, à la pression populaire, et ses détracteurs. La question du Lasix en compétition est peut-être la plus clivante : considéré comme dopant dans les autres grands pays hippiques, il reste, pour certains professionnels américains, un produit destiné à soulager le cheval en course et donc un outil participant au bien-être. Nous ne sommes pas encore au stade de l’interdiction pure et simple du Lasix dans les courses américaines : le Hisa doit présenter une harmonisation autour des règles de médication, ce qui ne veut pas dire interdiction d’entrée de jeu.

Bye bye Lasix ? Le Lasix paraît cependant condamné. Le Kentucky Derby va se disputer sans Lasix comme les autres étapes de la Triple couronne américaine, les Preakness Stakes et les Belmont Stakes. Par ailleurs, les poulains participant à la Road to the Kentucky Derby (les épreuves qualificatives) n’obtiennent pas de points si leurs performances ont été réalisées sous Lasix : c’est le cas de Senor Buscador, gagnant des Woodford Reserve (Gr1). Darren Rogers, porte-parole de Churchill Downs, a dit à Bloodhorse suite à ce fait : « Nous estimons qu’il est temps d’avoir une politique de médication uniforme dans toutes les juridictions des courses américaines et d’être en ligne avec les standards de la Fédération internationale des courses hippiques (Fiah) du reste du monde. Le Lasix est un débat récurrent et les personnes responsables sur ce problème ne sont simplement pas d’accord sur le fait de continuer à l’utiliser ou non. Nous estimons que le Lasix est un problème concernant l’intégrité des chevaux et qu'il faut continuer à soutenir les efforts pour l’interdire dans les courses de 2ans et les courses de Stakes, y compris le Kentucky Derby. »

Par ailleurs, en 2021, toutes les courses de Stakes seront courues sans Lasix du côté de Gulfstream Park. Pour faire simple, quasiment toutes les courses de Stakes ou de Groupe américaines auront lieu sans Lasix dès 2021 : dans toutes les courses de Stakes des hippodromes californiens (sauf pour certaines courses pour California bred), dans tous les Groupes au Kentucky, dans tous les Stakes de New York, dans tous les Groupes du Maryland, dans tous les Stakes de Floride et, pour l’Arkansas et la Louisiane, dans les épreuves qualificatives au Kentucky Derby. Plusieurs hippodromes ont, en 2020, interdit le Lasix dans les courses de 2ans.