Le propriétaire de la semaine : Arnaud de Seyssel : « Le yearling, c’est le rêve »

Courses / 24.02.2021

Le propriétaire de la semaine : Arnaud de Seyssel : « Le yearling, c’est le rêve »

Malgré son poste de vice-président Europe de Lexmark Europe, Arnaud de Seyssel est également très actif dans le monde des courses, d’Aix-les-Bains à Boulogne-Billancourt, en passant par Lyon. Propriétaire via l’écurie familiale, ce diplômé de l’école de management Ifag revient sur son parcours.

Jour de Galop. – Comment vous-êtes-vous intéressé aux courses de chevaux ?

Arnaud de Seyssel. – Mon grand-père était président de la Société des courses d’Aix-les-Bains. Je vais donc sur les hippodromes avec lui depuis tout petit. Que cela soit à Aix, Divonnes ou Lyon, nous avons de quoi faire dans le Centre-Est. La passion est donc venue comme cela. Aix-les-Bains est un peu le berceau de la famille. Mon père y était vice-président de la société et commissaire. Mon frère, Olivier, qui a été vice-président du trot, est également venu aux courses grâce à cet hippodrome. Quant à moi, j’ai repris la présidence il y a trois ans et j’y suis commissaire depuis l’âge de 18 ans.

Quand avez-vous endossé la casquette de propriétaire ?

Cela m’avait toujours titillé et, avec mon frère et des amis, nous avons acheté un cheval à réclamer, Go Michelangelo (Highest Honor) en 2012. Il avait bien payé son avoine et l’expérience était très sympa. J’ai ensuite acheté un cheval tout seul. J’ai complètement créé ma casaque, composée des couleurs d’or et d’azur qui viennent du blason familial. Voir son cheval passer le poteau sous ses couleurs est assez fantastique. Si le but d’achat d’un cheval est de gagner de l’argent, il faut changer d’optique.

Comment avez-vous fait connaissance avec Philippe Decouz ?

Philippe est un aixois et nous nous connaissons par famille interposée. Nous nous sommes vus aux courses et le courant est passé. Nous nous entendons très bien. Il y a une grosse confiance entre nous et même de l’amitié maintenant. Je pense avoir été l’un de ses premiers clients. Juste après Go Michelangelo, j’ai dit à Philippe de m’avertir s’il voyait un poulain intéressant aux ventes. Un jour, il m’a appelé en me demandant si le cheval qu’il avait pris en photo m’intéressait. Sur un cliché et en pleine réunion professionnelle, il n’était pas évident de se faire une idée, d’autant que le poulain était panard. Comme le prix était de 5.000 €, je me suis laissé tenter, n’ayant pas grand-chose à risquer. C’est de cette façon que j’ai pu acquérir Imperiator (Footstepsinthesand) qui a extrêmement bien performé. Il avait notamment gagné le Prix Montenica (L) et avait pris la troisième place du Prix Djebel (Gr3). Comme il était hongre, nous l’avions ensuite vendu à Hongkong. Ensuite, nous avons eu Do Ré Mi Fa Sol (Wootton Bassett) qui venait de chez un ami, Nicolas de Lageneste. Lui aussi a fait belle carrière.

L’aventure avec Tornibush est ensuite arrivée. Comment s’est effectuée la rencontre avec Antoine Griezmann qui en a partagé la propriété avec vous ?

J’avais acheté Tornibush (Dream Ahead) en 2015, aux ventes de yearlings Arqana. En 2017, Philippe Decouz est venu me voir pour me dire qu’il avait un futur propriétaire intéressé pour avoir un bon cheval prêt à courir. Et, à l’époque, nous nous posions la question de passer Tornibush à la vente de l’Arc. Je n’étais pas contre de m’associer, mais Philippe ne voulait pas me donner l’identité de l’acheteur dans un premier temps. Au bout d’un moment, il a lâché le morceau. J’avais ensuite eu Alain Griezmann au téléphone, qui partageait exactement les valeurs familiales de notre écurie. Tornibush a clairement performé en piste, avec ce succès dans le Prix du Pin (Gr3).

Justement, pourquoi votre nom comme propriétaire a-t-il laissé la place à l’écurie Seyssel en 2015 ?

J’ai créé l’écurie Seyssel car je voulais associer mes enfants à l’aventure. J’ai quatre enfants, tous ont des parts dans la société. Ils sont enthousiastes à l'idée de soutenir l’écurie. Nous vivons une passion, et autant la partager avec les enfants qui sont sur la même longueur d’ondes. À chaque fois qu’il y a de grandes courses, nous nous retrouvons sur le champ de courses ! C’est top de se retrouver autour de la piste et de fêter ces retrouvailles, quelle que soit l’arrivée.

Grand passionné de courses, mon fils Thibault est le racing manager de l’écurie. Il s’occupe de l’aspect sportif avec Philippe, mais aussi de la partie élevage.

Justement, de combien de poulinières cet élevage est-il constitué ?

