Florent Fonteyne : "Le galop est en avance sur le trot en matière de commerce"

Courses / 05.02.2021

Florent Fonteyne : "Le galop est en avance sur le trot en matière de commerce"

Florent Fonteyne : « Le galop est en avance sur le trot en matière de commerce »

Président de l’association des courtiers au trot, Florent Fonteyne intervient aussi dans le galop. Il a donc de bons points de comparaison entre les deux secteurs. Pour lui, et pour des raisons de sécurité, il faut investir au galop si l’on veut courir…

Jour de Galop. - Admettons qu’un client novice dans les courses vienne vous voir avec un budget de 15.000 €. Que lui conseilleriez-vous ? Trot ou galop ?

Florent Fonteyne. - Pour ce genre de profil, je pense que la meilleure solution, c’est soit un cheval prêt à courir, soit un yearling, et dans ce cas, plutôt au galop. Un yearling trotteur, c’est beaucoup d’incertitudes : il y a l’étape des qualifications, qui génère malgré tout 60 % de "non admis". Quant au marché du trotteur prêt à courir, il est beaucoup moins dense qu’au galop. Le commerce de chevaux à l’entraînement est beaucoup moins imprégné au trot. Alors qu’au galop, aussi bien dans les réclamers que dans les ventes aux enchères, on peut se faire plaisir avec un budget raisonnable. Je pense à l’exemple de Thirsty que nous avons acheté à réclamer pour 11.500 € en octobre et qui a gagné trois fois à Deauville cet hiver. On peut trouver des sujets de ce type avec une vraie marge de progression… C’est moins le cas au trot. Pourtant dans les réclamers, les curseurs d’investissement sont à peu près similaires dans les deux disciplines… Et puis, au galop, le programme est beaucoup plus facile : on peut déclasser un cheval en allant courir en petite province par exemple. Au trot, avec un programme axé sur les gains, la donne est très différente.

Comment expliquez-vous que le marché du trotteur "prêt à courir" soit si peu développé au trot ? Est-ce seulement une question de culture ?

Il y a cette question de mentalité, ajoutée au fait que le monde du trot est beaucoup moins internationalisé que celui du galop. Dès que vous avez un galopeur qui montre du potentiel, vous pouvez avoir des offres en provenance des États-Unis par exemple — c’est ce que nous avons vécu avec Go Fast Traou Land. Ce n’est jamais le cas au trot, où les courses européennes et internationales restent très minoritaires. De façon assez paradoxale, au trot, le marché du yearling est en revanche assez développé, et les ventes se sont bien tenues malgré le Covid. Les prix peuvent atteindre des sommes impressionnantes pour les super pedigrees, alors même qu’il existe cette barrière des qualifications et une grosse part d’incertitudes…

Mais tout de même, la différence entre le coût d’entretien d’un trotteur et celui d’un galopeur ne peut-elle pas faire pencher la balance vers le trot ?

Cette différence dont vous parlez, elle n’est en fait pas si marquée. J’ai des chevaux chez Ludovic Gadbin et Adrien Fouassier : le coût d’entraînement n’est pas plus élevé que chez un entraîneur de trot de renom. Et au galop, vous avez ce système de primes aux propriétaires qui fait la différence. Soixante-dix pour cent pour les 2ans cette année, c’est colossal !

Pourquoi, selon vous, ce système de primes n’existe-t-il pas au trot ?

Je milite pour ! Accordons, comme au galop, une prime pour les propriétaires de chevaux nés et élevés en France. Mais par répercussion, cela voudrait dire ouvrir le stud-book du trotteur français. Parce que forcément, les étrangers voudraient venir élever en France avec leurs bonnes juments, pas obligatoirement françaises. Or le monde du trot n’est pas prêt à cette ouverture. Pourtant, je n’y vois que des avantages : amener d’autres courants de sang, améliorer la jumenterie, attirer des éleveurs étrangers avec des moyens et créer de la croissance. Cela tirerait la filière trot vers le haut.

S’il existe un domaine où investir au trot est plus intéressant qu’au galop, quel serait-il ?

Incontestablement, dans les parts d’étalons. Il y a vraiment beaucoup d’activité dans ce domaine. Certains porteurs de parts les considèrent comme des produits financiers. Il faut savoir qu’au trot, les étalons sont limités à cent juments, parfois même à soixante. Quand vous visez un étalon à la mode et que vous n’en avez pas de parts… C’est comme dans un marché où la demande est supérieure à l’offre. Les prix grimpent. Donc là, oui, le commerce est incontestable.

Pour un client voulant se lancer dans l’élevage, vers quel secteur l’orienteriez-vous ?

Là, je dirais que je n’ai pas vraiment de préférence. Au galop, si vous êtes éleveur hors-sol, le coût de production peut vite grimper. Les saillies sont plus chères, évidemment, mais la marge que vous pouvez réaliser si vous vendez bien le poulain sera supérieure. Au trot, il est primordial de savoir cibler les étalons : beaucoup trop de juments sont sursaillies, parce qu’on est dans la passion, donc parfois dans la déraison… À mon sens, le trot souffre encore de surproduction, avec près de douze mille poulinières… Trop de juments, trop de poulains, une sélection pas assez stricte… Résultat : les catalogues de vente manquent parfois d’attractivité et donc d’investisseurs potentiels… Plus largement, il existe au trot une incohérence dans les commissions des courtiers. Celles-ci sont payées par le vendeur qui actuellement ne peut percevoir en réalité que 86 % au prix au marteau pour un yearling. Cela me paraît anormal et n’incite pas à présenter un cheval aux ventes.

Plus personnellement, pourquoi avez-vous décidé de vous diversifier dans le galop ?

Au début, je n’y portais pas d’intérêt particulier. Mais quand j’ai décidé de faire du courtage mon métier, je me suis dit qu’il fallait explorer toutes les disciplines, tout simplement parce qu’il fallait être curieux ! Je suis allé à Tattersalls et je me suis laissé tenter par l’achat d’une pouliche. C’était parti. Plusieurs clients "trotteurs" m’ont suivi. Le client pour qui j’ai acheté un fils d’Arrogate à la vente de sélection Arqana, par exemple, avait été dégoûté du propriétariat dans le trot. Il s’était lancé en parallèle dans l’élevage de trotteurs. Quand il a eu envie de revenir au propriétariat, je lui ai proposé d’acheter des galopeurs pour se diversifier. On a commencé à la vente d’été pour des chevaux prêts à courir, puis il y a eu ce yearling par Arrogate, des poulinières de plat et d’obstacle et bien entendu de nouveaux trotteurs en propriété. Il a fallu du temps pour qu’il retrouve la flamme. Ce qui a joué, c’est de voir ses couleurs sur un hippodrome, et aussi l’aspect communication de l’entraîneur envers son propriétaire, plus développé au galop qu’au trot.