Jérôme Reynier : « Ma vérité »

Courses / 13.02.2021

Jérôme Reynier : « Ma vérité »

Jérôme Reynier : « Ma vérité »

« Il est un peu plus d’une heure du matin et je rentre tout juste d’un périple de huit heures. Avec mon fidèle ami et transporteur Jean-Michel Véran, nous revenons de Mont-de-Marsan, où j’ai pris beaucoup de plaisir à m’occuper de Milltop (Sinndar), un sujet qui m’a récemment été confié. Il a effectué une rentrée convenable dans des conditions extrêmes, car la piste était très pénible, surtout en fin de réunion. Je pense que c’est l’aspect qui me plaît le plus dans l’entraînement et dans les courses : celui d’être au plus près de l’action et de souhaiter bonne chance au jockey une fois la "jambe donnée". Cela fait maintenant plus de dix ans que j’exerce cette profession d’entraîneur, et cette flamme qui m’anime a récemment perdu un peu de son éclat quand un courant d’air l’a fait vaciller.

Jamais le nom d’un poulain ayant terminé quatrième lors de ses débuts n’aura été autant cité. Ce fameux Dar Toungi (Kendargent) est à l’origine de sanctions tout à fait "inédites" (comme les chevaux au départ) prises à l’encontre de son entourage... Je n’avais jamais encore vu de sanctions visant à punir à la fois le poulain (un mois d’interdiction de courir donc), l’entraîneur (1.500 € d’amende), le jockey (dix jours de mise à pied) et plus singulièrement le propriétaire.

L’ayant débuté dans un meeting, nous aurions aimé le présenter à nouveau lors de ce même meeting de Cagnes. La course pour inédits de 3ans sur 2.000m s’étant déroulée le 28 janvier, le maiden suivant, dans les mêmes conditions de distance et de piste, allait avoir lieu vingt-trois jours plus tard, le 20 février. Ce programme tombe donc à l’eau.

Un déroulement de course peu favorable

Comme je l’ai expliqué à messieurs les commissaires de course suite à la performance du poulain, je me lève tous les matins pour gagner des courses. Selon moi, le Prix du Suquet était "joué" dès l’entrée de ligne droite, quand Pierre-Charles Boudot, après avoir mené à une allure très modérée (1’07’’45 pour les premiers 1.000m), est parti pour la gloire avec un poulain très docile et bien dressé, qui a obéi au doigt et à l’œil. Étant en huitième position à 600m du disque final, Dar Toungi a parcouru les 600 derniers mètres en 33’’41 secondes, ce qui est le deuxième temps le plus rapide dans la course. Certes, son jockey, Guillaume Millet, a scrupuleusement respecté les consignes données par son employeur, le propriétaire du poulain. Mais je doute fort qu’avec des sollicitations plus vigoureuses, le poulain ait refait les deux longueurs le séparant du troisième et encore moins les quatre franches longueurs le séparant du lauréat.

Et pour aller encore plus loin :

– Parmi les dix-sept courses disputées et trackées sur les 2.000m de la P.S.F. de Cagnes cette année, le Prix du Suquet a été la course la plus lente lors des 1.200 premiers mètres de course (81’’30 secondes). La moyenne des 1.200 premiers mètres de course de ces dix-sept courses est de 76’’8 secondes. Soit 4’’50 secondes plus vite que les 1.200 premiers mètres du Prix du Suquet.

– On reproche à Guillaume Millet de ne pas avoir sollicité sa monture et plus particulièrement en fin de parcours, mais c’est dans la portion finale des 200 derniers mètres qu’il est allé le plus vite, avec une pointe relevée à 68,94 km/h et un temps de 10,87 secondes...

Oui, le poulain était apte à débuter !

Tout cela appartient à la course, et donc au passé. Mais j’aimerais simplement que les lecteurs de Jour de Galop puissent comprendre l’état d’esprit du propriétaire-éleveur du poulain. Et pour cela, il faut remettre les choses dans leur contexte…

Son frère avait débuté à Cagnes un an auparavant par une troisième place et n’avait jamais répété derrière. La seule contre-performance de Skalleti (Kendargent) au début de sa carrière avait eu lieu dans le Grand Prix de la Riviera, car il avait perdu ses moyens avant la course. Si monsieur Barbarin avait vérifié ses sources, il aurait appris que Dar Toungi avait effectué un travail sur l’hippodrome de Marseille-Vivaux le 13 janvier, soit quinze jours avant ses débuts. Le poulain était parfaitement apte à débuter. Le déroulement de course n’a tout simplement pas été en faveur du poulain et l’erreur principale que j’ai pu commettre était de le débuter à Cagnes-sur-Mer. Car, s’il est bel et bien le futur "Skalleti" comme se prête à le dire monsieur Barbarin, j’aurais mieux fait de le débuter à Nîmes dans quelques semaines, comme je l’avais fait avec Skalleti.

Ma première victoire en tant qu’entraîneur public remonte au 19 avril 2013 dans une course réservée aux 3ans inédits avec Guillaume Millet. Et c’est le valeureux Its All Class (Hurricane Cat) qui, du haut de ses 11ans, nous a offert notre première victoire du meeting cagnois cette année.

Quid des courses-école ?

Enfin pour conclure sur le sujet des courses-école, je partage l’opinion de mes confrères entraîneurs sur le fait qu’il est compliqué d’un point de vue logistique de les organiser. Pour plus de transparence envers les parieurs, il faudrait que tout le monde puisse s’exprimer sur ses inédits ou bien aider les parieurs avec un indice de confiance.