J’ai deux poulinières, Lounie (Whipper) et Pollatine (Nayef). Lounie n’a jamais couru mais elle provient d’une bonne souche Dubois. Elle a déjà produit une gagnante, Makotoinabagou (Galiway). Je ne suis pas contre augmenter le cheptel, mais il faut rentrer de l’argent via l’aspect sportif. Je gère cela comme une entreprise, mais cela ne nous a pas empêchés de garder Tornibush. Le problème, c’est que le cœur parle souvent dans ces moments-là ! Comme il n’était pas question de se séparer de Tornibush et qu’il est notre cheval de cœur, il s’est brillamment reconverti comme étalon.  Il est stationné au haras d’Ayguemorte et a rempli une trentaine de juments lors de sa première saison de monte. La première petite pouliche, sœur utérine de Go Athletico (Goken), est très mignonne.

Si Byburg, mère de Go Athletico, portait vos couleurs, vous n’êtes pas associé à la carrière de ce vainqueur de Gr3. Pourquoi cela ?

Comme nous avions l’élevage qui arrivait, nous n’avions pas investi sur ce poulain. Mon fils et mon gendre, Robin Mouterde, possèdent 10 % de ce poulain. En revanche, son aîné, By the Way (Galiway), porte nos couleurs. Guillaume Vitse et Philippe Decouz qui en sont les éleveurs m’ont dit que ce serait bien que j’en aie une part. Et comme Guillaume et Philippe sont sympas, By the Way court avec ma casaque. Grâce à cela, nous avons gagné notre premier Quinté il y a un mois à Cagnes-sur-Mer. Il recourt celui de samedi.

Quelle est votre politique dans vos achats ?

J’ai certes commencé par acheter un réclamer mais je suis très "yearling". Philippe est très performant avec les 2ans, et surtout excellent pour détecter les bons chevaux. Avec moi, il ne s’est pas beaucoup trompé. Il sait très bien acheter et conseiller. Quand on acquiert un yearling, on achète du rêve. Thibault, en qui je fais entièrement confiance, épluche le catalogue. Généralement, il est en accord avec Philippe mais, souvent, ce n’est pas dans notre budget (rires). Il faut être ambitieux. On se voit toujours gagnant de l’Arc de Triomphe avec un yearling. Avec le peu de chevaux que nous avons eus, nous avons connu beaucoup de réussite. C’est à la fois un mélange de l’œil à l’achat et du travail de l’entraîneur derrière. Philippe s’occupe très bien de ses chevaux et est très bien entouré.

En tant que président d’Aix-les-Bains, comment s’est déroulée la saison 2020 pour cette société des courses ?

Sportivement, cela s’est très bien passé. Nous avons pu courir, même plus que prévu puisque nous avions récupéré une réunion de Strasbourg et une de la Clayette. Sur ces hippodromes de province, la fête est primordiale. Et faire la fête sans public est un peu frustrant. Les chiffres étaient tout à fait corrects mais, généralement, nous avions entre 1.000 et 2.000 personnes sur l’hippodrome. Cela manquait énormément. Nous avons une bonne piste en herbe et bénéficions d‘un cadre magnifique. J’arrive à gérer à distance grâce à une excellente équipe autonome et très performante sur place. Je suis également très aidé par la mairie au niveau des infrastructures.

En plus de vos nombreuses fonctions, vous êtes membre associé à France Galop depuis 2019. Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?

Édouard de Rothschild m’avait demandé de rejoindre les membres cooptés. J’ai été élu et c’est comme ça que j’ai mis un pied dans le Comité puis dans le Conseil d’administration, toujours en 2019. Je n’étais pas très demandeur avec mes activités mais le président a su me convaincre pour rejoindre son équipe et j’en suis fort content car c’est extrêmement intéressant. L’équipe sait mettre les choses sur la table, communiquer et avoir des discussions sérieuses pour faire avancer France Galop. Je fais aussi partie du Conseil juridictionnel. Je fais le pont entre le Conseil d’administration et ce Conseil, ce qui est une bonne chose car nous devons travailler main dans la main. Cela fonctionne très bien mais nous pouvons améliorer, changer les gouvernances : ce sont des réflexions qu’il faut mener. Avec mon œil d’entrepreneur, le statut d’association peut être frustrant quelquefois. Nous voulions nous poser ces bonnes questions dès le départ de la mandature, mais nous avons été rattrapés par la pandémie. Il est plus important de gérer cette urgence, ce qui, à mon humble avis, a été extrêmement bien fait par les équipes. Quand je vois ce qu’il s’est passé à l’étranger, je trouve que la façon dont cela a été géré main dans la main avec LeTrot, les autorités et le PMU peut nous rendre très fiers. Le leadership d’Édouard de Rothschild, d’Olivier Delloye, de Cyril Linette associés à celui de Philippe Augier a fait la différence. Nous avons passé des soirées et des nuits à discuter, à se réunir et à faire des scénarios divers et variés. Avoir arrêté les courses deux mois seulement est un sacré record.