Nurlan Bizakov : « Nous voulons offrir la meilleure expérience possible à nos clients »

Élevage / 26.02.2021

Nurlan Bizakov : « Nous voulons offrir la meilleure expérience possible à nos clients »

Mardi, le tribunal de commerce d’Alençon a tranché : Nurlan Bizakov est le nouveau propriétaire du haras du Mézeray. Il nous dit tout sur sa stratégie autour de la marque Sumbe.

Jour de Galop. - Pourquoi avoir acheté le haras du Mézeray ?

Nurlan Bizakov. - Lorsque j’ai acheté Montfort & Préaux, j’ai vite compris qu’il nous faudrait davantage de terres : il y avait les juments des clients du haras, dont le propriétaire et éleveur de renom Gérard Augustin-Normand, et, lorsque j’ai amené mes poulinières, la structure a été un petit peu sous pression. Je suis soucieux d’offrir le meilleur à mes juments et à celles des éleveurs qui nous font confiance, et mon but a toujours été de m’étendre en France. Nous avons regardé s’il y avait des terres disponibles autour de Montfort & Préaux et, dès lors, nous avons saisi l’opportunité d’acheter le haras du Mézeray. C’est un haras historique, fondé par Paul de Moussac en 1962, qui a élevé deux gagnants du Prix de l’Arc de Triomphe et 27 gagnants de Gr1 ! Il est parfaitement situé puisqu’il est à dix minutes du haras de Montfort & Préaux. Les deux sont vraiment très proches. Nous serons plus flexibles pour accueillir davantage de chevaux.

Se positionner était facile, restait la question du prix… Ce fut finalement une longue aventure. Lorsque je suis venu à la vente de sélection Arqana, en septembre dernier, tout le monde me félicitait de l’achat du haras mais nous n’étions encore qu’aux pourparlers ! Nous allons continuer à chercher de nouvelles terres à acheter.

Plusieurs éleveurs ont des juments au haras du Mézeray. Que leur dites-vous ?

Je leur dis, ainsi qu’à mes clients, que je vais considérer les deux haras comme un seul et même ensemble : un seul et même haras, une même équipe. L’idée est d’offrir les mêmes services sur les deux structures. Il n’y aura aucune différence de traitement entre les deux : nous voulons offrir la meilleure expérience possible à nos clients.

Le haras du Mézeray accueille De Treville (Oasis Dream) comme étalon. Quels sont les plans le concernant ?

Les plans ne sont pas fixés avec De Treville, dans le sens où nous sommes encore en pleine saison de monte. Nous ferons de notre mieux pour aider Rashit Shaykhutdinov, son propriétaire, à vendre des saillies. Dans l’immédiat, les choses vont se poursuivre comme maintenant.

Qui sera le nouveau directeur du haras du Mézeray ?

Tony Fry, à mes côtés depuis dix ans à Hesmonds Stud, prendra la relève de Philippe Brosset, qui sera encore là quelques semaines pour assurer la transition. Mathieu Alex sera davantage concentré sur Montfort & Préaux.

Et quid d’Hesmonds Stud, puisque Tony Fry prend les rênes du Mézeray ?

Hesmonds Stud était mon haras personnel mais, désormais, presque toutes mes juments se trouvent en France. Nous sommes à la recherche d’un nouveau directeur. Nous espérons trouver un candidat prochainement. Déjà, l’an dernier, Hesmonds Stud a accueilli des juments de clients de Montfort & Préaux qui partaient à la rencontre d’étalons britanniques. Cette année, nous n’aurons pas de juments pleines à Hesmonds Stud : seulement des juments vides ou suitées. Le haras va évoluer et aura désormais une vocation plus commerciale, grâce à ses excellentes infrastructures.

Comment vont fonctionner vos différents haras ? Allez-vous développer une synergie entre eux ? Une spécialisation de chaque structure ?

L’idée de base est de dire : tous les haras sont un même haras. La synergie entre le Mézeray et Montfort & Préaux est évidente. Notre intention est de garder les clients : ceux actuellement à Montfort & Préaux et ceux du Mézeray. Et si nos clients souhaitent envoyer des juments à la saillie en Angleterre, nous serons heureux de les héberger à Hesmonds Stud. Après, nous savons que le haras du Mézeray possède de belles infrastructures pour les yearlings, par exemple : peut-être que les préparations pour les ventes se passeront là-bas. Le haras du Mézeray possède aussi une belle cour à Arqana, tout près du ring, que nous allons essayer de garder. Peut-être que, cette année, les yearlings seront vendus sous la bannière Mézeray ? Il y a aussi une très belle structure de débourrage au haras du Mézeray. De même, j’aimerais que les naissances aient lieu au même endroit, avec une toute nouvelle structure de poulinage. Cette année, nous continuerons probablement tel quel mais dans le futur… Mais Montfort & Préaux reste la base étalons, par exemple… Nous nous pencherons sur tout cela prochainement ; je n’ai pas encore eu le temps nécessaire pour voir comment nous pourrions combiner, dans le détail, les haras. Quoi que nous fassions, le but est de proposer les meilleurs services possible.

L’idée est de créer un label, une marque Sumbe ?

