Jean-Pierre Gauvin : « Marie Vélon ne va pas en rester là »

Courses / 07.02.2021

Jean-Pierre Gauvin : « Marie Vélon ne va pas en rester là »

En 2020, malgré un accident, Jean-Pierre Gauvin a réalisé l’un de ses meilleurs exercices : 15e du classement des entraîneurs. Le professionnel de la Loire a également fait parler de lui pour avoir mis sur orbite Marie Vélon, révélation des pelotons de ces derniers mois.

Jour de Galop. – Pouvez-vous revenir sur votre accident du 24 septembre ?

Jean-Pierre Gauvin. – Comme souvent, c’était un accident bête. J’allais réparer des fils électriques dans un paddock. La pouliche qui était dedans n’était pas tout près, ce qui ne l’a pas empêchée de me donner un coup de pied en pleine tête. Dans mon malheur, j’ai eu de la chance puisque je n’ai pas perdu connaissance. Il n’y avait rien de très grave, malgré de multiples fractures au visage. Cela s’est bien remis après l’opération du 1er novembre.

Comment avez-vous fait pour gérer l’écurie ensuite ?

Il faut avouer que le métier d’entraîneur ne permet pas trop de déconnecter. Je n’ai pas lâché l’affaire trop longtemps. Le jour-même, je travaillais par téléphone. Trois, quatre jours après, j’étais sur les pistes. Depuis, je me mets quand même moins souvent à cheval le matin, deux lots au maximum, voire aucun de temps en temps. J’avais déjà eu l’occasion de regarder les entraînements à pied, à cause d’autres blessures. À 58 ans, je n’ai pas l’énergie de mes quarante ans et j’essaie de me forcer à rester à pied.

Sportivement, comment avez-vous jugé votre année 2020 ?

La saison a été très correcte, compte tenu des deux mois sans course. L’écurie a enregistré 70 succès, soit deux de moins que notre record ! Nous sommes finalement assez réguliers. Avant le meeting de Cagnes, nous avions démarré très fort 2021. Cette année, la plupart de nos adversaires de Cagnes sont basés sur place. C’est quand même dur d’y affronter des chevaux qui montent en puissance durant le meeting. Il ne faut pas y aller à tort et à travers et ainsi ne pas gaspiller les cartouches qui nous manqueraient au cours de la saison. Bobydargent (Kendargent) y a bien couru dernièrement mais, malheureusement, il s’est fait mal bêtement à un postérieur en descendant du camion. Nous avions projeté d’aller à Deauville fin mars mais ça devrait être juste au niveau timing.

2020 a été marqué par le record de victoires de Marie Vélon. Que cela vous inspire-t-il ?

J’en suis fier. Marie a été la bonne surprise de cette année 2020. Nous savions déjà qu’elle était talentueuse, mais ni moi ni elle ne nous attendions à une année aussi explosive, avec la perte de la décharge. C’est magnifique, incroyable, mais surtout mérité. Il est sûr que la forme appelle la forme, qu’il faut un peu de réussite pour réaliser une telle année, mais il me semble qu’elle montre qu’elle ne va pas en rester là. Elle continue à travailler et à progresser. Dans ce métier, comme dans d’autres, monter rapidement au plus haut sommet est une chose, y rester en est une autre. Elle a toutes les armes pour y parvenir et n’a peut-être pas fini de nous surprendre. Marie a déjà démarré 2021 sur les chapeaux de roue. Elle s‘est forgé une réputation et a un agent qui travaille activement. Elle monte de belles courses, prend de l’assurance et gagne la confiance de beaucoup d’entraîneurs et de propriétaires. Elle devient une valeur sûre.

Êtes-vous un fervent partisan de cette décharge accordée aux femmes jockeys ?

Absolument. La décharge des femmes les aide et c’est très bien que cela soit comme cela. Il faut que cela perdure, même si nous entendons des avis contraires. Il y a quand même une différence de force musculaire entre hommes et femmes et la décharge leur permet d’avoir une chance de rivaliser avec les hommes. C’est la raison pour laquelle hommes et femmes ne se rencontrent pas dans d’autres sports. La mixité dans les pelotons est une vraie chance pour notre sport. Plusieurs journalistes généralistes me contactent au sujet de Marie et, quand ils évoquent les courses, ils parlent de sport. Cela donne une image grand public, loin du cliché "magouille" qui revient de façon récurrente. Si les courses continuent à se féminiser, nous allons beaucoup plus parler de sport. C’est une chance, sans compter que les femmes amènent également leur grâce à cheval. Je faisais monter des filles bien avant la décharge, mais un propriétaire est plus enclin à faire monter une fille avec cet avantage pondéral. C’est le petit coup de pouce qui fait la différence, d’autant que les filles sont nettement majoritaires à postuler maintenant pour travailler à l’écurie. D’ailleurs, cela fait des années qu’un apprenti garçon ne m’a pas été proposé.

