Hubert Cerruti : « C’est au-delà de mes espérances »

Élevage / 12.02.2021

Hubert Cerruti : « C’est au-delà de mes espérances »

Samedi dernier, Gaillard du Mesnil a gagné son Gr1 avec la manière, au point d’être propulsé favori du Ballymore Novices’ Hurdle (Gr1) lors du festival de Cheltenham. Son éleveur, Hubert Cerruti (écurie Cerdeval), nous a livré les secrets de sa genèse.

Par Emmanuel Rivron

Hubert Cerruti ne cherche pas particulièrement l’exposition médiatique. On a coutume de dire dans ce cas-là que ses chevaux parlent pour lui. Ce chef d’entreprise, directeur général de CGM (Comptoir guerchais de matériaux), s’est néanmoins ouvert avec franchise sur la passion qui le lie aux chevaux de course : « J’ai acquis Athéna du Mesnil (Al Namix) suite à une journée d’AQPS au Lion-d’Angers. Je m’entendais bien avec son éleveur, Jean-Pierre Aumont, et le fait qu’elle provienne d’une vieille famille me plaisait bien. » Plutôt régulière, Athéna du Mesnil remporte deux courses au cours des neuf sorties de sa carrière et entre ensuite à l’élevage : « Son premier produit, une femelle par Coastal Path (Halling), avait connu quelques soucis de santé. Pour son deuxième étalon, je lui ai choisi Saint des Saints (Cadoudal), que j’aimais bien. Gaillard a été élevé au haras de la Volue, à Nuillé-sur-Vicoin, puis a fait un bref séjour au haras des Pierres Follets. Il est ensuite parti chez Isabelle Gallorini. Elle est compétente, notamment dans les soins à prodiguer aux chevaux, et apporte de l’attention à leur bien-être. Très rapidement, elle m’a dit qu’il présentait une certaine qualité. Je voulais qu’il coure en plat, ce qui allait un petit peu à l’encontre des désirs d’Isabelle Gallorini. Mon but était de valoriser Gaillard, sans prendre de risques inutiles sur les obstacles, comme je le fais en règle générale avec mes autres élèves. »

De Saint-Jean-de-Monts à Leopardstown. Victorieux à Saint-Jean-de-Monts pour sa troisième prestation, Gaillard du Mesnil prend ensuite la deuxième place du Prix du Bourbonnais (Gr2 AQPS), derrière Gant de Velours (Poliglote), et du prix de l’Avenir (Gr3 AQPS), battu par Gingermix (Sunday Break). Fort de ses performances prometteuses, le représentant de la casaque Cerdeval est parti chez Willie Mullins pour 250.000 €. Hubert Cerruti poursuit : « Il aurait pu courir une fois de plus mais la vente Arqana de novembre arrive un peu tôt, ne permettant pas de participer au Jacques de Vienne (Gr1 AQPS). Ces ventes sont des opérations importantes, afin de rentabiliser l’activité d’élevage. À vrai dire, mes premières ventes pour Willie Mullins n’avaient pas atteint les résultats escomptés. Acheté 300.000 €, Allez Colombières (Sageburg) s’était par exemple accidenté dès sa première sortie en Irlande. D’autres acquisitions avaient également déçu. Le ciel s’était donc un peu assombri mais Gaillard a ramené de la clarté le week-end dernier, au-delà de mes espérances. Gagner un Gr1 en Irlande représente quand même quelque chose. En tant qu’éleveur, les émotions sont décuplées. À ce niveau, elles sont particulièrement vives. »

Casaque bleu clair, chevron noir. Désormais éleveur, Hubert Cerruti s’est tout d’abord fait connaître en tant que propriétaire, lui qui a ses couleurs depuis 2009 : « À l’époque, j’avais très peu de contacts avec les chevaux et encore moins avec les galopeurs. Ma famille maternelle n’est autre que les Vallée, passionnés de trot. Mon oncle, Michel, a d’ailleurs longtemps été président des courses de Saint-Malo. Le nom de l’écurie, Cerdeval, provient de la première syllabe de Cerruti et du début de Vallée, pour rendre hommage à ma branche maternelle. Pour le choix de mes couleurs, j’ai conservé celles de mon grand-père au trot, en les inversant, ce qui les a rendues plus lumineuses. J’ai découvert les galopeurs grâce à un compagnon de chasse, François Guiheneuc, ancien gentleman, qui remettait en état des chevaux de Claude Rouget. Les soirs de chasse, je l’aidais à s’en occuper. Par son intermédiaire, j’ai rencontré Claude Rouget, à qui j’ai acheté et confié un cheval à l’entraînement. Hélas, monsieur Rouget est décédé six mois plus tard. J’ai ensuite développé mon effectif chez Alain Couétil, chez qui je suis resté une dizaine d’années. J’apprécie de voir mes chevaux courir à intervalles réguliers. Sinon, le bilan devient rapidement compliqué. À l’époque, j’allais souvent au centre d’entraînement à Senonnes. Je n’y vais plus que rarement, de même que sur les champs de courses. Il faut dire que j’ai beaucoup moins de chevaux à l’entraînement. J’en ai actuellement cinq ou six contre une bonne vingtaine à une époque. Celle-ci est révolue car l’entraînement est soumis à beaucoup d’aléas non maîtrisables. Je me retrouve plus serein dans l’élevage. »

Des erreurs d’éleveur à ne pas répéter. Comme souvent dans cette activité ô combien compliquée, les premières années d’Hubert Cerruti en tant qu’éleveur n’ont pas été toutes couronnées de succès, ce qui n’a pas pour autant altéré sa motivation : « J’élève parce que j’adore cela, tout simplement. Au départ, j’ai gardé des femelles dont les origines n’étaient pas sensationnelles, pas plus que leurs performances. Il n’y a donc pas eu de miracles. Je travaille maintenant en toute confiance avec Jérôme Gandon, du haras des Pierres Follets, et nous avons remis de l’ordre dans tout cela. J’ai été l’un de ses tout premiers clients ; je lui ai confié très rapidement une douzaine de chevaux. Des incidents surviennent évidemment mais c’est inhérent à tout élevage. Il faut faire avec et passer outre. J’ai actuellement une dizaine de poulinières, ce qui est beaucoup pour un seul homme, qui n’est pas de la profession de surcroît. C’est en tout cas ce que pense mon épouse ! La moitié sont des AQPS : je les adore. J’ai subi l’influence d’Alain Couétil ! (rires) Je vais régulièrement voir l’évolution des poulains et des pouliches chez Jérôme Gandon. Nos relations suivies nous permettent de prendre des décisions rapides et c’est ce que j’apprécie. Maintenant, il faut continuer à s’améliorer et s’employer à renouveler ce résultat et cet instant magiques. »

Le frère de Gaillard du Mesnil passe aux ventes ce lundi. Nul doute que ce chef d’entreprise de 73 ans aura un œil sur le numéro 60 de la vente Arqana à Deauville porté par Hardi du Mesnil (Masterstroke), frère utérin de Gaillard : « Pour sa première sortie sur les obstacles, il s’est imposé à Pau, sous la copropriété de Nicolas Canteloup et de Mathieu Palussière. Actuellement, j’ai un foal mâle par Cokoriko (Robin des Champs), que je possède avec les enfants de Jean-Pierre Aumont, qui ont décidé, cette année, de présenter Athéna à Goliath du Berlais (Saint des Saints). Je n’ai pas de label pour mon élevage mais je garde l’affixe Mesnil, où est toujours Athéna d’ailleurs, en reconnaissance à Jean-Pierre Aumont, qui m’a fait profiter de ses produits et de ses conseils avisés. »