Quand il y a eu la possibilité d’acheter le haras du Mézeray, j’ai réfléchi à ce que nous pourrions faire grâce à ce haras historique. Et j’ai décidé de lancer une nouvelle marque sous le nom de Sumbe [Sumbe a été dévoilé en novembre 2020, ndlr]. Avec Sumbe, nous allons créer une nouvelle histoire, tout en gardant les noms des trois haras. Nous offrirons à nos clients les meilleurs services sous le label Sumbe, en France et en Grande-Bretagne. Par ailleurs, nous pourrions chercher des terres du côté de l’Irlande, même si la priorité reste de peaufiner nos infrastructures françaises.

Souhaitez-vous acheter encore de nouveaux sires dans le futur pour les stationner en France ? Si oui, quel type de profil ?

Oui, nous allons essayer de trouver de nouveaux étalons. J’ai dans l’idée de stationner un bon miler. Nous avions essayé l’an dernier d’acheter un excellent miler et j’ai toujours l’espoir que, cette année, nous puissions trouver un deal pour un cheval de ce type. Nous avons Golden Horde (Lethal Force), un très bon cheval de 1.200m ; nous avons un gagnant de Jockey Club et étalon confirmé en Le Havre (Noverre) ; et nous espérons que Recorder (Galileo) sera un succès pour nous comme pour Sa Majesté la reine d’Angleterre. Si nous réussissons à acheter un miler qui aura aussi montré des moyens à 2ans, nous aurons le full package !

Serez-vous actif aux ventes cette année ? Et sous quelle casquette : acheteur, vendeur, les deux ?

Nous allons acheter, vendre et continuer à soutenir nos étalons. Nous avons beaucoup soutenu Recorder par exemple. C’est une grande année pour lui. Et nous avons hâte de soutenir Golden Horde aux ventes, quand le temps sera venu.

En tant que propriétaire, vous avez des chevaux à l’entraînement en France et en Grande-Bretagne. Pensez-vous avoir davantage de chevaux en France dans le futur ?

Je pense que j’aurai davantage de chevaux à l’entraînement en France, même si je compte garder des chevaux en Grande-Bretagne et, pourquoi pas, en avoir aussi en Irlande, qui est un marché important. En Grande-Bretagne, il y a une inquiétude autour des allocations : en termes de gains, une victoire en France vaut trois ou quatre succès en Angleterre ! Mais j’aime beaucoup les courses britanniques, donc je vais peut-être réduire un peu mon effectif local mais j’en garderai quand même. J’aime garder des connexions avec les professionnels là-bas. C’est important. Nous avons confié un 2ans par Recorder, que nous avons acheté aux ventes Arqana, à Clive Cox, qui nous en dit beaucoup de bien. J’ai des chevaux chez Roger Varian, qui est mon principal entraîneur britannique, mais aussi chez John Gosden, que je n’ai pas besoin de présenter. Les courses anglaises sont importantes pour valoriser un cheval à l’entraînement et le vendre en Australie, par exemple. Le marché et la compétition sont intenses en Grande-Bretagne.

Découvrez le site Internet de Sumbe

Sumbe dévoile son nouveau site Internet, richement illustré et fourmillant d’informations. Présentation des étalons, des trois haras, actualités… En lisant notamment la présentation de chacun des trois sites, on perçoit mieux encore leur complémentarité et la logique de marque et de services que veut offrir Nurlan Bizakov.

Pour tout savoir sur Sumbe (en français et en anglais), cliquez ici https://sumbe.fr/.

Mathieu Alex : « Un très beau projet »

Mathieu Alex nous a dit : « C’est une opportunité extraordinaire de pouvoir acquérir un haras aussi prestigieux, où 27 lauréats de Gr1, dont deux vainqueurs du prix de l’Arc de Triomphe, ont été élevés ! Une terre d’élevage de qualité est primordiale et l’un des facteurs essentiels pour remporter des succès en course. Nurlan Bizakov se passionne pour l’élevage et il semblait logique de faire le grand pas en achetant ce haras situé à seulement 10km de Montfort & Préaux. Ce nouveau projet est très excitant et toute l’équipe impliquée se sent très privilégiée d’en faire partie. C’est aussi une excellente nouvelle pour la France, où le système des courses est l’un des meilleurs au monde. C’est formidable de voir des acteurs majeurs de la filière vouloir s’investir autant en France. »

Le patron de Montfort & Préaux nous a aussi donné des nouvelles de Golden Horde, premier achat de Nurlan Bizakov d’étalon stationné en France : « Golden Horde s’est très bien adapté à son nouvel environnement et à son nouveau métier, preuve de son bon tempérament. Clive Cox nous avait dit qu’il était un cheval facile. Il a déjà sailli quinze juments et sa première jument échographiée ce matin est pleine ! Il s’agit de Card Shop (Chester House), appartenant à Nurlan Bizakov, mère de la lauréate de Gr3 Ollie Olga. Nurlan souhaite soutenir son étalon avec ses bonnes juments. Il sera également présent lorsque les premiers yearlings de Golden Horde seront présentés aux ventes. Golden Horde est populaire auprès des éleveurs français, anglais et irlandais car c’est un magnifique cheval. Très talentueux à 2ans, il a montré beaucoup de classe à 3ans pour emporter un Gr1 sur 1.200m. Avec des chevaux comme Golden Horde, la France a une superbe opportunité à saisir. Il est rare de pouvoir accueillir en France un gagnant de Gr1 à Royal Ascot dès sa première année au haras ! »