Comment envisagez-vous la progression de Marie Vélon ?

L’étape suivante pour elle sera de gagner la confiance de propriétaires pour monter de bons chevaux. Marie travaille chez moi mais je ne la vois pas souvent (rires). C’est la difficulté à cause de notre situation géographique. Quand elle monte en course l’après-midi, elle ne peut pas être à l’entraînement le matin. Même s’il ne faut pas faire des déplacements à tort et à travers, si le jockey est bon, il court. Je n’ai jamais empêché un jockey d’aller monter en course.    

Vous aviez déjà grandement contribué à l’éclosion d’Antoine Hamelin, lors de l’épopée de Saônois. Suivez-vous son parcours à Hongkong ?

Bien sûr et je suis heureux de la voir réussir là-bas. Il avait commencé à monter Saônois (Chichicastenango), alors qu’il avait encore sa décharge. Cela a été une grande satisfaction de l’avoir aidé. Quand un couple fonctionne bien, il ne faut pas le changer et le séparer à la moindre erreur qui permet parfois de rectifier le tir. J’apprécie les valeurs de fidélité et de loyauté et c’est ce qui paie.

Installé à Saint-Cyr-les-Vignes, comment gérez-vous cet éloignement des hippodromes parisiens, notamment ?

Ici, nous sommes à la fois "loin de rien et près de rien". Toute l’année, il faut se déplacer. Nous assumons nos transports nous-même et cela nécessite une vraie logistique. Pour le meeting de Cagnes, nous avons pris le choix de faire les déplacements. Ainsi, nous courons un peu moins les chevaux et cela compromet moins la suite de la saison. Nous essayons de grouper mais c’est bien l’engagement qui provoque le déplacement du cheval. S’il n’y en a qu’un, il faut y aller.

Parvenez-vous facilement à recruter du personnel, de par cet emplacement géographique ?

En étant isolé à la campagne, c’est encore plus compliqué de trouver des personnes compétentes et intéressées pour venir se perdre un petit peu dans la Loire. Mais, parallèlement, il y a une certaine stabilité. Nous sommes une quinzaine à cheval le matin pour une capacité maximale de 62 chevaux, avec 21 salariés au total. Les deux pistes, une en gazon et l’autre en sable qui est plus utilisée, demandent un certain entretien. Nos pistes sont en dénivelé, ce qui procure des avantages et des inconvénients. Généralement, je fractionne beaucoup. L’hiver, j’ai tendance à faire deux galops de chasse d’échauffement. Par contre, nous avons un peu plus de mal à travailler la vitesse. Bien souvent, quand nos chevaux font leur rentrée, ils ont besoin de temps pour se mettre en jambe, encore plus les débutants.

Avez-vous beaucoup de 2ans dans votre effectif ?

Les 2ans arrivent de plus en plus tard. En plus de cela, j’ai des profils de propriétaires divers et variés. Certains préfèrent acheter des réclamers ou des chevaux à l’amiable. Nous essayons de travailler avec du renouvellement à deux vitesses entre jeunes et chevaux d’âge. Nous devrions finir à une petite quinzaine de 2ans. Cela ne dépassera pas un quart de notre effectif. C’est bien car cela permet de plus sélectionner.

Quels sont vos espoirs parmi les 3ans ?

Dans l’effectif de Jean-Claude Seroul, j’aime bien Zhivago (Kendargent) que nous allons revoir à Cagnes ou à Chantilly la semaine prochaine. Deux fois troisième en autant de courses, Morton (New Bay) va effectuer sa rentrée fin février ou mars. Sœur d’Intérieur (Elusive City), Extérieur (Elusive City), qui a fini cinquième pour sa seule sortie, est perfectible. J’aime bien aussi Pink Intellectual (Intello), sœur utérine de Pink Gin (Kouroun) et de Pink Annabella (Anabaa). Parmi les 4ans, Iresine (Manduro) aurait sûrement attaqué une Listed en fin d’année dernière, sans une petite myosite. Nous avons donc décidé de le laisser tranquille et il est même parti deux mois en vacances. Il sera revu fin mars désormais.